La Belgique a enflammé le rap francophone cette année. Et la première mixtape de Slim Lessio, Fruit de paix, est un exemple de plus dans le pays de Tintin. Un projet réussi en partie grâce à la production de Ponko.

Damso, Hamza, Isha, Caballero & JeanJass etc ont tous sorti des projets marquants cette année. La raison est simple, ces rappeurs apportent de la personnalité à leur musique. Leur rapport à la musique est différent du cas français car les Belges sont plus décomplexés. Si l’on peut parfois leur reprocher un côté américain peu original, c’est parce qu’ils se l’approprient d’une meilleure manière sans jamais sonner comme untel ou untel. Un des exemples est 1994 de Hamza. S’il y en a un dans le game qui a su reprendre les codes américains pour créer quelque chose de nouveau c’est bien lui. Avec 1994, Hamza propose ce à quoi le rap français devrait ressembler dans les prochaines années (cf. article).D’ailleurs le processus a commencé avec Fruit de Paix de Slim Lessio qui est un des premiers rejetons post-1994.

Slim Lessio a la vingtaine passée. Il vient de la région de Spa (province de Liège) et est affilié au label Trez Records. Si l’on se fie à ses vidéos sur YouTube, il existe aux yeux du public depuis un an et demi. Et le gars arrive déjà avec une identité personnelle, cheveux longs « comme un latino », barbe sombre et swag américain. Son utilisation de l’autotune, à mi-chemin entre Hamza, Kekra et SCH apporte plus d’ampleur à une voix quelque peu fluette. Il ne cache pas son admiration pour Young Thug notamment dans la manière de jouer avec sa voix.  Enfin il est servi par des productions géniales de Ponko qui était déjà derrière 1994 et d’autres productions marquantes. L’association des deux fonctionne à merveille et donne de la cohérence au résultat final. Le projet avait été amorcé par le clip “Assumer” en mars dernier qui affirme le style musical vers lequel il va s’orienter.

Après une attente de plus de huit mois, l’album est annoncé quelques jours avant la sortie. Lessio avait entre-temps nourri sa chaine de clips visuels aux ambiances variées. Résultat final, on a une première mixtape de 16 titres cohérente, il faut le noter. Ponko réussit à lui offrir des productions (13) qui crée des ambiances qui collent aux morceaux. Il réussit surtout à les varier, on peut passer de la trap baroque (“La Mierda”) à la trap aux sonorités asiatiques (“Des Miens”) ou encore au dancehall (“Pina Colada” et “M’évader”). En filigrane les drogues reviennent le long du projet. C’est le cas dans “Au Clair de la Lean”, énième hymne des consommateurs de sizzurp ou “L’Argent ou le Sang” qui pourrait être la bande sonore de Narcos avec ce sample de cha-cha. Lessio parle de drogues pour raconter la solitude et la routine de sa vie (« j’aime pas la beuh c’est une habitude »). Rien de bien original en soit, il ne fait que reprendre les thèmes de sa génération. Mais c’est son style et son interprétation qui le différencie des autres. Et puis, c’est un avantage de travailler avec un des producteurs les plus ingénieux du moment.

Pour les multiples ambiances qui se dégagent et pour le style de Slim Lessio, Fruit de paix est un premier projet prometteur. S’il n’a pas encore l’aura d’un Hamza, il a au moins le mérite d’offrir aux auditeurs un nouveau personnage intéressant. Avec Slim Lessio nous bouclons une saison belge exceptionnelle.