Tout le monde connaît la définition d’un manager mais savez-vous vraiment en quoi consiste son rôle dans l’industrie musicale ? Sans lui ou elle la probabilité qu’un artiste puisse être révélé au grand public reste infime. Ces personnes de l’ombre manient avec dextérité les nombreux rouages d’une industrie musicale en perpétuelle mutation.

Aujourd’hui on part à la rencontre de l’un d’entre eux. Stan jeune bruxellois manager à temps plein, autodidacte, est un être pétri d’abnégation et habité d’une passion non négligeable pour la gestion de carrières d’artistes. Il s’occupe activement des rappeurs ISHA, GREEN MONTANA ou plus récemment GUTIROCKSTAR tous issu de la scène bruxelloise.

Après des années de travail acharné et une détermination sans failles il continue d’évoluer en tant que manager hyperactif dans l’industrie de la musique. C’est pour notre plus grand plaisir qu’il a accepté de répondre à mes questions via les réseaux sociaux pandémie oblige.

ENTRETIEN

1 /Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Stan j’ai 33 ans je viens de Bruxelles et j’ai fait toute ma vie ici. Je suis partie pendant trois ans entre 2012 et 2015 au Canada. Je suis manager d’artistes, producteur et éditeur. Mes artistes sont ISHA, GREEN MONTANA et GUTIROCKSTAR. Je rappais bien avant mon départ au Canada. Quand tu dis que tu es rappeur ça facilite les choses pour rentrer dans le milieu Montréalais. C’était une belle carte VIP et le fait que je rappe et que je vienne de Belgique c’était vraiment un plus. Concernant la première expérience de manager que j’ai eu, c’est sur la production du projet d’ISHA « LVA 1 ».

2/Pourquoi fais-tu ce métier et quels ont été tes débuts de manager ?

Comme je disais mes débuts de manager remonte à l’année 2015 quand ISHA m’a demandé de l’aide pour la création de son projet. A ce moment-là il était avec un producteur qui s’occupait d’autres artistes en même temps et c’était assez compliqué. ISHA avait besoin d’une personne totalement concentrée sur son projet pour le mener à bien. Son ancien producteur avait besoin d’un chef de projet et d’un manager donc je me suis positionné direct pour faire les deux et c’est comme ça qu’on a sorti “La Vie Augmente” Volume 1, 2 et 3. Concrètement mes débuts, je les dois à ISHA qui a toujours vu en moi cette facilité à tenir ce genre de rôle. A l’époque on était déjà ami donc on faisait les morceaux ensemble, il avait déjà repéré des qualités de manager en moi, j’ai suivi son conseil et je constate qu’il avait entièrement raison. De fil en aiguille on est devenu ensemble producteur de GUTIROCKSTAR et GREEN MONTANA tout en faisant du management, du booking etc. Quand on fait du développement on porte de nombreuses casquettes au début avant de trouver les partenaires adaptés.

3/J’ai vu que tu as été rappeur bien avant d’être manager d’artistes, pourquoi être passé de la lumière à l’ombre? Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans cette carrière ?

Parce que ça m’avait saoulé à un moment donné, en fait moi je rappais mais je voulais faire un certain style de rap et ce que je faisais à l’époque n’était pas du tout commercial. J’étais très basé sur la rime, la technique, et je n’avais pas un sens de l’image hyper fort. Je ne voulais pas rendre mon rap plus « commercial » j’ai donc tiré un trait sur le fait d’en vivre. C’est tout naturellement que j’ai sauté sur la proposition d’ISHA qui me demandait de le manager.

4/En quoi consiste ton activité de manager et comment tu perçois ce rôle dans l’industrie musicale ?

Comme je le disais dans le portrait documentaire que l’on a fait sur ma vocation de manager (lien Youtube ci-dessous) il est le bouclier de l’artiste, il tente de lui obtenir les meilleurs deals et les meilleurs partenariats. Il y a beaucoup de réflexion à avoir concernant les choix que l’artiste peut faire. Il faut qu’il soit dans une bonne configuration afin de faire les meilleurs choix et qu’il ne finisse pas à regretter et se sentir mal d’avoir fait ceci ou cela. Je ne suis lié à aucune maison de disques, par contre j’ai des liens avec BMG, Sony et Parlophone, tous représente des piliers actifs de la majeure partie de mon travail. Mon rôle c’est d’être en contact direct avec eux pour le bien de l’artiste, car ils ne comprennent pas forcément tous les codes et les échanges professionnels dans ce monde. Les contrats, le contenu des mails e.t.c, c’est à moi de leur retranscrire afin qu’ils comprennent.

5/Pour toi, quels sont les profils de personnes qui n’ont absolument pas leur place en tant que manager et pourquoi ?

Ceux qui se mettent trop en avant par rapport à leur artiste. On m’a déjà reproché cela, c’est très Français voir très Belge de le dire mais je ne pense pas qu’aux Etats-Unis, ou en Angleterre, ou dans d’autres pays, cela soit le cas. Les personnes qui ont besoin de se mettre en avant, je pense pas que ce soit un bon métier pour eux parce qu’il faut savoir se mettre dans l’ombre parfois, souvent on devient manager tout d’abord pour aider un ami. Pour moi c’est comme ça que j’ai démarré et c’est le cas pour beaucoup de managers. Il faut avoir de l’écoute, de l’empathie et quelqu’un qui n’aurait pas ces qualités-là ne ferait pas un bon manager. Il faut avoir de la vision aussi, les profils qui n’ont pas de vision ou qui sont très centrés sur eux-mêmes, n’ont pas l’étoffe pour devenir manager.

6/ Pour illustrer tes propos pourrais-tu nous raconter une anecdote ?

Je n’ai pas vraiment d’exemple. J’ai entendu des anecdotes mais ce ne sont que des bruits de couloir et je n’ai pas envie de développer là-dessus sans être sûr de ce que je raconte, et même si c’était le cas je ne suis pas du genre à mettre les défauts des gens en avant au contraire. Je peux connaitre les défauts de quelqu’un et si on me demande je ne parlerai que de ses qualités. Je n’ai pas d’exemple mais on a tous vu des managers qui ont fait des choix ou utilisé des stratégies qui ont fait couler leur artiste. Le plus important c’est de ne pas mettre tous les maux sur le manager. Il ne peut pas imposer quelque chose à l’artiste contrairement au producteur. Le manager donne son avis c’est tout. Si l’artiste se met en tête qu’il fera quelque chose il y a de grandes chances qu’il le fasse. Donc non pas d’exemple négatif que du positif !

[crédit photo : @jabjahprod]