Faire la rétrospective d’une semaine de future Beats est parfois souvent très difficile. Rassurez-vous, on affectionne beaucoup trop l’exercice pour ne pas se prêter au jeu : voici donc notre résumé des sept derniers jours, avec ses révélations, ses consécrations, ses reprises et ses surprises.

  • Mo Vibez – Figaro

Mo Vibez commence à avoir de la bouteille et touche parfois le sommet de son art derrière les machines. Toujours au rendez-vous et jamais décevant, l’australien sait encore nous saisir avec une bonne dose d’énergie dans un morceau enthousiaste qui vous chope sans plus vous lâcher. Un drôle de mélange fourmillant de détails parsemés, de variations maîtrisées, qui vient renforcer l’homogénéité de cette ondulation zigzagante. Un sans-faute harmonieux irriguer avec tellement d’éléments que le mix a dû être un casse-tête sans fin, pour un résultat final qui ne manque pas de goût et de flamboyance.

  • Ian Ewing & SunBLVD – RiRi Thick (Moods Remix)

Ici des bas-fonds de Soundcloud pour exploser à ciel ouvert, aux oreilles de tous, la plateforme Sundae Sauuce balance souvent la bonne recette d’une compilation réussie en présentant toute une faune de producteurs plus ou moins connus entre jeunes pousses en pleine montée et anciens titulaires bien établis. Parmi tout cet étalage, un morceau détonne avec un mélange assez fou qui condense du bon futur beats moderne, tout en laissant place à des influences plus ouvertes, avec de la funk bien sentie. Une expérimentation d’équilibriste trace sa route dans un remix signé Moods d’une cohérence exacte parfaitement construit et maîtrisé de bout en bout, où le titre d’Iam Ewing subit une sérieuse cour de jouvence et dont l’efficacité primera assez fort pour chauffer vos débuts de soirée.

  • Lakim – Whendoe Shoppa

Rien n’est meilleur qu’une bonne reprise d’un ancien vétéran du rap game pour commencer sa semaine. Lorsque l’incroyable Lakim se refait l’arrière-plan sonore de “Window shooper” de 50 Cent, cela pourrait bien ressembler à un cadeau tombé du ciel. Certains pourraient peut-être faire la fine bouche à l’idée d’une reprise d’un acapella, mais 3 minutes et 7 secondes plus tard le baromètre au plus haut, si bien que la figure marquante du gangstar, semble revenir comme par enchantement du trou d’air laissé par ses dernières apparitions. Le producteur de Los Angeles nous donne presque envie de réécouter l’ancienne tête pensante du G-Unit, tant son arrangement électro soul laisse une traînée de poudre, balayant tout sur son passage.

  • Sahar Habibi – Continuous feels

Parmi les expériences notables de cette semaine, Sahar Habibi vous invite à une lévitation avec Force of Nature; une compilation de quatre mix à l’univers couleur pastel. Le projet sent bon la fly attitude émergeant doucement d’une tracklist à faire pâlir les chercheurs de pépites, avec des morceaux ambiants, aérés au maximum et du Rnb bien chaleureux ; juste ce qu’il faut pour sentir ce vent de liberté souffler dans notre oreille. Dans ce contexte, il ne vous reste plus qu’à enclencher le pilotage automatique et à savourer votre pause musicale dans un monde de bruit…

  • Rusty Hook – Hailstorm

Cela va faire un bail que Rusty Hook s’est fait remarquer avec une production qualitative qui met toujours un peu plus haut la barre à chaque sortie. Après deux ans de travail, le sixième homme du collectif Weareslowhours sort son Ep cinq titres, tragiquement intitulé Romance is Dead, Good Riddance (La Romance est morte, Bon débarras) sous la vitrine Moving Castle. Dès le premier titre, le producteur d’Agen vous saisit par les sentiments avec une production émouvante à la dimension d’une rencontre humaine, empreinte d’émotion et de textures electro variées et nuancées à plusieurs niveaux, qui secoue comme une tempête. Une haute volée prise pleine tête, le distinguant facilement de la masse avec un projet convaincant, qui donne de la profondeur à de simples notes de musique.

  • K, Le Maestro – Take Me On A Trip (feat. Evil Needle)

Le producteur K. Le Maestro frappe fort en s’attaquant à un monument qui a pendant longtemps occupé les rotations des radios nationales. Epaulé par le français, Evil Needle le fameux “American boy” retrouve toute sa verve avec une seconde jeunesse électro un peu barrée. Une joyeuse surprise à écouter par curiosité dont même Estelle et Kanye West ne savent plus trop bien si la création du morceau relève davantage du génie ou de la folie, tant il vous surprend et vous captive à la fois. Un habile tour de passe-passe, dans lequel le Congolais de Kinshasa est assez malin et doué pour arriver à garder le squelette pop culture dans l’habit clinquant et pimpant de la bounce musique et ainsi être à cheval entre deux mondes.

  • Anka – Temu 

Anka prouve une fois de plus qu’il est un producteur intéressant. Avec “Temu”, le producteur d’Auckland saisit un pas de danse funky figé dans le temps et revient faire tourner la boule à facettes des clubs discos, avec une production léchée, dansante et élaborée, échappée du film La Fièvre du samedi soir avec John Travolta. Un clin d’œil en mosaïque toute flashy, gonflé à l’ambiance smooth, bourré de références du genre (chant vocoders et long solo de saxo bien jazzy) confirme qu’il est bien plus qu’un simple compositeur de passage.

  • Knxwledge – 4-5_

Issu de la beat scène de L.A., le producteur Knxwledge s’est rapidement fait remarquer en créant un pastiche de soul, de jazz et de hip-hop qui se fond dans un style unique ultra-polyvalent. Œuvrant en cœur et âme dans le fétichisme boom-bap 80’s, 90’s tout loungie et discordant, l’alchimiste des vieilles potions inaugure un nouvel Ep cinq titres à la copie parfaite, qui mérite bien évidemment quelques louanges. Avec “WT_11.8” et son titre “4-5_”, le protégé de Stones Throw convoque la légende Brooklyn dans une sorte d’énigme musicale avec un piano poussé à fond les ballons un peu à contretemps, où cacophonie et brouhaha donnent la drôle sensation d’assister à un freestyle de rue, à la limite de l’accident musical. C’est peut-être ce qui donne ce cachet si particulier à ces beats, le côté réel mais pourtant bien calculé.

  • Cautious Clay – Cold War (Iamnobodi Remix) 

Depuis le temps qu’il compose des hymnes sensuels à la touche solennelle, il fallait bien qu’Iamnobodi s’attaque lui aussi au remix de “Cold War” de Cautious Clay. C’est désormais chose faite et cette nouvelle résonne comme une courbe arabesque, qui se contorsionne encore et encore sur elle-même avec un sens poussé de l’organique musique. Par touche succincte, le morceau prend forme et se remplit de grands vides et de silences couverts par quelques assonances de passage, pour mieux laisser la place au chanteur New-Yorkais.

  • Emune – Dirtnap

Personnage énigmatique à l’identité variable, Emune a toujours brouillé les pistes avec un univers complexe à l’ambiance mystérieuse et ce n’est pas son dernier morceau “Dirtnap” qui risque de nous éclairer davantage. Ayant bien compris que les réussites artistiques tiennent essentiellement dans la construction d’un personnage, le producteur Texan s’en donne à cœur joie en portant haut les couleurs du dernier tango de la faucheuse des Simpson. On a à peine frôlé le bouton play que le morceau capte d’emblée l’auditeur, avec de la ponk pur jus, hanté par du Lo-fi façon beat tape tout en faisant écho au 666 illiminatique et la chill musique en même temps. Plus qu’une simple posture, voilà une nouvelle variable de vaporwave dans une marche funèbre.