À l’occasion de la sortie de son double-clip, “Sur la route de l’Ammour / Retour aux pyramides”, Hyacinthe a accepté de répondre à nos questions. Nous conseillons à tous les retardataires de goûter à cette came auditive. Avec sa gueule à la Pete Doherty et ses vestes tout droit sorties de kermesses africaines, Hyacinthe nous intrigue par son univers décalé et ses musiques « belles et vulgaires ». A 22 ans et déjà 3 projets à son actif, le jeune parisien membre du collectif DFHDGB – « Des faux hispters et des grosses bites » -, se démarque par ses punchlines osées et ses lyrics volontairement outranciers autour de thèmes dessinant une certaine proximité avec le vécu de sa génération : drogues, avortement, amours déchus. Portrait non exhaustif de ce personnage volontairement désinvolte.

Hyacinthe, tu as choisi ce nom par rapport au “beau jeune homme” de la mythologie grecque ?

Non, à la base j’suis tombé sur ce nom complètement par hasard dans les Fleurs du mal de Baudelaire. J’ai trouvé le mot stylé. Et c’est après que je me suis intéressé à ce que ça pouvait signifier, notamment dans la mythologie grecque, dans laquelle il était l’amant d’Apollon. Comme je suis un mec yolo, j’ai gardé le blaze. (rires)

Tu peux nous parler de ton parcours ?

Euh….franchement j’ai 22 ans donc pas un très long parcours. J’ai fait semblant de faire des études à la fac… comme pas mal de monde.

Des ‘Faux Hipsters et des Grosses Bites’, ça vient d’où ?

Ça remonte à loin… Quand j’ai sorti mon premier freestyle, une pote et moi on s’est dit que ce serait marrant de mettre un nom de label bidon, on avait choisi Des Faux Hipsters et Des Bites Prod´. On avait choisi ce nom-là car mes premiers freestyles étaient filmés avec Photobooth, donc un truc vraiment à l’arrache… Ca n’avait rien de sérieux… Puis c’est arrivé jusqu’aux oreilles de Krampf qui appréciait ce que je faisais mais il disait que c’était très mal mixé. Donc il a proposé de m’envoyer des instrus et c’est à partir de ce moment qu’on a commencé à travailler ensemble sur un premier projet “Des Hauts, Des Bas et Des Strings”, qui lui-même est arrivé aux oreilles de L.O.A.S, et c’est comme ça qu’est né DFHDGB.

‘Ne pleurez pas Mademoiselle’ c’est votre 1er projet sous DFHDGB ?

Non. J’avais déjà fait des projets en solos qui sont sortis avant, dont Sur la route de l’Ammour pour ma part, L.OA.S lui avait déjà sorti des clips… Mais disons que celui-là c’est le premier qui a concrétisé DFHDGB. On a pressé des CD et on a été étonnés de voir à quel point nos auditeurs étaient prêts à nous soutenir.

Sur cet EP, il y a deux morceaux – “Strip Club” et “Pain au Chocolat & Pussy”- avec Lofty305, membre du collectif de Miami, MetroZu. Comment s’est faite votre collaboration avec lui ?

En after. On a rencontré Lofty en after sur Paris puis on s’est mis à faire du son avec lui. C’était rigolo… même si je ne me rappelle pas de tout.

Ahah et après vous avez fini en club de strip ?

Ça aurait pu mais non, c’est encore une autre histoire ça…

Vous vous inspirez de l’influence du Raider Klan ou du Chiraq ?

Le Raider Klan j’aime bien mais je mentirais en disant que je connais bien. Genre SpaceGhostPurpp j’ai bien kiffé son album. Pareil, la scène de Chicago je ne connais pas plus que ça, je suis plus ce qu’il se passe à Atlanta. Ce qui n’est pas plus mal, ça m’évite de pomper les mêmes flows que tout le monde.

Tu apparais aussi sur la mixtape de Sémaphore, Hotel Iiblis II. Comment s’est faite votre rencontre ?

On a pas mal d’amis en commun avec les membres de Sémaphore, c’est un peu le même cercle. Young Heinsenberg et Holos Graphein apparaissent sur mon prochain projet Sur La Route De L’Ammour 2, j’aime bien ce qu’ils font.

Ton double clip traduit un vrai travail de réalisation, il a été réalisé par Kevin Elamrani ?

Exact. Il a réalisé mon clip “Cheveux Rouges/Minuit” aussi. C’est un mec vraiment très talentueux, et un des tous premiers à nous avoir filé un coup de main à un moment où on ne connaissait personne. On va certainement continuer à travailler avec lui.

En parlant de ton double-clip, pourquoi 2 “m” à Ammour ? Le seul « Ammour » que j’ai trouvé est un footballeur algérien (Amar Ammour)

Tu te rapproches de la réponse mais je ne peux pas en dire plus. Le véritable am(m)our s’écrit avec deux M, c’est tout ce que je peux te dire.
Il y aura des indices dans les prochains projets…

Tes lyrics sont volontairement crus et vulgaires, mais à la fois subtils. C’est censé traduire une volonté de choquer, de la misogynie… ?

C’est sûr que c’est pas de la misogynie ! Comme L.O.A.S  l’a dit dans une interview, si on dit « pute » dans un texte, il ne faut pas que les filles se sentent concernées.
Regarde, quand tu t’embrouilles avec ton mec, il y a des chances que tu penses « putain, quel connard ! ». C’est juste des mots forts, on essaye simplement d’être honnête.
Après, il y a des moments où je veux pas tomber dans l’écueil du vulgaire, c’est facile et pas forcément intéressant non plus. J’essaye de varier.

L.O.A.S et toi vous êtes les seuls rappeurs –avec Grems- à parler ouvertement de drogues dures, est-ce que tu penses que c’est encore mal vu dans le milieu dans le rap français ou que vous êtes les seuls à assumer ?

Je pense que c’est entre les deux… Quand ça parle de drogues en France, ça va plutôt être de beuh, des trucs comme ça. Mais oui, les drogues dures ça reste un sujet tabou dans le rap français.

Il vous arrive de prendre des drogues quand vous enregistrez ou créez ?

C’est arrivé d’être en état second, bourré plutôt… Mais c’est rare. Quand je crée j’ai besoin d’être sobre. Pour arriver à retranscrire des états seconds, j’ai paradoxalement besoin de ne pas être dans cet état-là justement. Pareil, quand j’écris une chanson sur la rupture amoureuse, je sais que je peux pas en parler quand je suis en plein dedans, j’ai besoin de recul.

Dans le titre “Retour aux Pyramides”, tu dis « yolo et herpès : ma génération », est-ce que tu es déçu de ta génération, tu la vois dans une impasse ?

Ce n’est pas de la déception. C’est juste que c’est la génération dans laquelle je suis que ça s’y assimile, mais ce que je dis dans mes textes peut très bien s’appliquer à celles d’avant comme aux futures. Mais quand tu compares notre génération aux précédentes, il y a peut-être moins de promesses de meilleurs lendemains, d’espoir en l’avenir, je pense que c’est pour ça que j’insiste sur le côté désabusé de la jeunesse.

Futurs projets ?

Pour le DFHDGB il y aura le projet de L.O.A.S qui va sortir en premier : HaiNeDMA. Moi je bosse sur Sur La Route de l’Ammour 2 mais je ne veux pas donner de date pour le moment… même quand on annonce des saisons pour nos sorties on ne tient jamais nos dates donc maintenant je préfère rien dire. Et on a commencé à faire des chansons ensemble avec L.O.A.S, pour un nouveau projet.

Et ce projet va s’appeler ?

Pffff… Même nous on y pas réfléchi.

L’avenir du rap français ?

C’est nous, tranquille.

Merci pour le temps accordé, un dernier mot pour la fin ?

Yolo… et herpès !