Depuis maintenant près de 10 ans, Big K.R.I.T s’est imposé comme le dépositaire légitime du Country Rap Tunes. Son troisième album ‘4eva Is a Mighty Long Time’ ne déroge pas à la règle et nous plonge pendant une heure et demi dans la pure tradition du Sud.

Cela fait maintenant dix ans que Pimp C a quitté la planète rap. Il laisse derrière lui un héritage musical conséquent. On lui doit notamment la paternité du country rap tunes, fusion du Stax Sound des années 60/70 et du Dirty South. Cela fait également 10 ans que Justin Scott alias Big K.R.I.T perpétue ce son sur des albums toujours bien produits. Le dernier en date, 4eva Is a Mighty Long Time, double album dense pourrait être à ce jour son projet le plus abouti.

Big K.R.I.T est un nostalgique. Sa musique prend ses inspirations dans ceux qui ont écrit l’histoire du Sud. Il fait la synthèse d’OutKast, UGK, 8Ball & MJG, Goodie Mob et tous les autres qui ont fait que « le Sud avait son mot à dire ». Alors oui, on passera sur l’originalité du bonhomme qui, pour les sceptiques, ne reproduit que la musique de ses héros. Mais pour les amateurs de bonne musique c’est toujours un plaisir d’entendre des projets avec une musicalité supérieure à la moyenne.

Si Big K.R.I.T n’est pas un grand parolier, il est au moins un excellent producteur qui insuffle l’énergie du Sud entre tradition et modernité (il sera d’ailleurs le producteur exécutif du prochain album de Bun B). Dans ses précédents projets, il assurait quasi entièrement la production. Sur 4EIAMLT, il laisse les commandes sur la moitié des morceaux aux plus grands : Organized Noise, Mannie Fresh, Cory Mo, DJ Khalil, Terrace Martin, Robert Glasper…Le résultat reste cohérent et fluide malgré les 22 morceaux et les 85 minutes. On retrouve tous les ingrédients du country rap tunes : divines voix féminines, guitares psychédéliques, orgues grandiloquents, grosses basses et bien sûr la TR-808.

Sur ce double LP, le premier disque s’intéresse à Big K.R.I.T le rappeur. Musicalement c’est la partie où on retrouve les bangers (« Big Bank » feat. T.I., « Subenstein (My Sub IV) », « Get Up 2 Come Down » avec Cee-Lo Green et Sleepy Brown…) et un K.R.I.T dans son rôle d’ambassadeur du southern rap. Sur le second disque, la vraie personnalité de Justin Scott l’homme ressort. Cela se ressent dans la musique assurément plus soulful et sur les invités (Joi, Jill Scott, Bilal, Keyon Harrold). A ce titre, on a l’impression qu’il veut reproduire Speakerboxxx/The Love Below, l’album schizophrène d’OutKast mais avec le côté romantique en moins. L’avantage en proposant un double album est que K.R.I.T peut mieux organiser ses idées et l’auditeur n’est jamais perdu Pris séparément, chaque disque est efficace (11 morceaux pour une durée comprise en 40 et 45 minutes) et chacun trouvera son compte.

En comparant les sorties actuelles du Sud, il est agréable d’entendre des sons qui ne basent pas sur des gimmicks ridicules sans âme. Et l’importance de la spiritualité dans la musique de K.R.I.T se ressent ici. Le fait également qu’il se livre plus, surtout sur le second disque donne du coffre aux productions. Le King Remembered In Time les fait vivre, se fond dans celles-ci pour au final ne faire qu’un avec son œuvre. Il atteint cet état de grâce dans la seconde partie où le rappeur laisse sa place au bluesman (“Keep the Devill off“).

On peut, sans prendre de risque, dire que 4eva… est un des meilleurs albums de cette année. Big K.R.I.T délivre un album complet sur le fond comme sur la forme. On le sent même plus apaisé depuis son départ de Def Jam car il peut enfin délivrer la musique qu’il veut. Celle qu’on entendait dans ses mixtapes, la meilleure.