Blacko

Ses longues dreads dépassant d’un bob blanc, l’attitude zen, posée.. Effectivement, Blacko est trait pour trait cet amoureux du reggae, tranquille, dont le monde médiatique renvoi l’image.L’artiste a planté sa tente au Diable au Club de Bourg-en-Bresse le 11 juin dernier, pour un showcase. En mode solo lors de notre interview, il s’est confié au Ninki Mag, à propos de la reformation de Sniper, trio emblématique du rap français des années 2000.

 

Dix ans après vos derniers instants ensemble, vous êtes remontés sur scène à Paris, lors d’un concert à la Cigale. Alors, heureux ?

C’était surprenant. On ne s’attendait pas à voir le public, dix ans après, entonner nos textes en cœur de cette manière. L’accueil qu’on nous a fait était vraiment chaleureux. Les places se sont arrachées très vite alors qu’on pensait être devenu Has-Been. C’est ça, la magie du public.

Votre concert à la Cigale, c’était un test pour vous reformer ?

On peut voir ça comme ça. Nous nous sommes perdus de vue durant sept ans. En 2014, nous avons renoué contact et on s’est dit “pourquoi pas”. On s’est penchés sur le chemin qu’on voulait prendre avant de tomber complètement dans l’oubli.

On a d’ailleurs remarqué que vous avez perdu votre voix au milieu du show…

Ouais ! J’étais trop chaud lorsque le concert à démarrer. C’était ouf de voir tous ces gens venus pour nous… On s’est donnés sur scène et voilà le résultat. (Rires)

Vous n’avez pas eu peur de revenir sur le devant de la scène après dix ans d’absence ?

Forcément, après tant de temps, on se pose des questions. On se demande si on est toujours dans le coup, si on doit suivre la mode. On souhaite s’actualiser tout en gardant notre touche.

Qu’est-ce qu’on trouve comme style de musique dans votre portable ?

J’écoute uniquement du reggae. J’apprécie la musique lorsqu’elle véhicule de bons messages. Tous ces sons commerciaux qu’on entend à la radio ne m’attirent pas.

D’où la reformation de Sniper ? Pour améliorer l’actuel rap français ?

On se reforme pour nous, c’est notre kiffe avant tout. Sauf qu’on est plus les gamins qu’on était. On veut garder l’âme de Sniper mais l’actualiser et la rendre plus mature. On ne veut pas jouer les papys moralistes. Le rap actuel n’a rien à voir avec ce que nous faisions. Les textes forts, c’est terminé tout ça. Nous, on se battait avec nos stylos. Coucher les mots sur le papier était un exutoire, une manière d’exprimer ce qu’on ressentait. Aujourd’hui, ils font des millions de vues sur YouTube en insultant leurs mères, en parlant de drogue, d’armes ou de violence. J’ai fait le tour des maisons de disque pour ma carrière perso. Elles m’ont claqué la porte au nez, me faisant bien comprendre que les textes engagés ne font plus vendre.

Qu’est-ce que vous pensez de la scène française actuelle ?

Pour moi, les milieux musicaux ont beaucoup changé. Je ne m’y retrouve pas. La musique a régressé. Ça m’étonnerait qu’on retrouve des artistes à texte comme Mc Solaar ou Oxmo Puccino de sitôt. Quand vous voyez tous ces gens qui utilisent l’auto-tune… de base, c’est un correcteur, ce n’est pas censé devenir la voix de l’artiste. Jul, Pnl, Sch, on ne connaît même pas leurs vraies voix. Si ça continue comme ça, on va se faire chanter des chansons par des petits robots. Ils se sentent forts avec leurs textes basés sur la violence et les insultes, mais ça m’étonnerait qu’ils fassent les marioles en rappant “nique ta mère” devant leurs parents. Finalement, la scène actuelle, c’est des musiques de kermesse ou des insultes. Je suis de ceux qui apprécient le rap porteur d’un message.

Sniper a un passé tumultueux avec la justice d’ailleurs…

Oui, et ça nous a coûté une blinde en avocat. On était jeunes, impulsifs. Notre rap c’était nos pensées. Qui dit jeunesse, dit erreur. Mais on en tire des enseignements. Maintenant, on a mûri, on a compris qu’il y avait une manière de dire les choses. Le rap d’aujourd’hui est capitaliste, il doit faire vendre sans forcément faire passer un message. Nous à l’époque, on l’utilisait pour faire front à la société.

Ça vous fait quoi de vous dire que dix ans après, les paroles de Sniper sont d’autant plus d’actualité ?

Ça fait peur de voir que rien ne change. La société est vraiment merdique. Il n’y a rien qui bouge en politique. Il faudrait faire quoi, une révolution ? Nous sommes des milliards, nous pourrions faire bouger les choses demain si nous le voulions. Mais personne ne fait rien. Les gens en ont marre, il faut le faire entendre. Ça fait vraiment flipper pour les générations d’après.

Vous comprenez ces nouveaux artistes qui font passer le profit avant le message ?

Je peux comprendre mais je trouve ça dommage. Soprano par exemple, était un bon rappeur du temps de Halla Halla. Aujourd’hui il se tourne vers des musiques plus commerciales. L’argent appelle l’argent malheureusement. Par contre, je n’écouterai pas la nouvelle génération de rappeurs avec mes filles. Qu’elles écoutent Black M ou Maître Gims ne me dérange pas. Leurs paroles restent correctes, contrairement à d’autres. C’est aussi pour ça que je me retrouve beaucoup dans le reggae et que j’y reviendrai après ma tournée avec Sniper. Ma famille aimait cette musique et je peux la partager avec mes filles.

Et la suite pour Sniper, c’est quoi ?

Déjà, on a prévu une date au Zénith de Paris le 22 novembre. Ce n’est qu’un début, mais on veut se tester, voir si on part plutôt sur des grandes ou des petites salles. On souhaite faire un album indépendant, piloter notre propre avion et ne plus en être les passagers. On verra bien à l’écoute des gens !

Blacko, finalement, nous demande si nous avons encore des questions. L’interview est terminée. On sort de la salle, on fume une clope avec lui et on continue de discuter.  Il est simple, tranquille et tellement abordable. Ce qui est certain, c’est qu’on s’en souviendra longtemps de cette journée !

yolo

Nous remercions l’équipe du Diable au Club et de La Place Rouge pour leur accueil et pour nous avoir permis de rencontrer Blacko !