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Je me souviens de cette ancienne dissertation en philo : Qu’est-ce qu’un artiste ?

Sans trop réellement savoir pourquoi j’étais plutôt douée dans cette matière. Or ce jour-là, une matinée pluvieuse en salle 201 sur ce bureau bancal, ma copie resta étonnamment blanche. Une colle. Une sèche. Un trou noir. Même en cherchant dans les méandres les plus profonds et enfouis de ma mémoire, je ne trouvais pas de réponse à cette problématique.

Qu’est-ce qu’un artiste ? Cela impliquait de se questionner sur la notion de l’art, du travail, de l’intérêt, du gain et du don. Cette seule problématique cachait dans son sens, des centaines d’autres problématiques. Des questionnements qui, à 17 ans, ne suscitait en moi que l’envie irrésistible de gribouiller des fleurs dans la marge de ma feuille, étais-je une artiste ?!  Très clairement je n’en avais rien à foutre.

Aujourd’hui et quelques années plus tard, Ninkimag est allé à la rencontre de trois profils bien différents. Chady, Chloé Ciccolo et Ian Vandooren nous ont partagé leurs parcours et leur vision des choses. Si ta plus grande crainte est que cet interlude écrit ressemble à tes cours de philo, pas d’inquiétude… on ne mange plus de ce pain-là ici !

 

 

CHADY

Un beatmaker amoureux

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  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Yo, je suis Chady, 19 ans producteur et graphiste, basé vers Lyon.

  • Peux-tu définir ton style ?

Mon style est une dérive du hip hop, de la soul et du jazz. Si je devais lui donner un nom, ce serait la ” vibe Music “, de la musique remplie de sentiments et d’émotions.

  • Comment est arrivé ton amour pour la musique ?

Je dirais naturellement. C’est un truc que je ne peux pas expliquer, c’est un gros mystère… D’ailleurs je crois que je vais engager des chercheurs pour trouver l’origine de mon amour envers la musique.

  • Souvent les gens commencent à la production et finissent derrière un micro, c’est envisageable pour toi ?

Je vais t’avouer que je kifferai chanter, il m’arrive souvent de chantonner quand je taff une prod mais je pense que ma voix n’est pas très au point vu les réactions de ma mère. D’ailleurs si une chanteuse ou un chanteur veut collaborer avec moi faites moi signe.

  • En moyenne par prod combien de temps mets-tu ?

Oula, ça dépend vraiment de mon inspiration. Mais quand je suis inspiré, je dirai environ plus de 8 h et ça peut même s’étaler sur plusieurs jours.

 

Aujourd’hui dans l’industrie de la musique plus rien n’est sincère tout est devenu business tout est calculé, y ‘a plus d’amour.

 

  • Quel est ton processus de création ? tu produis n’importe quand, le jour, la nuit ?

Je n’ai pas vraiment de processus pré défini, j’aime bien tester de nouvelles façons de travailler, je suis quelqu’un qui déteste s’enfermer dans la routine. Je suis toujours en quête de nouveauté. En ce qui me concerne le moment propice pour travailler c’est la nuit. C’est comme en science pour qu’il y ait la vie sur une planète il faut un certain nombre de conditions. La nuit tout est calme, les lumières a travers la fenêtre, le bruit des rares voitures qui passent etc … tous ces facteurs permettent que la magie opère.

 

 

  • Quelle est ta source d’inspiration ?

Mon amour pour la musique sans hésiter, c’est un moteur important. Je pense qu’aujourd’hui dans l’industrie de la musique plus rien n’est sincère tout est devenu business tout est calculé, y ‘a plus d’amour.

  • Quelle est ton opinion sur le retour en force de la musique africaine ? Afro trap, MDH, Drake avec le titre One Dance, ce genre de chose…

je suis fasciné par les percussions africaines. C’est un vent d’air frais, ça apporte de la diversité, de la chaleur c’est plutôt cool, ça permet un brassage culturel. J’ai toujours dit que la clef de l’évolution c’est le mélange.

  • C’est quoi la suite pour toi ?

Voyager et partager ma musique à travers le monde. Je rêverai d’être booké sur un festival du type Coachella.

  • Un dernier mot, ta définition de l’art ?

Expression de soi.

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CHLOE CICCOLO

Une photographe passionnée

dondada
Alpha Wann
  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 22 ans et je viens de finir ma licence de psychologie. À côté de ça, cela fait à peu près six mois que je me suis lancé dans la photographie.

  • De quelle manière es-tu venu à la photo ?

J’avais acheté un vieux réflex au collège dont je me servais lors de mes voyages, je prenais tout et n’importe quoi en photo. J’avais une vraie passion mais je n’avais aucun savoir sur le sujet. J’avais complètement laissé mon appareil de côté puis il y a quelques mois, je l’ai ressorti. Il y avait un concert de rap au Ninkasi le soir-même et j’ai eu l’idée de m’y remettre un peu plus sérieusement. Depuis ce concert, je n’ai plus lâché mon appareil.

  • Dans ton travail on retrouve énormément de photo de concert/ d’artiste de rap, comment t’es venu cette connexion avec le rap ?

Par hasard, en fait. Un ami à moi fait du rap et m’a fait rentrer dans ce truc un peu malgré moi. Le premier concert que j’ai photographié était celui de Espiiem au Ninkasi et j’ai adoré l’énergie qu’il y avait. Après ce concert, au fil des rencontres, je suis arrivée dans le Ratchet Lab, du coup tous les concerts auxquels je vais sont des concerts de rap et je ne me vois pas photographier d’autres concerts en fait.

L’art est ce qui nous permet de nous exprimer lorsque les mots ne suffisent plus.

  • Peux-tu expliquer l’histoire d’une de tes photos ? 

C’est une photo de Aladin 135 au Ninkasi. Il faisait la première partie de Deen Burbigo. J’aime cette photo parce qu’elle a été prise un peu par hasard. A ce concert j’avais encore mon vieil appareil qui ramait comme pas possible dès qu’il n’y avait plus de lumière. J’ai prise cette photo à la hâte, mon appareil a mit environ 5 bonnes secondes a prendre la photo et je me suis dit que j’allais être incapable de retranscrire ce moment en photo. Je suis partie dans les loges pour recharger mon appareil et lorsque j’ai vu la photo j’étais vachement surprise ! Elle était bien ! Après le concert je me suis dépêché de la balancer sur les réseaux sociaux et Aladin l’a reprise immédiatement. J’étais super fière !

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  • Tu côtoies beaucoup le milieu hip-hop. Et aujourd’hui globalement que penses-tu de la scène rap français ?

Je n’écoute pas du rap depuis longtemps, je ne suis donc pas une grande connaisseuse mais je suis partagée. Le problème est que dès qu’un mec marche, tout le monde va vouloir faire pareil. C’est un des problèmes avec tous ces trucs genre Youtube ou autres. Ça peut très bien faire découvrir un artiste aux gens sans passer par les médias mais du coup, tout le monde s’y met et on en voit beaucoup copier les grands noms et se faire une place malgré tout. C’est dommage. La scène rap manque un peu de personnalité à mon goût, il leur manque une signature. Pas à tous, heureusement. Il y a en a plein qui ont su évoluer et se créer une marque de fabrique. Après il y a un phénomène qui n’existait pas avant c’est cette mise en avant des beatmakers par les rappeurs. Le rap évolue grâce aux beatmakers, pour moi. Leurs sons ne sont plus de simples chansons basiques avec « refrain, couplet, refrain » ; il y a aujourd’hui quelque chose de plus mélodieux dans le rap actuel, et ça donne des possibilités immenses aux rappeurs.

  • Et sinon c’est quoi la suite pour toi ?

J’ai plein de choses en vue, comme commencer la vidéo par exemple. Je vais continuer les concerts, ce qui me passionne le plus. Et sinon, avec une amie, nous allons nous pencher sur un projet en rapport avec les sneakers (une grande passion !) tout ça en lien avec la photo.

  • Un dernier mot : ta définition de l’art?

C’est très subjectif. Je dirai que l’art est ce qui nous permet de nous exprimer lorsque les mots ne suffisent plus.

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IAN VANDOOREN –

du groupe LUTECE

LUTĒCE par Vincent Mode
LUTĒCE par Vincent Mode

 

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Ian Vandooren, producteur-rappeur et réalisateur à Lyon. Je forme le groupe LUTĒCE avec Marty. Sinon je produis et réalise des vidéos pour des artistes, le plus souvent hip hop trap, d’où le blaze PIĒGE Studios.

  • Peux-tu définir ton style ?

Deux mots quand je pense aux projets dans lesquels je m’implique ; des trucs deep, et introspectifs. Deep, dans le sens ou j’aime ce qui est profond, qui n’est pas compris tout de suite ou qui n’a pas un message «fini» ou même unique. J’aime beaucoup la symbolique aussi. Introspectif, car j’aime dans l’art l’expression de soi, que ce soit de la plainte, de la réflexion, de la remise en question, de la souffrance etc. J’aime quand l’artiste parle de ce qu’il ressent et de ce qui l’affecte, c’est ce sur quoi j’aime écrire dans mes chansons.

  • Dans quelles circonstances as-tu commencé la musique ?

Je suis très proche du monde des arts depuis longtemps. Ma mère est artiste peintre dans l’école qu’elle a créée. Mon père est guitariste/pianiste/chanteur et enseigne au conservatoire. Il a toujours écrit plein de chansons. Il m’a donné des cours de guitare puis j’ai pris des cours de batterie, puis un ami m’a fait découvrir FL. Début de l’histoire. Lol. J’ai d’abord fait des prods, (je posais quelques textes) et dès le début via internet je me suis connecté avec des petits rappeurs d’Atlanta, puis pas mal d’autres jeunes rappeurs d’ailleurs aux USA. En m’installant à Lyon (je suis d’Avignon à la base), j’ai rencontré pas mal d’artistes locaux via le studio, et c’est là que j’ai pris la prod plus au sérieux avec aussi le début de LUTĒCE, en faisant la rencontre de Marty.

 

Quelqu’un fait de l’art quand il exprime quelque chose, peu importe le support.

 

  • Depuis l’époque où tu as commencé tu as observé un changement dans le milieu ? Des évolutions de mentalités, de pratiques ?

Oui, je remarque que depuis 1 ou 2 ans la «virilité» dans le rap (les trucs genre bling bling, armes, voitures) est selon moi mise de coté au gré de la «sensibilité». Le rap technique est souvent remplacé par du chant nonchalant, par exemple. C’est plutôt cool parce que personnellement j’ai toujours aimé les tracks mélodiques.

 

https://soundcloud.com/ianvandooren/sets/lut-ce-playlist

  • Ton beatmaker préféré ?

Vraiment difficile cette question. Dans la trap j’ai bien bloqué sur Young Chop, Lex Luger et Harry Fraud, comme beaucoup. Mais plus largement Kanye West, pour sa vision esthétique du hip hop.

  • En matière de production, quelle est ton album préféré ?

My Beautiful Dark Twisted Fantasy je pense bien. Du début à la fin. Après je dirais 808s and Heartbreak, toujours de Kanye.

  • Que penses-tu de la scène artistique lyonnaise ?

Artistiquement je pense que Lyon a beaucoup de potentiel et rayonne pas mal nationalement. Si on parle de rap, j’ai l’impression que la ville reste à être mise sur la map.

  • Tu la vis comment ta relation avec les réseaux sociaux ?

Selon moi, les réseaux sociaux et Youtube aujourd’hui, c’est beaucoup de l’existence d’un artiste. Tout le monde compte ses vues et demande à ce que son projet soit partagé au max. Un rappeur peut avoir 1 million de vues et être très populaire sans n’avoir fait de vraie scène. Je pense que la «fan base» des réseaux sociaux compte pour beaucoup aujourd’hui dans l’assurance et l’évolution dont ont besoin les artistes pour évoluer et se développer. Personnellement je suis présent sur tous les réseaux sociaux pour partager des trucs.

  • Tu fais également partie d’un groupe : Lutèce, peux-tu nous dire deux mots sur ce projet ?

LUTĒCE, c’est Marty et moi. Je produis les tracks et on rap tous les deux le plus souvent. On s’est rencontrés en fac d’histoire de l’art. On est actifs depuis 2 ans et on a sorti 4 ou 5 clips sur nos chaines youtube dont un feat avec Hyacinthe du groupe DFHDGB (Hyacinthe, Krampf, LOAS). Des nouvelles collab assez cool arrivent à la rentrée, on espère prendre du level ces prochains mois. Actuellement on travaille beaucoup.

  • Être deux, plutôt que seul, c’est une force pour vous ?

Ouais on est bien actifs ensemble en ce moment, nos conceptions se condensent dans LUTĒCE, c’est comme un concept un peu. Aussi nos voix se distinguent bien, Marty a une voix plus claire et moi plus grave du coup cela donne du relief aux chansons directes en général.

  • Tu filmes, tu rappes, tu produis…avoir plusieurs « corde à son arc » c’est important pour toi ?

C’est surtout naturel, sans aucune prétention. Je suis autodidacte dans ma musique et mes vidéos. Je ne me mets pas de pression pour prendre du level dans tous les domaines, j’avance simplement, le temps et la détermination font beaucoup. Je ne pense pas que ce soit important d’avoir plusieurs cordes à son arc, certaines personnes déchirent dans un seul domaine et n’ont aucune vision dans d’autres et ça on peut difficilement l’inventer.

  • C’est quoi la suite pour toi ? pour ton groupe ?

On a le premier vrai projet LUTĒCE qui sort bientôt. On annoncera une date prochainement sur les réseaux. Donc le groupe est une grosse priorité pour moi en ce moment. Concernant mes projets solo, j’ai pas mal de titres produits et de clips à venir dans les mois qui viennent avec des nouvelles collab.

  • Un dernier mot, ta définition de l’art?

Pour moi l’art, c’est l’expression audio ou visuelle de quelque chose. Une émotion, une simple pensée, une douleur etc. Je pense que quelqu’un fait de l’art quand il exprime quelque chose, peu importe le support (cinéma, littérature, trap shit).

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Ninkimag remercie Chady, Chloé et Ian !