Après avoir sorti six mixtapes depuis 2013, Hamza a dévoilé son premier véritable album. Qu’est-ce qui le différencie de ses précédents projets ? De la maturité artistique et lyricale selon son auteur. Et peut-être le fait qu’il puisse lui donner les clés du succès. Parfois plus crooner que rappeur, parfois plus rappeur que chanteur, le Sauce God navigue entre un RnB mélancolique ou sensuelle et une trap ensoleillée.

Débuté à Bruxelles, l’enregistrement de cet album a tourné court suite au décès du père d’Hamza. Séparé par le paradis, Hamza est alors retourné au Maroc, où il n’était pas allé depuis une quinzaine d’années, pour faire son deuil. A la fois touché, il s’est nourri de ses origines pour retrouver une certaine énergie et poursuivre son chemin jusqu’à Los Angeles. Là, il est parvenu à respirer et à retrouver l’inspiration pour se remettre dans l’ambiance de l’album.

L’album s’est réalisé dans cette atmosphère particulière caractérisée par la pochette : Avec un visuel rappelant Nervermind de Nirvana, le rappeur belge semble avoir besoin de se noyer pour atteindre son paradise. L’autodestruction semble être le chemin choisi pour atteindre la paix.

Avec une équipe artistique notamment composée de ses producteurs habituels avec Ponko et Nico Bellagio, ainsi que d’Oz Touch, qui a fait des instrus pour Booba, Lino, Isha etc. Egalement beatmaker, le Sauce God a conceptualisé l’album avec son équipe pour un résultat qui se situe dans la lignée de 1994. Avec un savoir-faire encore supérieur. Notamment en terme de mixage avec l’apport de l’américain Ryan Summers qui a travaillé avec l’ingénieur son habituel d’Hamza, Hakim Ovitch. En terme de spatialisation sonore, il y a une harmonie entre tous les éléments. Ils n’empiètent pas les uns sur les autres et le résultat apporte de la profondeur aux morceaux. Comme si on pouvait nager dedans, voire se noyer.

L’album s’ouvre sur une composition à la fois profonde et atmosphérique sur laquelle Hamza chante pendant une minute trente, avant que la batterie n’entre pour la conclusion du track et véritablement entrer dans le projet. Après avoir posé sa voix, Hamza a ajouté des ambiances créées à partir de sa voix pour renforcer la dimension atmosphérique. Avec cette même recette, Hamza arrive à nous servir différentes sauces et apporter de la variété au fil des titres.

A la fin de l’introduction, le Paradise d’Hamza s’ouvre à nous avec une guitare électrique dans sa façon de résonner. Par son rythme trap et le flow saccadé adopté par Hamza sur le refrain, une certaine intensité s’en dégage. A laquelle s’ajoute une touche de chaleur apportée par les lignes de guitare. L’évasion, le soleil et la mélancolie s’entremêlent. De la même manière que sur 50x, tout en l’accompagnant d’une nouvelle sauce.

Le Bruxellois est adulé pour son RnB, mais c’est sûrement grâce à son rap – en témoignent ses prestations sur HS et Meilleur – qu’il est aussi bon là-dedans. Avec ses placements il fait glisser son flow de manière fluide. Histoire de varier, il adopte même une voix rauque du début à la fin de Gynéco et délivre un bel égotrip.

“Et j’vois plus de teuch qu’un Gynéco” (Hamza – Gynéco)

Bien qu’il continue de nager en plein égotrip, Hamza a tenté de s’ouvrir un peu plus, même s’il transmet beaucoup plus d’émotions à travers sa musicalité qu’à travers ses lyrics. C’est sûrement grâce à cette faculté qu’il a les moyens d’atteindre un succès sans frontières. Déjà plébiscité par la critique et le public de cible dans les pays francophones, il est à quelques pas d’élargir sa communauté. Objectif auquel peuvent participer ses featurings avec SCH, Aya Nakamura ou Christine and the queens. Encore plus que les autres, il s’agit d’une collaboration surprenante mais assez logique. D’autant plus que la construction du morceau est intéressante car l’artiste de renommée mondiale participe à introduire la partie d’Hamza et refait surface avec lui à travers des adlibs. La façon dont sont utilisées et placées certaines ambiances, avec la voix d’Hamza, font écho à l’intro de l’album. Une façon de faire écho à cette dimension profonde et atmosphérique.

Noyé dans le Henessy, le Sauce God et son équipe ont créé un album avec une même couleur artistique, un bleu qui se décline en une palette de tons allant du plus clair au plus foncé. Si le projet convaincra forcément les adeptes, le véritable défi résidera dans sa capacité à rallier un nouveau public. Ou comment s’élever tout en se noyant.

P.S : Paradise s’est vendu à 9 362 exemplaires en première semaine (physique : 1 022, streaming : 7 796, téléchargement : 544)