Bizarre ! — Vénissieux c’est la salle spécialisée dans le Hip Hop sous ses différentes formes. La programmation a un rôle-clé dans une salle de spectacle c’est indéniable ! On est donc allés à la rencontre de Grégoire POTIN le nouveau coordinateur et programmateur pour en savoir plus. Il nous parle de ses débuts dans le domaine du spectacle, de la salle, de ses attentes et bien plus encore…

Propos recueillis en juin 2020

Pourrais-tu te présenter pour nos lecteurs ? Doù tu viens ?  Tu faisais quoi avant dintégrer Bizarre

Je suis né dans la région Rhône-Alpes, j’ai fait une partie de mes études en art et médiation culturelle à Paris puis je me suite rapidement orienté dans le domaine du spectacle vivant. L’enchainement de stages dans des salles de concerts et notamment au Marché Gare à Lyon m’a ouvert les yeux sur mes envies de travailler dans le secteur musical. Par la suite j’ai fait du booking puis du management dans la foulée. J’ai pu travailler auprès du label Roche Musique en management en m’occupant de la carrière du fondateur Cezaire, Kartell et FKJ, artistes qui ont désormais une aura internationale.  Avec mon associé nous travaillions aussi un volet rap avec Sofiane Pamart, Scylla ou encore Scratch Bandits Crew.

Début 2017 j’ai eu une opportunité en Suisse où je suis parti m’occuper d’un club/concerts de 400 places qui s’appelle L’AMALGAME. En parallèle, je m’occupais de la co-programmation du festival Les Georges à Fribourg ou nous avons accueilli Jazzy Bazz, Dinos, Gaël Faye, Alpha Wann, Gramatik, Wax Tailor, Jungle… Puis quelques missions de programmation m’ont ouvert l’esprit à d’autres esthétiques comme la musique expérimentale avec le OTO NOVE SWISS Festival à Londres.

Début 2020, j’ai eu envie de revenir du côté de Lyon et j’ai finalement intégré Bizarre !

La dimension d’accompagnement d’artistes, le gros travail de territoire et l’axe de programmation autour des cultures urbaines m’ont vraiment parlé et m’ont poussé à venir à La Machinerie/Bizarre ! depuis plusieurs années on ne peut pas esquiver : le rap est partout et l’énergie est trop forte pour ne pas s’y intéresser.

Tu te considères comme étant ouvert d’esprit niveau musique ?

J’essaie. Notamment via des écoutes variées et mes collaborations passées avec des artistes rocks, électro, jazz, expérimentale et Hip Hop. Depuis quelques années le rap occupe une place considérable dans l’industrie musicale. Je l’ai défendu dans la programmation du festival Les Georges ou une soirée a entièrement été dédiée à cette esthétique. Nous l’avons également développé dans la salle ou je travaillais parce qu’il en était absent, qu’il fallait en proposer au public et que la qualité artistique était vraiment présente. Par exemple nous avons accueilli la scène Bruxelloise (Lomepal, Roméo Elvis, L’Or du Commun, Swing….) quand elle a émergé, on a eu aussi Sopico, Nelick, Ichon, Moka Boka, les Marocains de Shayfeen et Madd, Nadia Rose, Makala, Slimka et Di-Mey etc… On a vraiment ouvert la porte au Hip Hop dans ce lieu.

Comment tu perçois le projet de Bizarre !?

Bizarre !  c’est le lieu prescripteur des cultures Hip-Hop. On a un très fort travail du côté de la médiation culturelle, de l’accompagnement des artistes via des dispositifs, des résidences et de nos studios. La programmation se veut être une vitrine de nos activités et fait la part belle aux projets rap novateurs. Bizarre ! c’est aussi un outil régi par une entité qui porte le nom de La Machinerie.  Cette Machinerie réunit la salle et le Théâtre de Vénissieux. C’est vraiment intéressant de réunir les forces autour d’un projet commun, on travaille en équipe entre les deux lieux et c’est assez stimulant !

Quels sont les enjeux pour toi au sein de la structure Bizarre ?

La plus grande partie des activités de Bizarre ! est assez peu visible, on fait de laccompagnement pour les artistes professionnels et amateurs et nous sommes aussi très implantés sur le territoire Vénissian. Former des groupes, les accompagner en studio, résidence, en M.A.O (musique assistée par ordinateur) sont vraiment des actions qui nous intéressent. Maintenant la suite pour Bizarre est de continuer de s’implanter localement et d’être un lieu d’accueil pour les Vénissians. Parallèlement, en travaillant sur une direction artistique marquée, nous conserverons un attrait pour le public de la métropole. Vous l’aurez compris, on veut parler aux Vénissians, cest lun de nos objectifs. On va se concentrer sur la communication, la programmation, nos actions culturelles et d’accompagnements pour y arriver.

Vous allez donc chercher à avoir une voix plus importante afin de faire connaitre la salle aux Vénissians ?

Oui cest clair ! La programmation est comme une sorte de cocktail, il faut penser aux habitants, savoir de quoi on parle et connaître les artistes que tu veux faire venir. Il faut que tout ce soit regroupé dans des lignes budgétaires et de productions que je me dois de tenir.
Il faut aussi l’évoquer, je ne suis pas sur le même format de salle que Le Transbordeur ou le Ninkasi  qui eux ont des jauges deux ou trois fois plus importantes que la nôtre.Nous voulons donc être prescripteur en Hip Hop, savoir être un lieu de repérage pour la scène locale et proposer des dispositifs d’accompagnements aux groupes. Mettre à disposition une palette d’outils à destination des projets musiques et danses avant de les présenter à un public est dans notre ADN.

Jimagine donc que vous vous préparez pour la rentrée 2020 ?

Actuellement, il est très compliqué avec les décrets et les conditions sanitaires de savoir de quoi sera fait l’automne pour les salles de concerts.

Pour l’instant on est dans le flou. Par ailleurs, si les décrets le permettent, on souhaite que le public puisse être accueilli dans les meilleures conditions possibles.

On a donc décidé de maintenir la programmation sur l’automne  et on va l’annoncer tardivement afin d’être réactif et suivre l’évolution concernant les mesures sanitaires. Je trouve la programmation à venir très intéressante. Elle mêle plusieurs approches du rap…elle est assez plurielle et j’aime cette diversité.

Vous faites de laccompagnement artistique, ça consiste en quoi exactement et comment vous choisissez vos groupes ? Quelles sont les esthétiques que vous sélectionnez ?

Nous avons trois niveaux d’accompagnement à Bizarre :

Nous travaillons sur la mise en place d’un dispositif pour les pratiques amateurs au trimestre. Ce dispositif facilitera l’accès à nos studios, à des discussions de travail sur des thématiques précises, proposera des ateliers, workshops….
Sinon nous venons de finir lappel à candidatures pour PLAN B ! nous avons reçu beaucoup de dossiers. Le choix est fait et nous accueillerons donc pendant un an les projets de Cyrious, Ari Green, L’Offic ier Zen, Eirveibei, Edggar, Paps et la Cie Relevant en danse. C’est une très belle promotion. La sélection a été faite sur plusieurs critères tels que la qualité artistique, l’ambition et l’envie, la professionnalisation des projets… Les projets auront à disposition nos studios, des résidences, des workshops, une communication dédiée, de la mise en réseau. Un panel complet d’outils pour les aider dans leur développement.

Puis on a également le dispositif BUZZ BOOSTER. Bizarre est la structure référente pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Nous travaillons main dans la main avec des salles de concerts prescriptrices en Hip Hop sur tout lhexagone. On essaie de faire émerger des artistes sur la scène nationale via ce tremplin qui fait émerger les meilleurs groupes rap régions par région pour finalement les faire accéder à une finale nationale et leur donner une visibilité importante.

Bizarre ! propose donc un vrai parcours. On peut rentrer chez nous en tant qu’amateur et évoluer jusqu’à la professionnalisation si le projet artistique tient la route.

Vous avez des résidences de danse, des ateliers rap, des concerts, jai limpression que cest une gestion artistique à 360°.

Oui cest exactement ça on essaie davoir un accompagnement à 360°. On donne des outils aux groupes, artistes et compagnies. Il faut pousser la porte de Bizarre pour se rendre compte que nous pouvons accompagner les groupes dans leur développement, que ce soit des amateurs ou des professionnels confirmés

La programmation cest quand même un sacré poste au sein dune structure, tu marches au coup de cœur ?

Un peu des deux, il y a des coups de cœur mais aussi des suivis de projets musicaux sur la durée. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte pour programmer un groupe. Il faut savoir équilibrer une programmation sur un trimestre en proposant des esthétiques différentes, avoir un œil attentif sur les projets, connaître son territoire, gérer son budget…Tout un programme.

Vu la structure que tu représentes tu dois surement être un auditeur de rap averti ?

Je  n’écoute évidemment pas que du rap. J’ai des sites et des personnes-ressources qui m’aident à me tenir au courant des actualités musicales. Néanmoins, Spotify et Youtube sont mes amis pour découvrir des projets. Je me renseigne également auprès des autres salles, des agents et de mes collègues. Se faire passer le mot sur un artiste est parfois le meilleur moyen de découvrir du neuf.
J’essaie également d’avoir une veille à l’international en grattant des informations sur des groupes Suisses, Québécois, Belges ou Anglo-saxons. Pendant mes années en Suisse, je discutais beaucoup avec des amis programmateurs d’un collectif de rappeuses Islandaises. On adorait chercher des pépites. Enfin, je connecte souvent avec des managers/bookers dartistes, des webzines aussi (BOOSKA P, Tsugi, ABCDR du son..).

Vous comptez continuer vos rendez-vous professionnels avec des intervenants ?

Oui bien sûr on va continuer, on a des ateliers daccompagnement pour les pratiques scéniques, les pratiques techniques. On va également travailler sur des ateliers autour de l’entourage professionnel de l’artiste (éditions, label, distribution…) et de l’image/communication autour d’un projet.

Tu penses quoi de la scène rap actuel ?

Hyper productive et assez ingénieuse, dans le sens où elle arrive à se renouveler assez rapidement. Je trouve les équipes très inventives aussi en terme de clip et de communication. Les rappeurs réagissent instantanément. Ils sont hypers vifs quand il y a une idée à sortir.
J’aime également les crews et collectifs qui se montent et créent des synergies fortes. L’appétence pour les collaborations entre ces artistes est stimulante.  Par exemple LyonZon et le Le 667,  Makala, Slimka, Dimeh et les Belges Caballero et JeanJass. C’est très dense.
Il y a une impression de neuf dans le rap sur la métropole et ça va payer avec l’émergence de nouveaux artistes. Il faut continuer à travailler en prenant la force à gauche et en la restituant à droite. Bizarre est justement là pour tendre la main à ces nouveaux projets et être un réel booste dans leurs carrières.

Quels sont les projets à venir pour Bizarre ?

Déjà on croise les doigts pour l’automne et on s’y prépare au mieux. Sinon, on va flécher nos actions pour que les artistes comme le public comprennent parfaitement ce que l’on propose. On travaille également à l’osmose entre le public et le lieu afin de créer un cadre de vie agréable. Plusieurs thématiques de soirées vont également être proposées et on ne manquera pas de vous en parler.

Quest-ce que lon pourrait te souhaiter pour la suite ?

Une vitalité artistique et culturelle intense. De revoir le public franchir les portes du lieu. Toujours plus de plaisir à accueillir des groupes et de les aider dans leurs carrières.

Propos recueillis par Djeinaba