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Pour ce second article, on m’a confié la mission de chroniquer NQNT, le prochain projet de VALD, disponible le 27 octobre. Mais avant d’en parler, on va resituer l’artiste. VALD est un jeune rappeur originaire du 93, plus précisément d’Aulnay-Sous-Bois. Avec son EP NQNT (comprenez Ni Queue Ni Tête), il n’en n’est pas à son premier coup d’essai. En effet, « Sullyvan » détient à son actif un grand nombre de morceaux, disponibles sur internet ou sur ses deux mixtapes précédentes. Il a su se démarquer de ce bourbier qu’est le rap français grâce à des textes qui mélangent nonchalance, second degré et technique. Aussi, il a multiplié les collaborations, que ce soit avec le parisien Georgio, avec L’Animalerie, ou encore avec Tunisiano, membre du groupe Sniper.

L’enjeu qui gravite autour de ce premier opus commercialisé n’est donc pas des moindres. En effet, il s’agit de continuer à séduire les auditeurs ayant été convaincus par ses précédents projets tout en apportant de la nouveauté, de la fraîcheur. Voyons si le défi a été relevé.

Après la découverte des trois extraits (à savoir Autiste, Shoot un Ministre et Par Toutatis), les fans de l’aulnaysien sont d’ores et déjà rassurés : VALD n’a pas changé. La nonchalance, les punchlines bien senties ayant dépassées les limites du politiquement correct, la technique et le second degré sont au rendez-vous. On reconnait d’ailleurs bien les préférences de l’artiste en matière d’instrumentales à savoir celles aux BPM assez soutenus. Pour ce qui est du contenu : couplets truffés de punchlines acerbes énoncées de manière désabusée, flow rapide le tout lié par un refrain enivrant. La recette magique de VALD opère trois fois en trois extraits. Suite à cela, étant quelqu’un qui apprécie énormément les projets éclectiques, j’étais un peu sceptique quant à la globalité du projet. Puis j’ai lancé l’écoute et j’ai ouvert la porte sur l’univers sombre de Sullyvan. En réalité, à la manière de ses deux premières mixtapes (Cours de rattrapage et NQNTMQMQMB), l’artiste a souhaité varié les ambiances.

On retrouve sur le morceau introductif, C’est Pour, une atmosphère très solennelle conférée par l’instrumentale qui jongle entre kick, snare et violons. C’est cette même instrumentale qui nous fait monter en pression et qui fait que le projet s’annonce sous les meilleurs auspices. Comme je l’ai déjà énoncé plus haut, on note quand même que VALD a une préférence pour les BPM rapides qui lui permettent de mêler rapidité et punchlines assomantes. Cette rapidité atteindra même son paroxysme sur le seul featuring de l’album Flowjob feat. AD (on relève la proximité avec blowjob, « Sully » ne laisse rien au hasard). À mon plus grand plaisir, on trouve aussi sur le projet des instrumentales beaucoup plus calmes qui laissent plus de place aux textes travaillés. Les morceaux Aulnay-Sous-Bois, en référence à sa ville d’origine, Horrible et Vie de Cochon sont les preuves irréfutables qu’au-delà de l’aspect souvent cru des lyrics de VALD, le message véhiculé n’est pas vide de sens : « Le tiers monde peut nous voir affubler de marques, comment l’assumer ? ». Les instrumentales des morceaux Sullyvan et PF se rapprochent quant à elles de celle de Autiste et Par Toutatis, c’est-à-dire des 808.

À propos des thèmes abordés, ils sont variés, cependant moins que les prods. Le morceau le plus déconcertant, tant sur le plan du texte que de l’instrumentale, est Sullyvan. Comme on peut s’en douter grâce au nom du titre, VALD dresse un autoportrait des plus sombres. L’ambiance diabolique qui gravite dans ce son, les changements d’intonation dont il a le secret donnent un résultat des plus troublants. L’artiste s’attaque aussi au thème de la relation amoureuse dans son titre Elle me regarde. Fidèle à lui-même, il nous donne une image plutôt désenchantée du couple. « J’ai souvent pensé à toi avec ma vésicule biliaire » nous confie-t-il. Subjectivement, le morceau le plus abouti me semble être le titre Aulnay-Sous-Bois. Encore une fois, l’artiste choisi d’être en décalage avec ceux qui vantent les exploits des quartiers. Il tient à dresser un portrait avec plus de recul « Frère, je vais pas nourrir la légende sur les initiés au vol, aux drogues… ». Le morceau Horrible est aussi très intéressant, notamment grâce à l’instrumentale qui varie d’un couplet à l’autre mais aussi car il semble assez ironique. On peut avoir cette légère impression qu’il se moque des personnes n’étant pas capable de capter le second degré et la finesse de certaines paroles. Chacune de ses phrases se termine par « horrible » comme s’il portait un jugement sur ses propres textes.

Toutefois, ne vous inquiétez pas, vous pourrez retrouver les sujets sur lesquels VALD semble être le plus à l’aise et qui font partie de sa rhétorique musicale. Dans cet EP, il pose le regard sur une société qui tourne en rond, qui étouffe les personnes coincées dans l’engrenage. Une société capitaliste, qui consomme beaucoup trop « J’ai vu le Cerbère en Nike Air » (dans Flowjob). Il décrit aussi l’égoïsme et la légèreté de la jeunesse actuelle, qui se préoccupe de choses futiles « Si j’ai peu d’amis, c’est rien, ça en fait moins à partager sur mon zbar qui s’éteint » (dans Vie de Cochon). Là où on peut être déçu, c’est avec les morceaux Smiley et CQFD, déjà présent sur la mixtape précédente.

On a pu lire à de nombreuses reprises que VALD était dans la lignée d’Orelsan, avec des textes qui agitent l’opinion publique. En effet, l’aulnaysien dépeint parfois des portraits peu colorés de la société dans laquelle on vit actuellement. Cependant c’est son style qui fait la différence. Force est de constater que bien que les sujets soient décrédibilisés par l’utilisation de second degré, les textes sont travaillés. Amateurs de changements d’intonation, de rapidité, de placements et de punchlines osées, vous êtes servis. En outre, si vous appréciez le style de l’artiste, ce premier EP commercialisé vous ravira. Vous pourrez observer une certaine évolution, un next level comme on peut parfois l’entendre. Cependant, pour ceux qui profitent de l’occasion pour découvrir VALD, vous resterez peut-être sur votre faim quant aux thèmes abordés trouvant que cela n’a NQNT. Mais n’hésitez pas à laisser Sullyvan vous amenez dans son monde, le jeu en vaut la chandelle.

NQNT disponible le 27 octobre, précommandez-le en cliquant ici.

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