Emir Shiro. Comme une porte ouverte, une fenêtre chargée de sens. Devant ces collages que je scrolle frénétiquement sur Instagram, force est d’observer que mon intérêt ne cesse de s’éveiller, de grandir, de gonfler. Des collages amusants, parfois risibles, faisant sourire, piquant la curiosité, à l’esthétique poussé à l’extrême. Devant ces choix artistiques, ces associations de visuels réalisées à la perfection je ne peux m’empêcher de me demander “mais comment fait-il ?”. Jusqu’à ce moment où, la fonction de rédactrice comme une cape, je me lance. Je me décide de lui proposer un échange pour en connaitre davantage sur son art si mystérieux, sur son parcours, sur lui…

  • Bonjour Emir, peux-tu te présenter brièvement ?

Bonjour à vous NinkiMag, Moi c’est Émir, je suis un artiste visuel et graphiste de profession. Je suis originaire de la région grenobloise et aujourd’hui je navigue essentiellement entre Paris et Grenoble.

  • Tu sors des Beaux-Arts de Grenoble-Valence c’est ça ? Qu’est-ce que cette formation t’a apporté ?

Oui c’est bien ça. Après une formation en communication graphique, j’ai tenté le concours des Beaux-Arts de Grenoble-Valence, je l’ai réussi et j’y suis resté 3 années. Les Beaux-Arts m’ont permis d’enrichir ma culture artistique, et d’acquérir un savoir-faire sur d’autres pratiques que je connaissais pas, tel que la photographie, la vidéo, le son et la peinture pour ne citer que les principales.

 

L’inspiration est tout autour de nous, il suffit d’y être sensible.

 

  • Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir graphiste ?

C’est plus une vocation qu’un réel choix. Depuis très jeune je passais mon temps à dessiner et de par le graphisme j’ai retrouvé de manière professionnelle un moyen d’exprimer ma créativité.

  • Quelles sont tes influences artistiques (ou autres) ? Où puises-tu ton inspiration ?

Mes influences sont vraiment diverses. Par exemple, le travail de David Hockney et sa façon de gérer l’espace sur ses œuvres est quelque chose que j’aime beaucoup; tout comme les tableaux de George Condo et sa façon de décomposer le visage et le corps de ses personnages sont très inspirants. Je puise également mon inspiration dans le milieu de la mode et de ses défilés. Le travail de certains couturiers est également une source d’inspiration. J’ai vraiment tout un tas de choses qui m’inspirent, une musique peut l’être, un sentiment, une photo… L’inspiration est tout autour de nous, il suffit d’y être sensible.

 

  • Depuis combien de temps réalises-tu tes fameux collages qui t’ont fait connaître par le grand public ?

Les gens qui me suivent depuis 2014 savent que je suis tombé dedans à cette époque. Je m’y suis plus sérieusement penché dessus à la fin de 2014, début 2015 et depuis je n’ai plus arrêté.

  • Qu’est-ce qui te plaît dans cette forme spécifique d’art ?

Ce qui me plaît c’est de provoquer des réactions, quand les gens ressentent une émotion en regardant mes visuels, j’ai gagné. Par le collage, je peux travailler sur le corps et publier mon travail sur Instagram en passant outre les règles sur la nudité. C’est la technique se prêtant au mieux à la censure, je peux suggérer des choses sans forcément les montrer et c’est également un point qui me plaît dans cette forme d’art.

  • Que se passe-t-il lorsque tu réalises un collage ? Comment choisis-tu les éléments? En bref quel est ton processus de création ?

Il faut savoir que je me suis construit une importante banque d’images que je chine sur divers médias comme : les magazines, les pochettes de cd, les affiches, les films, internet etc. Je travaille aussi bien à la main que sur logiciel, je néglige aucune technique, seul le résultat m’importe. Pour réaliser un collage, je pars des fois d’une idée précise et là de longues heures de recherches commencent. Trouver le bonne angle, le bon thème etc. n’est pas quelque chose d’évident. Il m’arrive également de travailler avec mes propres clichés, tout est une question de démarche, mais j’aime par-dessus tout réinterpréter des images et en créer de nouvelle par le collage.

 

L’aspect compétition que l’on retrouve dans le rap, me permet de remettre régulièrement ce que je propose en question. J’aimerais incarner à ma façon ce coup d’avance.

 

  • Tes collages font parfois rire, parfois s’indigner. Cache-t-il justement une dimension contestataire ? Souhaites-tu dénoncer quelque chose ?

Je veux avant toutes choses faire réfléchir le spectateur sur deux points, ce qu’ils voient et ce qu’ils interprètent. Il y a une grande différence entre l’image que l’on se fait et l’image réelle qui est juste devant nos yeux.

  • Est-ce que tes autres passions, je pense notamment à la musique, t’apporte une valeur ajoutée, un « truc en plus » dans ton art ?

Vous êtes bien informé ! Effectivement je suis, comme vous le savez issu de la musique. J’ai pendant des années produit pour moi et d’autres artistes, j’ai également fait des set dans diverses soirées hip-hop de Grenoble. J’ai des amis qui sont encore dans le jeu comme « Tortoz » pour ne citer que lui, qui m’inspirent par leur détermination et leur façon d’être sans cesse dans une réflexion d’évolution. Cette envie de « toujours mieux faire que son voisin » vient surement de là. Cela m’apporte une sensibilité autre que je ne peux retrouver dans l’environnement de l’art pur et dur. L’aspect compétition que l’on retrouve dans le rap, me permet de remettre régulièrement ce que je propose en question. J’aimerais incarner à ma façon ce coup d’avance.

  • Ninki t’a connu grâce aux œuvres que tu partages sur Instagram, quelle est la place de ce réseau social dans ta vie en tant qu’artiste ? Et quelles sont pour toi les avantages/ou pas, de ce support ?

Instagram, pour moi, est une sorte de galerie artistique 2.0. Cela permet d’agrandir la popularité de mon art à l’échelle internationale. Les avantages, comme je vous l’ai dit juste avant, c’est que je peux toucher des gens à l’autre bout du monde. Aujourd’hui, j’ai une sorte de lumière sur moi, des médias internationaux influents me publient et contribuent à cela. Je reçois beaucoup d’amour des quatre coins de la planète. Le weekend dernier un média de Singapour a rédigé un papier sur moi, pas plus tard qu’hier, un mec de Bali s’est fait tatouer mon visuel « Féline » sur le ventre ! Internet c’est totalement fou, je n’y vois presque pas d’ombre au tableau.

  • Ce projet est récent mais commence déjà à prendre beaucoup d’ampleur sur internet, justement quelle est la suite pour toi ?

En quelques mois, pour être précis je dirais 3, mon projet artistique à complètement décollé. Aujourd’hui grâce à cela et au nom que je commence à me faire, je peux envisager tout un tas de projets, comme la création d’une marque textile par exemple. La suite justement serait de pouvoir collaborer avec diverses marques textiles mais pas seulement. J’aimerais aussi et pourquoi pas intégrer un média ou une agence de communication, à voir… Je fonctionne beaucoup au feeling, le futur est pour l’instant agréable à regarder.

Merci à toi Emir !

 

Emir est à retrouver sur Instagram, Twitter, Facebook et sur son site officiel.