alec

À l’heure des débats sur l’immigration, Alec Lomami se définit comme un bâtard culturel. Enfant du Congo, il parle couramment le français, et vit désormais aux États-Unis. Entre hip-hop, pop funky groovy, et autres inspirations africaines, sa musique est à l’image de son parcours.

Ninki est parti à la rencontre de cet artiste sans frontières.

 

1. Dans quelles circonstances as-tu commencé la musique ?

Je fais de la musique depuis un certain temps mais j’en ai toujours fait secrètement. En 2010 cependant, j’ai eu des problèmes avec le système d’immigration et c’est pendant ma détention que j’ai décidé de réaliser tout ce que j’ai toujours voulu faire. C’est devenue “Kinshasa”, le tout premier single que j’ai sorti.

 

2. Quels genres de sons t’inspirent ?

C’est assez vaste mais peu importe ! À peu près tout ce que je fais est influencé par les oeuvres de Papa Wemba, Wenge Musica, Sufjan Stevens, The Postal Service, Sigar Ros, Bjork, The Neptunes et Outkast.

3. J’imagine que tu as été touché par le récent décès du chanteur Papa Wemba.

C’était dévastant, je ne m’en suis toujours pas réellement remis. Papa Wemba a contribué à faire ce que je suis aujourd’hui, par tellement de façon pas seulement musicalement. J’ai beaucoup pris de mon côté pro-congolais et plus spécialement le peuple Tetela. J’ai eu la chance de le rencontrer l’année dernière quand j’étais à Kinshasa, et il a été assez gentil pour me recevoir – un étranger – dans sa maison et écouter ma musique. Nous n’avons pas pu travailler comme nous l’avions prévue mais je suis heureux d’avoir pu lui dire en personne combien il comptait pour moi.

4. Peux-tu définir ton style en tant qu’artiste ?

Je n’ai pas vraiment une définition ésotérique de ce que je fais. On peut dire, que je suis un rappeur congolais qui puisse son inspiration des différents genres que j’apprécie.

5. Tu rappes en français, anglais, et avec des mots en lingala. Est-ce que cela traduit le fait de ne pas vouloir choisir entre tes 3 cultures ?

Je devrais ajouter le Kitetela à la liste haha, mais oui, je dois dire que j’utilise peu l’anglais parce que je me sens drôle avec mon rap/chant à l’accent franglais. Pour être honnête ce n’est pas vraiment calculer. C’est juste que j’utilise toutes ces langues au quotidien, donc en quelque sorte ça sort naturellement.

6. Quelle est ton opinion sur le retour en force de la musique africaine ? même Drake a une instru afrobeat sur le titre “One Dance”. 

Je suis indifférent. C’est simplement une perspective. De mon point de vue, la musique africaine a toujours été présente. C’est certainement une bonne chose que notre musique soit apprécié au-delàs de nos frontières mais ce n’est pas vraiment ce qui m’a excité.

7. Revenons sur ta dernière vidéo “Fresh: dans la peau d’un sapeur”. Est-ce que tu es toi-même sapeur ?

Oh non, définitivement non. En tant que Congolais cela à forcement eut une influence sur moi d’une certaine façon, mais je suis trop économe pour être un sapeur. Je ne dépenserais pas ce qu’ils dépensent pour des vêtements.

 

8. Un mot sur ton label IMMACULATE TASTE ?

Immaculate Taste c’est le label et la compagnie de management que j’ai fondé avec mon frère Mike et mon cousin Shak Oteka et Well$. Personne ne voulait nous donner de contrat donc on a décidé de faire les choses nous-mêmes à notre manière. Entre The Black Heart Club, Lucho, Well$, Angelo Mota et Sipho The Gift, nous avons des tableaux si diversifié et talentueux que nous sommes prêts à faire beaucoup de bruit dans un avenir proche.

Par les mots du prophète Trinidad James “Dont Believe me just watch !”

9. Est-ce que tu suis l’actualité de la musique française ?

Ne pas vivre dans un pays francophone rend les choses assez difficiles mais j’essaye de rester informé. J’écoute le plus souvent de vieux trucs genre Arsenik, Oxmo Puccino, Shurik’n, mais j’aime aussi les nouveaux gars comme S. Pri Noir, 1995, Caballero et JeanJass, Cléa Vincent, et Christine and the Queens même si je reste un peu déçu parce qu’elle n’a pas voulu du remix de Lucho. Je pense que son remix était bien meilleur que celui qu’elle a sorti.

 

11. Enfant de l’immigration, quel est ton regard sur la diaspora africaine à travers le monde. Est-on vraiment obligé de quitter ce continent pour réussir ?

C’est une question assez complexe et je ne prétends pas avoir la réponse. Une chose est sur, nous voyons de plus en plus de jeunes Africains retourner au pays. Et aussi de plus en plus de pays africains se débarrasser de l’obligation du visa pour voyager à l’intérieur du continent. Je pense que cette tendance va se freiner. Mais ne me citer pas sur ce point de vue, je ne suis pas sociologue je suis juste un rappeur donc qu’est-ce que j’en sais ?

alecc

 

12. Qu’est-ce que tu écoutes sur ton iPod en ce moment ?

Je revisite “The Money Store de Death Grips, le nouveau Radiohead, je peux pas me passer de Silhouette of The Sunkken par Spark Master Tape, Coloring Book de Chance The Rapper, Imperial de Denzel Curry une des meilleurs tracks de cette année, Konnichiwa de Skepta, et Vince Staples.

13. Quels sont tes futurs projets ?

J’en ai quelques-uns. Je finis mon premier album intitulé Melancolie Joyeuse, je travaille sur le projet de THE BL∆CK HE∆RTS CLUB (c’est un projet avec mon cousin Well$ et mon pote Lucho), puis je vais m’occuper de la production exécutive du 4ème projet de Well$. Je serais également en coproduction avec mon frère Mike sur le projet d’Angelo Mota, et enfin nous allons mettre sur pied une petite compilation pour Immaculate Taste. Ça devrait être une année assez chargée.

Plus de Alec Lomami ?

Vous pouvez me suivre sur Twitter, Soundcloud, et Facebook.