Échappé d’un film des années 90, DJ Smokey revient hanter nos tympans avec une bande des plus “what the fuck”, tel un zombie qui ne dort jamais lui ne s’arrête pas de produire. À peine 23 jours après sa dernière mixtape, le producteur canadien vient déverser son nouveau délirium haut en couleurs, poussé par la vague nostalgique de la vaporwave, mélangé au style trill, trap et hip-hop, dopé aux références de dessins animés, type les Simpson ou Américan Dad et aux échantillons de jeux vidéo de première génération sur des voix pitchées à mort et un peu potache. Une totale dinguerie en roue libre, enfournée dans un grand four ! L’exercice pourrait être casse-gueule, sauf pour monsieur Smokey qui ne connaît que trop bien la danse et livre une tape de haute facture, entre réminiscence de la fièvre des années post 2000, remasterisé à coup de grands samples trafiqués et furieusement mariés à la boucle entêtante et à la mélodie magique. Un coup d’éclat qui tape dans plusieurs sous-genres de l’univers Phonk à la Dirty South en passant par le Rap de Menphis avec des extraits de films et différentes expérimentations, le tout géré avec une habilité pour équilibrer les associations les plus bancales, pour un résultat des plus hardis. Bricolage, rafistolage les sonorités y sont étrangement triturées pour donner une nouvelle version d’elles-mêmes, faisant même écho à certains classics avec des remixes surprises, jonglant sans cesse avec les ambiances pour s’amuser à remémorer les vieux souvenirs sur un fond de spleen lancinant. Le projet trace sa route ou plutôt avale les kilomètres en hors-piste, dans une cohérence exacte, façonné par une identité très forte, qui finit par imposer sa signature. Ravageur et tape à l’œil, l’amateur de la feuille à cinq branches enfile facilement le rôle de l’alien qui contamine le monde numérique par voie auditive, pour se multiplier la nuit jusqu’à l’infini, nous amenant en balade dans un monde futuriste où la nonchalance et la cool attitude est de rigueur. Ici pas de place pour le format classique, plutôt pour la démesure sous pixel et couleur flashy avec l’amusement en leitmotiv. Toujours un peu plus loin, toujours un peu plus haut, le roi contemple sa nouvelle victoire, celle d’être un acteur principal d’une scène en pleine émergence à la conquête du globe.