Un peu plus d’un an après le premier volume, Ikaz Boi a sorti Brutal 2. Avec ses dix titres en trente-trois minutes, le beatmaker de La Roche-sur-Yon propose un projet plus condensé avec des invités exclusivement francophones, allant de Paris et Bruxelles. 

Très logiquement, le projet démarre avec un membre du 13 Block, le groupe avec qui Ikaz Boi collabore régulièrement depuis leur album commun qui a fait passer la trap française à un autre niveau, Triple S. Stavo et son frère, Olazermi, développent le morceau autour du Code 46, faisant référence au légendaire pilote de moto de l’écurie Yamaha, Valentino Rossi. S’ils passent d’un nombre à un autre, entre 18 et 100, et sans forcément de suite logique, l’exercice de style demeure intéressant et offre une pluie d’images en vrac. Il ne reste plus qu’à les décrypter. 

Ensuite, 404 Billy prend le relais pour nous plonger dans le sombre Tunnel qu’il arpente continuellement. A part le premier morceau, tous les titres ne comportent qu’un invité. Un choix qui permet de mieux les mettre en avant, en développant leurs univers et jouant sur les qualités de chacun. Comme sur Place Vendôme, où Sidikey (13 Block) envoie toute sa puissance nonchalante dès son entrée sur la piste. Ses rimes résonnent grâce à sa voix grave, rendant le morceau à la fois énergique et lancinant.

Comme à son habitude, Ikaz Boi parvient à tisser un fil rouge tout au long de son projet afin de plonger l’auditeur dans une même atmosphère. La couleur est toujours sombre, sans forcément être dans une brutalité aveugle. La subtilité est de mise avec des éléments mélodieux qui parcourent ses beats. Pourtant, contrairement à son précédent opus, Ikaz Boi n’est pas le seul aux manettes du projet. Sur la moitié des morceaux, il est accompagné par d’autres producteurs comme Binks Beatz – qui se sont révélés avec le 13 Block – Ponko, Prinzly, Dance, Amine Edge ainsi que Loubenski pour clôturer le projet avec une piste exclusivement instrumentale, Harp Theme

Si les têtes d’affiche du projet remplissent bien leur rôle avec des morceaux taillés sur-mesure, notamment Soliterrien où Damso excelle une fois de plus, l’album jouit d’une grande homogénéité. Car quasiment tous sont incarnés par des rappeurs dotés d’une forte personnalité, comme le prouve Zefor (13 Block) sur Alfred, en multipliant les références pleines de justesse à Batman. Ikaz Boi s’inscrit en chef d’orchestre avec des productions progressives qui honorent l’esprit du sampling, inhérent au hip hop, tout en arborant une texture contemporaine avec des basses omniprésentes.

L’une des forces d’Ikaz Boi est de créer des instrumentales riches et progressives, avec de multiples éléments qui les rythment, tout en les rendant très aérées. Permettant aux rappeurs de poser leur identité sur chacune d’elles. Le minimalisme a rarement été aussi riche, ou la richesse aussi minimaliste…