Ian Vandooren revient avec “Harold”, produit par l’artiste lui-même, et en featuring avec Jorrdee. Sous la direction de Lucas Vandooren pour Piegestudios, le clip a des allures de réunion au sommet.

Revenons quelques années en arrière ; qualité moyenne de certaines vidéos, scénario donnant l’impression d’être écrit par un enfant de 7 ans, rôle discutable de certains personnages, un montage médiocre brûlant la rétine, bref les clips vidéo d’il y a une vingtaine d’années étaient loin d’être le fruit poussé d’une réflexion stylistique. Le seul but pour les artistes étaient sommes toutes de pavaner à la vue de leurs fans leurs bijoux, voitures, filles… Aujourd’hui grâce à l’action de réalisateurs talentueux, tel que Chris Macari pour l’exemple de la sphère française, ayant réussi à se distinguer et à imposer leur marque, le rap a compris l’importance et la place -parfois centrale, des clips. Relais d’informations, d’images, de messages. Pouvant heurter, sensibiliser, émouvoir, faire (ré)agir, les fonctions de cette forme d’art sont autant d’outils indispensables à la réputation d’un artiste. Il n’y a qu’à prendre le cas de la réalisation de Dave Mayer pour un certain Kendrick Lamar pour comprendre la puissance de ce média (HUMBLE, en mars 2017)

Quoi qu’il en soit cette évolution nécessaire des clips a permis, non seulement d’apaiser le muscle orbiculaire de nos yeux, mais également de légitimer ce mouvement musical qu’est le rap. Et n’est-il pas plaisant lorsque ces deux formes artistiques (clip et rap) se rencontrent et s’harmonisent entre elles pour ne former qu’un tout lisse et homogène, puisant chez le premier ce qui manque chez le second ? Lorsque ces deux entités abstraites deviennent un corps visuel et sonore inséparable l’un de l’autre ? Et bien c’est ce que nous a offert hier soir l’artiste qu’on ne décrit plus Ian Vandooren, en featuring avec Jorrdee où les présentations sont dispensables également, pour le morceau « Harold » ci-dessus.

Intense. Comme à son habitude le lyonnais revient avec un son planant et atmosphérique. Avec son rap nonchalant et fluide l’artiste enchaîne punchline et gimmick sans effort et avec une maîtrise déconcertante faisant tourner la tête. Un cloud rap donnant l’impression de ne plus toucher le sol. Il arrive même que durant le morceau, tu repenses à ce jour où, tu avais compris que l’homme n’était qu’un ensemble de particules d’une cellule, d’une molécule, d’un organisme, d’un corps composé de muscle et d’os, au sein d’un environnement entouré de composé chimique, d’une biosphère, dans une couche d’ozone, dans un système solaire, d’un centre galactique, dans un univers dont l’extension réelle est inconnue. À l’instar de ce moment marquant, Ian, avec son rap amnésique et hypnotisant, arrive à te faire éprouver ce dawa ubuesque dans les tréfonds de ton être.

Adresse moi le chèque, non pas la parole.

Dès lors que Jorrdee arrive pour son complet la réalité est tout autre. Retour sur terre. Même un peu en dessous, prêt à turn up et à taper du pied. Un rap plus affirmé et une voix reconnaissable entre mille. Un style matchant parfaitement avec les contrastes et la ligne artistique du clip. Une énième collaboration entre les deux artistes évidentes tant la vision artistique des deux hommes est forte. Chacun apportant une touche de créativité à l’autre.

Sombre. Claire.  Rose, Gris, Noir. Les trois couleurs principales de la vidéo, aussi contrastées qu’harmonieuses font penser tantôt à une pause mystique et énigmatique dans les rues lyonnaises, tantôt à une balade énergique dans les sous-sols de celle-ci. Un contraste sonore et visuel donnant un rendu singulier et esthétique à ajouter à la liste des réussites des deux artistes.