Des têtes d’affiches, des jeunes rookies, des vétérans de la première heure, des figures de l’under, voilà le panorama de nos dix indispensables hebdomadaires, qui ont dépeint la richesse de scène future beats.

  • Montell2099 – Jazzy 2099

Pas facile de prédire le futur ? Sauf pour Montell 2099 qui explore tel un satellite lâché au fin fond de l’espace, une nouvelle planète musicale où du Lo-fi jazzy s’entremêle facilement avec de l’électro. Moderne, la vibe est unique à mi-chemin entre l’exercice de style tordu et l’expérimental en pleine mutation. Avec ce morceau, Montell nous rappelle qu’il vit en l’an de grâce 2029 et pose un grain de folie comme on les aime. Le garçon a clairement refusé la facilité, faisant au passage écho à son affiliation au label Soulection en traçant les contours du slogan “Sound of Tomorrow”.

  • Bitbird – San Holo – I Still See Your Face (Lotus Remix)

Pas la peine de s’embarrasser de quelconque superlatif pour dire que la richesse est totale. Lotus signe un remix au sommet de son art : colorée et chatoyante, cette nouvelle version de “I still see your face” plane à plusieurs pieds au-dessus de l’altitude, mais fait surtout l’effet d’une douceur sans nom qui vient se poser contre le canal auditif. Ce genre de plaisir, trop entêtant, voué à subir le bouton repeat, jusqu’à en dépasser le bon sens. Ponctué de petites variations et de touches discrètes, le ciel devient presque palpable. Dieu peut se mettre stand-by.

  • Ekali – Triple J Mixup 2.0

Lorsque le saint patron de tous les producteurs lâche un mélange dont il a le secret c’est forcément un moment d’efficacité sans précédent. Voilà un mix pleine patate, pied au plancher qui zigzague à travers de gros bangers et quelques surprises. “Trip J” est un vaste mouvement de foule de 58 minutes, qui est fait pour les arènes surchauffées. Un exercice de style bien connu de la toile qu’Ekali maîtrise avec un sens de la transition savamment articulée et une sélection au peigne fin, pour le simple et bon plaisir d’agiter des nuques.

  • Yaeji – Raingurl

Yaeji, ce nom ne vous dit peut-être rien, pourtant cette jeune productrice s’était fait une sérieuse réputation avec l’un des meilleurs rework de Drake, lâché sans crier gare durant une Boiller Room, et qui a explosé les compteurs. Basée sur un axe NewYork / Séoul, la jeune prodige utilise la redondance propre à la house et une voix fantomatique dans rythme clubbing, une vraie wave alternative remplie de bonnes idées, le tout extrait de son deuxième Ep, “Raingurl”. Avec une identité un peu fracassée et une façon de faire à contre-courant, le titre fait office d’ovni en bonne et due forme. Un mélange inné et réussi.

  • K, Le Maestro x Freddie Joachim – Sugar

Fermez les yeux mais gardez les oreilles bien ouvertes, car une fois de plus, Freddie Joachim catalyse toute l’énergie de la beat scène californienne dans un seul track et laisse entrevoir les palmiers de Long Beach en compagnie de K le Maestro. “Sugar” est clairement le genre de titre qui rend hommage à tout un pan d’une époque, avec du hip-hop soulful glissant tranquillement sur un air jazzy, accompagné de son sample de Curtis Mayfield, dans la plus pure célébration du répertoire Black music. Après être à l’origine du collectif Mellow Orange et avoir réussi à convaincre un nombre de rappeurs à enfourcher le mic pour kicker sur ses productions instrumentales (Blu, Grap Luva, Kev Brown ou plus encore Joey Bada$$ avec “On & On”), l’old timer de San Diego est peut-être notre brin de soleil à nous, dans l’hiver qui s’annonce.

  • Loud Lord – Pullup Intro

Oui, “Pull intro” est un vrai morceau de dingo, qui possède tous les atouts pour séduire et ne laissera personne d’indifférent, c’est tout ce qui compte. Techniquement compliqué, avec une identité hybride partant d’une reprise d’un classique brésilien formaté pour finir par rentrer dans les clous d’une trill bien ponky, le maestro de chez Kushcadets réussit un petit tour de magie et rend ses lettres de noblesse à la vaporwave. Tout est calculé, millimétré pour un résultat ciselé, naviguant sans cesse entre deux genres que tout oppose mais qui se regroupent quand Loud Lord est à la manœuvre.

  • Polo – The Horror

31 Novembre oblige, il fallait bien un morceau en hommage aux petits enfants qui enfilent le rôle d’un psychopathe le temps d’une soirée contre quelques poignées de bonbons. Parmi la masse incalculable de sons tombés dans cette période, il y a du bon et du mauvais mais rarement un juste milieu. C’était sans compter sur le producteur Polo qui a décidé de faire les choses en grand avec un track long de 11 minutes, dédiés au thème de l’horreur. Une prestation sous haute tension, hantée d’un poil de poésie et de grâce dans un monde de brutes où le stress monte dans ballet mêlant solo de piano / guitare, après une ouverture en voix saturée. Nuancé entre une ambiance pesante et quelques notes plus légères, le virage est bien mystique et inquiétant, renforçant encore plus son concept, de relaxation horror. American Horror Story, saison sept, a déjà sa bande originale toute faite.

  • Ujo – Primal Call (Feat AndreaLo)

Purement conceptuel, le duo Ujo et AndreaLo revient sonner le dernier gong de rappel de l’emotional expérimental, un thème déjà bien connu des deux protagonistes. Greffée à l’identité Organic music eater, la collaboration s’engouffre musicalement dans une composition lancinante qui vous enveloppe de seconde en seconde dans un univers onirique, un peu à contre-courant où la lenteur rime avec rêverie des temps modernes. Sincère et réfléchi, débarrassé du tout artifice, “Primal” est avant tout un morceau taillé comme l’autoportrait de ces deux auteurs. Autant d’éléments qui en font une pièce unique dans le paysage.

  • J.Robb – WhatUWantt (ft. Deja & Ciscero)

La 21ème édition du très estimé White Label, de l’indéboulonnable pilier Soulection, reste envers et contre tous un moment important de par son concept de mise en lumière d’un producteur toujours très singulier. Et pour ce nouvel opus, le style atypique du producteur de Baltimore mène la danse et séduit avec son équilibre si particulier entre futur Beats et Rnb, explorant la dualité des deux genres au maximum, pour les fusionner. J.Robb maîtrise l’art du dosage entre le classicisme et l’exploration de nouveau territoire, en entrelaçant sans cesse leurs meilleurs atouts. Le résultat donne un groove plus frais que le mister freeze du marchand de glaces et place l’heureux élu dans la position d’une figure incontournable de la scène actuelle.

  • Haven – West District

Haven est un compositeur composite. Un musicien des temps modernes, un peu en survol constant, à qui il suffit d’un rien pour déchaîner le ciel. Beat atmosphérique, mélodie métallique exorcisant tous les démons par la voix d’un illustre inconnu dans une ambiance un peu goudronneuse, suffira à habiller le morceau d’une beauté étrange qui traverse l’espace-temps et nous cloue au fauteuil.