Cannabis-serie

Vacances de Noël oblige, j’ai failli passer à coté d’une formidable série diffusée sur la chaine Arte. Il s’agit de “Cannabis”, un feuilleton sur les dessous du trafic de drogue. Tournée entre la France, l’Espagne et le Maroc, Cannabis n’est pas une énième série du coté des policiers, mais une véritable immersion dans le monde des narcotrafiquants. Il n’y a ni bons, ni méchants, c’est un thriller romanesque et violent qui raconte les histoires de personnages hauts en couleur pris dans un trafic qui finit par les dépasser. Réalisé par Lucie Borleteau, je suis plutôt parti à la rencontre de Hamid Hlioua, l’homme qui est à l’origine de cette mini-série de six épisodes de 45 minutes.

 

Quel a été ton parcours jusqu’à la série Cannabis ?

J’ai fait des études de sociologie, et également une école de commerce. Ce profil financier m’a permis de trouver un job chez Cofiloisirs (Institut français de financement du cinéma) et France 3 cinéma, puis j’ai rejoint la réalisatrice Toni Marshall et sa société Tabo Tabo Films en tant que producteur junior.

Comment t’es venu l’idée de la série ?

C’est lié à une frustration de spectateur. Dans la fiction française et même européenne, on est souvent du côté judiciaire, de la police, des juges, avec une vision assez manichéenne. Les trafiquants ont la plupart du temps un rôle fonctionnel, c’est-à-dire qu’ils permettent à d’autres personnages plus positifs moralement de se révéler « le brave flic ou le grand procureur face au grand méchant trafiquant ». Je trouvais dommage de réduire la psychologie de ces personnes-là à des stéréotypes et aux idées préconçues que l’on pourrait avoir. Ils ont eux aussi le droit à une complexité psychologique, et ils ont également le droit de se révéler dans leur parcours. Mon envie était donc de faire une série sur le trafic de drogue, à partir des gens qui sont du mauvais côté de la loi, et pas seulement les trafiquants. L’ambition c’était de créer des humains, pas des personnages.

En 2011, en tant que producteur j’ai confié l’idée à différents scénaristes avec un intérêt de la chaine Arte pour le projet. Au bout de 2 ans, sentant que le projet n’avançait pas j’ai repris l’écriture de la série.

 

Justement revenons sur les étapes d’écriture. Tu peux nous en dire un peu plus ?

J’ai donc repris l’écriture qui à été validée par Arte. Ensuite Clara Bourreau m’a rejoint pour écrire le synopsis et le séquencier, ainsi que Virginie Brac pour la continuité dialoguée.

On se voyait tous les 3 (Clara, Virginie, et moi) on confrontait les épisodes que nous avions à charge afin d’obtenir une validation commune. On discutait, critiquait, de manière bienveillante, afin que l’épisode soit du mieux possible. Après ces réunions et nos accords respectifs sur les dialogues, chacun retournait dans son coin travailler puis lorsque l’on estimait avoir une version convenable, nous l’envoyions à la production. Après les retours de la production, on retournait écrire chez nous et généralement cette deuxième version partait à la chaine. Les dialogues ont été validés assez vite par Arte.

Au niveau du synopsis et des arches narratives, on échangeait beaucoup avec Clara. Une partie se faisait de manière collective, et une autre seule avec son stylo. Les retours de la chaine étaient également précieux.

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De gauche à droite : Tonie Marshall (productrice “Cannabis”), Véronique Cayla (Présidente Arte), Laurence Herszberg (DG Forum des Images et Festival Séries Mania), Hamid Hlioua, Lucie Borleteau (réalisatrice “Cannabis”)

Quelles ont été tes influences (films, séries) pour l’écriture de Cannabis ?

L’idée de départ, celle que j’avais donné aux premiers auteurs, c’était le film « Babel » de Alejandro González Iñárritu. 4 personnages qui sont de territoires différents et qui se retrouve autour d’un événement qui les lie, alors que le destin n’aurait jamais du les lier. J’aime beaucoup ce réalisateur d’une manière générale.

Egalement « Traffic » de Steven Soderbergh, et les films de James Gray parce qu’ils parlent de famille. Cannabis est une série sur les trafiquants et pas sur le trafic. Cette fiction est davantage axé sur la psychologie des gens, le véritable thème c’est la famille par le prisme de la filiation et des secrets de famille. Tous les personnages principaux ont un rapport dysfonctionnel avec la famille. Par exemple El Feo qui n’a ni enfant, une nourrice, et un rapport particulier avec une femme enceinte.

Quel est ton personnage préféré ?

El Feo et Shams. J’ai pris beaucoup de plaisir à les écrire.

Ce que j’aime chez Shams c’est son innocence, c’est quand même lui qui nous guide principalement à travers cette série, c’est le héros. On a de l’empathie, et c’est très bien restitué par le travail de Yasin Houicha (vu également dans le film Divines).

El Feo était le rôle le plus compliqué parce qu’il pouvait vite être ridicule avec ses grandes sentences philosophiques, mais Pedro Casabianca fut formidable, c’était le diamant noir de la série.

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Tu as été en contact avec de vrais trafiquants pour la création de la série. Ce n’était pas trop difficile ?

J’ai été producteur de la série pendant 2 ans donc cela faisait déjà un moment que je parlais avec eux. Ils avaient bien compris que l’idée n’était pas de dénoncer, un d’eux m’a dit «  Si c’était un documentaire, je ne t’aurais pas parler ». Ils ont eu confiance en ma démarche, et dans ma personne.

Il y un trafiquant qui a lu le séquencier, il aimait bien, il trouvait cela romanesque, mais vrai, il détestait juste l’homosexualité du personnage de Morphée !

Une saison 2 de Cannabis est-elle prévue ?

Non, il n’y aura pas de saison 2.

Pour conclure, quels sont tes futurs projets ?

J’ai travaillé sur la série “Glacé” qui passe actuellement sur M6, j’ai d’autres projets d’écriture en cours, mais ma profonde envie est de passer du coté de la réalisation.