Dans le rayonnement du rap français, un rappeur mélancolique est aperçu à l’horizon, Georgio. Entre joie et peine, il est aujourd’hui l’un des meilleurs de sa génération. Malgré son jeune âge (25 ans), il semble avoir vécu plusieurs vies. Tel un phénix il a réussi à renaitre de ses cendres pour le plus grand bonheur de ses nombreux fans. Féru de littérature, maître des mots et de son univers, ce jeune artiste n’a pas fini de nous surprendre. Le rappeur parisien nous a accordé un long entretien où il décrit son parcours, ses goûts artistiques, et sa vision de la vie avec une grande transparence.

Tu as beaucoup été influencé par le rap américain avant d’être totalement happé par le rap français, pourquoi ce revirement ?

Je ne connaissais pas du tout le rap avant. Mes parents sont plus axés sur la culture punk, on m’avait offert les albums de Disiz mais c’est vraiment 50 Cent et Eminem qui m’ont fait kiffer à fond le rap américain. J’écoutais vraiment à fond ces deux artistes et une fois que je suis rentré complètement dans cet univers c’est à ce moment que j’ai vraiment cherché à découvrir ce qui se passait en France. J’ai commencé à en écouter au collège en commençant par le rap français, l’album qui m’a marqué c’est Ouest Side de Booba, qui est son meilleur opus avec Temps Mort. J’ai tellement aimé que je suis remonté dans sa discographie avec Lunatic, Fabe, Scred Connexion, Flynt, Hugo TSR… En fait, tout ce qui se passait dans le XVIIIe arrondissement de Paris, beaucoup de Mafia K’1 Fry aussi. 

Tu as parfait ta culture rap français si je comprends bien ?

Ouais ! Tu peux pas me tester niveau connaissance du rap français !

Ninki : J’ai entendu dire qu’Alpha Wann et Dinos étaient très bons eux aussi niveau connaissance du rap français.

Georgio : Franchement je pense que je me mets à leur niveau ! Ils me font pas peur (rires) 

Ninki : On devrait alors organiser un quiz « rap français » avec Alpha Wann, Dinos et toi 

Georgio : Je suis chaud  !

Ton univers est assez mélancolique voire sombre, alors que tout a l’air d’aller pour toi ; tes albums marchent, tu as un entourage aimant, des fans qui te suivent depuis longtemps, c’est dû à quoi ?

Déjà la première raison c’est que j’aime bien l’univers de la mélancolie, cette espèce de tristesse qui flotte un peu dans les mélodies, dans les textes, j’ai toujours écouté de la musique mélancolique et après je sais pas… je suis assez sensible au monde, aux événements, la façon dont je perçois les gens. C’est vrai que lorsque j’écris c’est une facette de moi qui ressort plus qu’une autre. C’est vraiment comme ça que je l’explique. J’ai eu des périodes très sombres dans ma vie, mais ça va bien depuis quelques années, je me sens beaucoup mieux. 

Si tu pouvais décrire en trois mots la pochette de ton album XX5 ?

Mort, avenir et jeunesse. Je crois que ce sont les trois mots qui catégorisent le mieux la pochette. C’était pour moi une manière de jouer de sa propre mort, c’est pour cela qu’il y a le côté un peu souriant. J’ai également ajouté une épitaphe en latin « ma jeunesse est morte mais la suite sera plus belle » : cela décrit le mot avenir, puis il y a la mort parce qu’elle est vraiment présente sur la pochette , jeunesse car c’est avant tout la mort de la jeunesse, et après la jeunesse il y a l’avenir…

Tu deviens adulte en fait, c’est une sorte de renaissance ?

Exactement ! C’est vraiment ça !

Les featurings au fil de ton album sont plutôt variés, il y a Vald, Isha, qui ont des univers assez opposés, il y a aussi Victor SOLF du groupe HER, comment choisis-tu tes collaborations exactement ?

C’est simple. Vald on se connaît depuis qu’on est assez jeunes, on a fait plein de projets ensemble, des vieux morceaux qui trainent sur internet qui ne sont jamais sortis en physique, et cela date d’il y a au moins 5 ans. On s’est dit qu’il fallait absolument en faire un, on l’a fait tout simplement. On a kické tout les deux c’était vraiment cool ! Isha c’est vraiment l’artiste que j’ai le plus écouté ces deux dernières années dans le rap, j’adore son univers, j’adore son écriture, il aimait aussi ce que je faisais donc on s’est rencontrés et le feeling est direct passé. Dès que j’ai commencé la préparation de mon album, je savais que je voulais un morceau avec Isha. Victor c’est une rencontre via un pote en commun, on s’est super bien entendus du coup on a bossé ensemble.

Donc tu es plus dans l’humain concernant tes collaborations ?

Oui c’est pour ça que je fais très peu de feat, il n’y en avait pas du tout dans mon album précédent et deux sur Bleu Noir : mon meilleur ami et backeur Sanka et également Elisa Jo sur un refrain car je voulais une voix féminine. J’avais écrit le texte, elle a apporté sa voix et son talent. C’est au-delà d’une simple choriste pour moi, mais c’est vrai que je fais très peu de featuring. Comme ma musique est assez personnelle, elle ne laisse pas de place aux autres tout simplement.

Vu que tu es assez proche d’Isha, j’aimerais savoir ce que tu penses du rap belge et de ce qu’il apporte au rap français ?

Il y a une effervescence de fou, j’aime bien parce que ça ramène une espèce de vent d’air frais, un nouveau souffle. Il y a L’Or du Commun, Isha, Caballero, Jean Jass, Roméo Elvis. Il y a un Belge aussi que j’aime beaucoup qui s’appelle KoBo, notamment son titre Baltimore que je trouve super. Chacun a son style, et je trouve qu’ils ont une sorte de bienveillance vis-à-vis du public, c’est vraiment cool.

Tu as toujours évolué en tant qu’artiste solo, tu es issu d’aucune formation, est-ce que cela a été plus simple pour t’imposer ou au contraire plus compliqué ?

J’avais un groupe quand j’étais jeune et j’étais le plus déterminé. J’aimais vraiment ça plus que tous les autres, c’est moi qui décidais de tout. Par la suite on a pris des chemins différents, j’ai continué en solo. Dès le début j’ai fait exactement la musique que je voulais en écrivant exactement ce que je voulais. Si j’ai réussi c’est aussi grâce à mon entourage, c’est clair qu’on n’y arrive pas seul, il y a beaucoup de personnes dans l’ombre à qui je dois beaucoup. En gros, j’ai écrit mes textes et composé ma musique seule, si j’en suis là c’est parce que j’avais cette détermination. Je ne pense pas que c’était un inconvénient d’être solitaire, cela m’a permis d’avancer à mon rythme. Personne ne me mettait la pression. Dans un groupe, il y en a toujours un qui va plus vite que l’autre et vice-versa. Je n’ai pas été confronté à ça, quand tu es seul, tu es décisionnaire. J’ai mon backeur Sanka qui est là depuis mon tout premier concert et Rooster mon DJ. 

Ninki : On change pas une équipe qui gagne !

Georgio : Exactement puis c’est important d’avoir une forme de stabilité, cela te permet de garder les pieds sur terre. Je pense que si je fais de la musique, c’est pour vivre des choses humaines assez fortes et être avec des personnes qui t’ont toujours soutenu rend les choses plus simples. Si tu es positif, bien entouré, que tu vas de l’avant et que tu crois en ce que tu fais, franchement cela ne peut que marcher.

Tu es très branché littérature française et poésie, est-ce que tu penses que si tu ne l’avais pas été ton écriture aurait été la même ?

Non, c’est clair que cela m’influence d’une manière inconsciente. Cela a développé mon vocabulaire, ça me fait écho en ma propre personne. Par exemple, quand je lis certaines situations, des histoires, forcément je pense à des images, ça me ramène à des choses que j’ai moi-même vécues, des envies, des rêves, des fantasmes. Cela m’enrichit et ça se ressent dans mon écriture. 

Ninki : C’est clair ! au niveau de la formation des phrases, on sent qu’il y a un côté littéraire derrière.

Georgio : Merci beaucoup !

Si tu devais résumer ta vie à un livre et un poème ? 

Un livre qu’on m’a offert parce que la personne en question a dit que ça lui faisait penser à moi, c’est L’attrape Cœur de J.D Salinger, qui m’a d’ailleurs bien marqué.

En poème « Les Espaces Du Sommeil » de Robert Desnos, il est assez puissant ce poème, il y a vraiment tout un univers, ça décrit pleins de choses et je trouve cela vachement beau.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment  ?

J’écoute Cage the Elephant, un groupe de rock, le nouvel album de Loyle Corner, un rappeur anglais, et là hier je réecoutais Karlito « Contenu sous pression », 113 « Prince de la Ville » un véritable classique ! Et PNL, « Au DD » j’aime beaucoup la guitare dans ce morceau elle me rend ouf mais je t’avouerai que je n’ai pas écouté le reste de l’album pour l’instant.

Et en rap américain ?

J’écoute beaucoup la dernière mixtape de Gunna dont le son avec Lil Baby « Derek Fisher », en rap cainri je ne suis vraiment pas très fort niveau connaissance, je crois même que je préfère la scène anglaise.

Ninki : Kate Tempest ?

Georgio : Ah si ! D’ailleurs je l’ai programmé à la plage en collaboration avec les Eurockéennes de Belfort cet été et je suis vraiment content !

Pour finir, quelle est la question que tu souhaiterais que les journalistes te posent ?

Je sais les questions auxquelles je ne souhaite plus répondre mais pas le contraire (rires suivis d’une longue réflexion). Je sais que j’en ai marre que l’on me demande « comment tu te définis ? », je ne me vois pas répondre « je fais de la bonne musique avec des bonnes prods etc.. » c’est relou. 

Désolé je n’ai pas réussi à répondre à ta question mais je continuerai à y réfléchir !