Depuis la sortie de «Deo Favente», le rappeur originaire d’Aubagne s’est écarté du feu des projecteurs. Affaire de plagiat et problème personnel, critiques positives et récompense tardive, nous avons retrouvé Sch à l’occasion de son prochain passage à Lyon, en concert le 16 novembre pour sa tournée. On a pu discuter de tout et de rien, d’abord de son dernier album en date, fraichement disque de platine, de l’influence qu’il a apporté, sa musique, son image, ce qu’il pense du traitement médiatique offert au rap ou encore de ses aspirations quant à son prochain projet. L’échange était court mais intense, à vous les studios.

 

L : Tout d’abord, je voulais te parler de ton dernier projet « Deo Favente » qui est sorti le 5 mai dernier. C’était un des albums les plus attendus du premier semestre 2017 mais le succès commercial a mis du temps à venir, le disque de platine est tombé il y a à peine 2 mois, comment expliques-tu ce décalage ?

S : Alors je vais t’expliquer le décalage simplement, c’est que la vie a fait que j’ai construit ce projet dans une certaine difficulté du quotidien, j’étais plus axé sur ma vie privée et sur ce qui relève du familial. En fait, je naviguais beaucoup entre les hôpitaux, les studios et les tournages de clips, etc. C’était donc très difficile d’une part et puis je pense tout simplement qu’on est, comment dire, sur la progression d’un nouveau chapitre qui va s’ouvrir sur les prochains projets.

Avec A7 tu as porté encore plus loin la décomplexion d’attitude au sein du rap français, depuis, beaucoup de rappeurs assument cette double-casquette, comme si les gens avaient finalement compris que le domaine de la fiction avait aussi sa place dans le rap, qu’en penses-tu ?

Je pense qu’au même titre que certains qui ont vécu le même développement que moi en 2015, on a effectivement contribué à l’ouverture de certaines portes « visuelles », ces sortes de barrières invisibles que les artistes se mettaient et qui les empêchaient d’approfondir leur délire ou de le pousser à son paroxysme. Du coup je pense que c’est une bonne chose déjà pour la musique, que ça avance de ce côté là, puis c’est aussi une satisfaction pour ma part de se dire que j’ai fait parti de cette avancée.

Un des thèmes majeurs dans ta musique est l’ascension sociale, mais elle est toujours vu sous le prisme d’une ascension spirituelle : par exemple sur Anarchie on voyait un Sch nouveau-riche mais déjà fataliste, sur Deo Favente on voit un Sch cynique qui empilent ses remords comme des pièces de monnaie, c’est important pour toi d’aborder ce thème ?

Je pense que ce foutu ascenseur est un peu le maître du monde, parce que tu es obligé de grimper les échelons pour sortir d’une certaine classe sociale ou pour arriver à simplement « joindre les deux bouts ». Tu sais le rap à la base c’est une musique populaire, elle est faite par le peuple et pour le peuple, je suis issu du peuple et je fais la musique que le peuple demande.

Ton prochain album sera axé sur un thème similaire lui-aussi ?

C’est compliqué de pouvoir t’en parler (rires), je suis déjà sur un projet bien abouti si ce n’est pas pour te dire deux. Mais en vérité on va aborder et surtout approfondir tout ce qu’on a commencé à faire, et je pense que plein de surprises attendent les gens artistiquement parlant, que ce soit au sein de mes propres démarches artistiques ou de mes propres choix futurs. Parce que je ne suis bientôt plus sous contrat donc il va y avoir des changements, pleins de choses qui annoncent une « nouvelle ère. »

Il y a trois morceaux qui ont unanimement été couverts d’éloges sur Deo Favente : Les Années de Plomb, Mac 11 et La Nuit. Si tu devais ne choisir qu’un seul son à garder sur ces trois-là tu prendrais lequel ?

Je te dirais facilement ‘La Nuit’ parce que c’est un morceau qui me tenait à coeur, mais j’apprécie tout particulièrement les deux autres parce que, par exemple pour Mac 11, je suis sur des sonorités un peu plus kainry et j’aime aussi interpréter ce côté-là. Bien que j’ai certaines facilités à faire du rap, je suis bouffé par ce truc de vouloir toujours repousser les limites et essayer de donner du renouveau sans cesse, du coup parfois les potos du studio supputent à me dire « fais du rap fréro » (rires). Pour Les Années de Plomb, je kiffe aussi à fond le morceau donc c’est un peu dur ce que tu me demandes de faire (rires).

On peut dire que tu t’es entouré de ta « famille » sur Deo Favente, Lacrim, Kore et Guilty pour ne citer qu’eux, cela offre un vrai contraste avec les rappeurs actuels qui se mélangent de plus en plus, toi tu décides de rester un peu dans ton coin, pour quelle raison ?

Comment te dire, en vérité la conjoncture actuelle des choses fait que plus tard les gens comprendront pourquoi il y a eu cette espèce de silence tu comprends ; le silence n’est pas toujours voulu par l’artiste, il y a des choses qui font que, et ça aussi ça fait parti des éléments qui contribueront à cette « nouvelle ère » et qui vont changer beaucoup de choses.

Pour rester dans le thème du mélange, tu avais dit qu’un rappeur comme 21 savage t’avais pas mal bousculé pendant la conception de Deo Favente, on l’a senti sur des sons comme Ma Kush ou Slow Mo’, c’est important pour toi de rester proche musicalement de ceux qui t’inspirent ? Ou tu essayes d’avoir ce recul entre ce que t’écoutes et ce que tu produis?

Tu sais, je pense qu’il y a des choses que le cerveau imprime inévitablement, et quand tu les aimes beaucoup tu les réitères à ta sauce tu vois ce que je veux dire ? Donc je pense que oui, du moins ce que j’écoute m’influence forcément. C’est pour ça d’ailleurs que j’écoute très peu de rap français parce que je n’ai pas envie d’avoir les empreintes qu’on a chez nous, parce qu’on est tous à côté, on est ensemble en vérité. Par conséquent, j’écoute beaucoup de kainri mais en ce moment j’écoute aussi pas mal de variété française et italienne des années 70 à 80. C’est important d’avoir une pluralité dans ce que tu écoutes surtout, et après s’en imprégner je pense que c’est inévitable.

En 3 projets tu as réussi à devenir un incoutournable du rap francophone, tu es écouté un peu partout en Europe et surtout en Italie. On t’as vu récemment t’afficher à côté de Ghali, un rappeur italien très important, comment s’est passé la rencontre avec lui ?

Archi bien. On ne fait pas parti d’une même écurie mais le relationnel avec tous les gens qui m’entourent et les gens qui l’entourent fait que c’était comme si on se connaissait déjà en vérité, et ça dès la première fois que je l’ai vu. D’une parce qu’il a fait un morceau avec Karim (ndlr Lacrim), mais aussi parce que Sfera c’est un ami à lui, Charlie (ndlr Charlie Charles) également, et tous ces mecs là font qu’on se connaît déjà un petit peu. Quand je l’ai vu, ça c’est fait avec une simplicité folle.

Je sais pas si tu as suivi la récente polémique entre Vald et Ardisson, cela a fait ressurgir le grand débat sur le rapport compliqué entre le rap et la télévision, qu’en penses-tu ?

Je pars du principe que tant que les gens avec qui on parle à la télé ne sont pas des vrais amateurs et des gens qui aiment cette culture et qu’on ne sera pas au moins assis avec deux ou trois personnes qui vont dans notre sens, ce sera toujours difficile de se présenter correctement, parce que j’ai l’impression que ce n’est jamais vraiment pris au sérieux dans les émissions de télé, et je trouve que les supports web et les gens qui sont les « indépendants de la promo rap » sont heureusement et malheureusement ceux qui nous accompagnent le plus. Mais pour ce qui est des médias généralistes c’est dur d’avoir un vrai appui et puis des vrais échanges avec, effectivement.

Récemment Guilty a posté un tweet en disant qu’un prochain projet arriverait sans doute plus vite que prévu, tu t’es empressé de répondre -ce qui a forcément fait grossir la hype. Une sortie est déjà prévue ?

(Rires) Il n’ y a rien de concrètement prévu en vérité. Il faut que tu centres tout ce que je te dis sur le fait que là je suis dans une période transitoire et qu’il va y avoir beaucoup de changements musicaux et personnels qui vont être vus par le public. C’est ce qui va délier à ce moment-là tout ce qui va sortir, mais je ne suis pas dans la position de le faire pour le moment.

Et tu as des aspirations particulières vis-à-vis de ce nouvel opus ?

Je suis surtout sur la conception. Sur Anarchie et Deo Favente j’ai encore une fois acquis des nouvelles cases que je n’avais pas encore déverrouillées, des certaines voies ou des certaines façons d’aborder des ambiances de morceaux. Je suis de retour à mes originels, couplés avec le package de tout ce que j’ai appris.

Donc ça annonce du très lourd quoi.

Il y a de grandes chances ouais (rires).

Comme je le disais au début de l’interview on se retrouve à l’occasion de ton prochain passage à Lyon, je ne sais pas s’il reste des places d’ailleurs, qu’attends-tu de ce fameux public lyonnais ? Et surtout quelles sont tes attentes au niveau de ta tournée ?

En vérité je présente les titres de Deo Favente, comme je présente des titres d’Anarchie et d’A7 que je n’ai pas eu l’occasion de présenter parce que chaque album fait à peu près 15 titres et je ne peux pas faire cinquante morceaux sur une date de tournée dans la mesure où le temps est limité. Il y a des « nouvelles choses », mais j’ai quand même gardé les classiques invétérés, parce que c’est bien de faire découvrir mais c’est bien aussi de se réunir autour de ce qu’on connaît tous.

L’interview est finie, tu as un dernier mot ?

Je suis ravi de revenir à Lyon parce que j’avais été bien accueilli l’année dernière, le tour continue et on va n****r ça fort ! 

 

Retrouvez Sch en concert le 16 novembre au Transbordeur à Lyon : https://goo.gl/Wi84RU