brav-sousfrance

Brav, anciennement “Ibrah” est la moitié du groupe Bouchées Doubles dont il fait partie avec Tiers Monde. Le 26/01/2015 sortait Sous-France un album qui comme son nom l’indique s’est fait dans la douleur, mais c’était un mal pour un bien car l’artiste est revenu plus fort que jamais avec une identité sonore et visuelle. Fort de cette expérience, il nous annonce par le biais d’un clip l’arrivée d’un nouvel opus intitulé “Error 404” prévu pour le 26 février. Le 7 novembre dernier, il donnait un concert à la Triperie dans le cadre de sa tournée en appartement pour représenter le projet Sous-France. Je suis donc parti à sa rencontre afin d’en savoir plus sur l’homme et sur ses perspectives d’avenir en tant que rappeur.

 

Pour commencer est-ce que tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ou peu ?

Mon nom c’est Brav’, je suis originaire du Havre. J’appartiens au label “Din Records” qui compte dans ses membres un artiste tel que Médine plus connu nationalement ou Tiers Monde, ainsi que d’autres artistes en développement. Je suis un des membres historique du label car j’étais présent à la création en tant qu’infographiste.

 

Tu peux nous expliquer pourquoi tu as choisi le titre « Sous-France » pour ce projet ?

Sous-France, c’était déjà un très joli jeu de mots qui reflète assez bien la situation actuelle de notre pays. Un constat général que j’ai essayé de faire, assez pessimiste c’est clair mais ce n’est pas forcément le propos de l’album. Il y a quand même pas mal de positivité dedans, c’est juste tout détruire pour reconstruire et c’est dans cette optique que j’ai fait cet album.

Je suis très mélomane, j’ai besoin de musique dans toutes les situations.

Ça va bientôt faire 1 an qu’il est sorti. Quel bilan en tires-tu ?

Un bilan très positif, c’était vraiment une expérience de la dernière chance (en référence à la phrase “Premier solo, dernière chance” sur le titre “Ham”). En fait cela fait plusieurs années que je suis dans la musique -quinze ans exactement- mais c’est mon premier album solo. J’avais un peu cette frustration car les rappeurs qui sortent aujourd’hui des albums ont le même âge que moi à mes débuts. J’ai vu énormément de choses pendant ces quinze ans, à travers les différents postes que j’ai occupés: infographiste, backeur sur les tournées de Médine, le groupe Bouchées que je forme avec Tiers monde, donc j’ai déjà eu une carrière artistique avant ma carrière solo. J’ai pu observer les rouages de ce métier qui m’a un peu déçu, voire frustrer. Je me suis dit que sortir un solo à 30 ans n’est pas une garantie de succès donc c’est “premier solo dernière chance”. Finalement, les retours m’ont redonné confiance en la musique et en moi-même aussi. Ce projet a vraiment été un révélateur.

 

Tu as des influences assez éclectiques. On retrouve dans ta musique du rock, de la variété française et bien sûr du hip-hop. Est-ce que tu peux détailler ce que tu écoutes, ce qui t’inspire ?

Je suis très mélomane, j’ai besoin de musique dans toutes les situations. Quand je fais du sport par exemple, il me faut une musique un peu speed pour courir. J’écoute vraiment de tout, j’ai besoin de découvrir de nouveaux artistes, c’est l’origine de ma musique, le rap est née de samples, on s’inspire de plein de choses. Je suis passionnée de musicalité, et de prises de risque.

J’aurais voulu travailler avec Gainsbourg car musicalement en son temps, c’était l’un des plus avant-gardistes dans sa musique.

 

Tu as dans la tracklist la première partie du morceau “Dr.Martens”. Avec Tiers Monde vous avez l’air d’apprécier le storytelling, donc doit-on s’attendre à une suite ?

C’est une bonne question, par Tiers Monde ? pourquoi pas. Ça peut être encore un bon lien avec le groupe Bouchées Doubles, mais de cette histoire je veux en faire de multiples épisodes. Je pense qu’il y en aura un deuxième pour continuer le développement de ce personnage afin de rentrer dans un complexe de vie ordinaire. C’est l’histoire d’un mec qui sort d’une cité et qui malgré son environnement dérive sur un extrémisme. Il pourrait être intéressant de développer cela tout au long de sa vie, pour montrer justement les dégâts de cet extrémisme. Tu as des personnes qui sont clairement racistes et quand leurs enfants se mettent avec une personne d’origine africaine, je m’interroge sur leur raisonnement pour savoir qu’est-ce que le racisme ? Je veux vraiment pousser la réflexion.

 

Merwan : Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à être raciste selon toi ?

Raciste de quoi ? C’est quoi cette bêtise d’être raciste de quelqu’un, d’une communauté, d’une religion, alors qu’en fait c’est juste de la bêtise personnelle. C’est ce que j’essaye de démontrer, bien que le morceau soit un peu violent je voulais qu’on puisse rentrer dans le personnage. Tu compatis avec lui, tu vois ce que je veux dire ? C’est le vice de la chose. J’ai écrit pour qu’on se dise “C’est normal qu’il devienne raciste” , il est là le danger.

Merwan : Pour que les gens comprennent faut que ce soit violent j’ai l’impression

Brav : Totalement ! Et quand tu regardes bien, tu te dis qu’il a des raisons ! Non il n’a pas de raison ! C’est tellement compliqué que j’aime cet angle d’écriture ! tu touches le cœur d’une personne donc ça veut dire que tu peux lui parler sincèrement avec un thème très grave, et finalement tu vois sa réaction. C’est très intéressant !

 

Est-ce que les outils marketing employés par Din Records (différent du circuit actuel) sont efficaces ?

Je vais te répondre OUI. C’est moi qui les gère car j’étais dans le secteur de l’infographie avec une entreprise qui s’appelle Horizon Design, puis j’ai décidé de me consacrer uniquement à la musique lors de la sortie de mon album. Horizon Design n’existe plus enfin si mais elle ne s’occupe que de Brav’. Même si on ne fait pas des millions de vues, je suis content de ce que l’on produit car je pense qu’on se distingue de ce qui peut se faire actuellement. J’en suis très fier.

 

Le dernier projet du label s’intitule “Training Day” du rappeur Oumar (la nouvelle signature de Din Records). Tu peux nous en parler ?

Il faut savoir qu’Oumar est une personne avec lequel on a grandi, il est de notre secteur, le quartier juste en face du mien. Quand il a commencé, on faisait des ateliers rap ensemble. Il a gravité autour de Din Records sans forcément en faire partie car il était dans une autre team. Tu sais comment ça se passe, juste parce que tu fais partie d’un autre immeuble, et bien tu appartiens à un autre gang (rires). Je trouve qu’il a une plume qui me parle beaucoup, une éthique qui rejoint totalement Din records, une force de proposition musicale qui est différente même si tu peux ressentir la patte du label. Il a vraiment un angle d’écriture intéressant, et cela montre qu’on a vraiment fait une mise à jour en 2014/2015 en essayant de proposer d’autres artistes et d’autres univers.

 

Ton frère Proof a réalisé 12 des 13 tracks de l’album. Comment se passe la collaboration ? Il sait ce que tu recherches ou il t’envoie une palette d’instrus et c’est au coup de cœur ?

Je viens toujours avec une idée très définie du son. Proof doit faire au moins 10 prods par jour. Il en fait tellement que j’arrive à piocher ce qui me plaît. Quand il ne produit pas il mixe, et maintenant qu’il vient d’ouvrir son studio de mastering, il occupe les trois rôles.

 

Tu as tenté une première fois le projet “Sous France” en 2012 (sous forme de défi car il voulait réaliser un album en 45 jours). Après cette première tentative avortée, est-ce que tu t’es réellement trouvé musicalement ?

J’ai juste évolué, je n’ai pas tellement changé. Je pense que ce premier échec m’a fait énormément de bien parce qu’au départ je devais sortir l’album “Sous France” en 2012. Le calendrier ne m’a pas permis de sortir ce projet, mais les différents titres se sont retrouvés sur plusieurs projets. Je pense à Kery James qui a utilisé le track “Post Scriptum” dans son album Dernier MC , “Et tu monte” qui s’est retrouvé dans l’album de Tiers Monde. J’ai eu une frustration car un échec peut faire peur. Les voyages que j’ai faits, et la mise à jour du label m’ont redonné la motivation et l’envie de retourner en studio pour travailler un album.

 

Avec quels artistes aimerais-tu collaborer ?

J’en ai tellement que je vais parler de ceux qui sont décédés parce que ceux qui sont vivants, ils ne me calculeront même pas si je les cite (rires). J’aurais voulu travailler avec Gainsbourg car musicalement en son temps, c’était l’un des plus avant-gardistes dans sa musique. Même si les thèmes sont à l’opposé de ce que je peux écouter, je ne m’intéresse pas à ce qu’il dit mais à la manière dont c’est raconter. Musicalement il est fou ce gars, les harmonies, la musicalité, il va trop loin.

Je suis très cinéphile, c’est moi qui écris les scénarios des clips

C’est quoi ta dernière claque musicale ?

Dernièrement C’est Abd Al Malik avec son album “Scarifications”. Le titre “Daniel Darc” avec un clip très bien réalisé. C’est la mise à jour de l’artiste, le projet est très rap.

 

Comment s’est passé ton projet en Palestine « La Lune sans les étoiles » ? Qu’est-ce qui t’as poussé à le réaliser  ?

J’accompagnais un groupe de rap qui s’appelle Gaza Team. 1 An avant ce voyage j’étais parti au Liban parce que ce groupe originaire de Gaza avaient réussi à faire une tournée au Proche-Orient grâce aux instituts français. Ce fut un retour sur leurs terres car ils avaient fui la guerre. Au Liban cela s’est bien passé mais en Palestine ce fut plus compliqué, car ils ont été bloqués à la frontière en Allemagne. On s’est donc retrouvé seul avec Naili (rappeur algérien) en Palestine. Nous avons fait des ateliers avec les jeunes, et le reste du temps je n’avais rien à faire car le groupe n’était pas là. J’ai donc décidé de faire des photos pour montrer à ma famille ma situation, surtout ma mère qui me demandait comment ça se passait. Après un, deux, trois, dix clichés, je me rends compte que les gens ont été très touchés par mes images et je reçois énormément de messages me disant de compiler mes photos dans un livre. La puce à l’oreille avec un voyage qui m’a énormément chamboulé, je me suis dit que cela pouvait être intéressant de soutenir une association palestinienne en vendant ce livre. On a donc lancé ce projet participatif sur le site “Hulule”.

On avait un partenariat avec une association de Gaza pour la reconstruction post-traumatique des enfants notamment. Le livre a été financé à 400%, on à récolté 15000 euros au total ! on a remis le livre sur le site car il génère encore de l’argent. On continuera d’en donner tant qu’il se vendra.

 

Ton meilleur souvenir liée à la musique ?

Pour le moment ça doit être l’Olympia de Médine en 2013. C’est bizarre ce n’est même pas mon concert, mais j’étais avec lui sur scène. En fait en connaissant le parcours de notre label et de cet artiste très engagé, on se rend compte qu’il a réussi à remplir l’Olympia en indépendant. On vient du Havre, ce n’est pas rien ! On est un groupe de province, on n’est pas de Paris, on galère, remplir cette salle mythique sur les traces de Brel etc, c’est énorme pour moi.

 

Tes clips ont un aspect très cinématographique, est-ce que tu es un cinéphile où c’est ton côté infographiste qui prend le dessus ?

Oui je suis très cinéphile, c’est moi qui écris les scénarios des clips, le cadrage je le laisse à la charge des réalisateurs mais je suis très impliqué. Je suis très tatillon sur les ambiances vu qu’on a le même vocabulaire avec les réalisateurs, je peux me permettre de discuter d’égal à égal. Ils arrivent à comprendre très vite ce que je veux, ce que je ne peux pas faire dans l’editing (rires). J’écris beaucoup, je regarde beaucoup de film, je kiffe les choses improbables dans le cinéma.

 

Et quelles sont tes influences cinématographiques ?

Je suis très Anglo-saxon, j’ai une passion folle pour les films indépendants anglais qui vont chercher des idées je ne sais où. J’aime bien les films indépendants je trouve qu’il y a plus de risques que dans les films grand public. J’aime bien aussi la folie des films coréens par exemple “Old Boy”. La violence des images montre vraiment les choses même si c’est parfois cru. Un mec que j’aime énormément c’est Gaspard Noé, je le trouve complètement loufoque ce gars. Notamment dans un court métrage qui s’appelle “Carne” avec la suite “Seul Contre Tous”. Ce film est complètement fou, tu rentres dans une psychose bizarre, c’est étrange car tu es d’accord avec le mec qui fait des choses immorales. Là tu es obligé de te dire que le gars est fort.

 

Avec le clip de “HAM”, tu nous as annoncé dernièrement l’arrivée d’un nouvel album “Error 404” programmé le 26 février 2016. Peux-tu nous en dire plus sur ce nouveau projet. C’est sur la continuité de Sous France ?

Il ne s’agit pas vraiment d’une suite à l’album “Sous France” sorti en janvier 2015. Enfin si car à la suite de mon premier solo, une tournée de concerts appartement a été mise en place. Lors de cette tournée atypique l’impulsion a été telle qu’à chaque fois que je rentrais chez moi, je ne dormais pratiquement plus. Un trop-plein d’énergie sans doute. Cette tournée a été réalisée jusqu’en novembre, période ou j’ai décidé de faire une trêve hivernale et d’utiliser toute cette énergie afin de la mettre au service de ma musique. J’ai ainsi travaillé jour et nuit au studio à la réalisation de cet album dans une période assez courte (mixage et mastering compris). Le 01 janvier dernier comme pour annoncer une nouvelle année qui commence, j’ai dévoilé par le biais d’un clip mon nouveau projet.


braverror

 

Lundi 11 janvier, tu as même balancé le premier extrait “Revolving”. Un clip majestueusement réalisé par Florin de France. Quelle est la genèse de ce morceau et de ce clip ?

Le premier titre annoncé est “Revolving” qui veut dire renouvellement. C’est généralement le terme employé pour le crédit à la consommation. Mon idée pour le clip a été simple: concentré en 4min04 un état social du pays avec une rengaine chantonnée en continu. Je pourrais ainsi faire le constat des erreurs dans notre mode de vie. Je voulais pour la réalisation une nouvelle fois faire appel à mon ami Florin De France à qui je dois “Tyler Durden” et “L’Arche” sur mon précèdent album. Sa technique et sa compréhension complète parfaitement mes idées et crée par la même occasion un binôme qui fonctionne. Dans les acteurs cette fois j’ai souhaité intégrer mon ADN familial. Mon père que l’on retrouve sur la pochette, mais aussi ma grand-mère et ma mère. Je souhaitais montrer une situation assez simple ou la violence n’est pas dans les mots que l’on entend ou dans les actions des personnages, mais dans le silence et le calme oppressant d’une vie ordinaire. Un homme vivant seul s’occupant de sa mère assez âgée, observé par son fils qui retracera le même scénario et ainsi de suite.

 

 

Un dernier mot ?

“C’est que le début” comme dirait Médine (rires)