À tout juste 28 ans, Lamine Diakhité aka Guizmo, n’a cessé de faire parler de lui. Que ce soit pour ses frasques légendaires ou ses démêlés avec la justice, le rappeur se livre « comme d’hab » avec une sincérité des plus déconcertantes.  

Porte-drapeau d’un rap du 9.1 et du 9.2, comme il aime à le revendiquer, Guizmo est un artiste hyper productif depuis déjà une décennie. Il a su se forger une place de choix dans le rayonnement du rap français, à force de travail et de persévérance mais surtout grâce son amour inconditionnel de la musique.  

Toujours proche, de ses fans « mes guizmos et mes guizmettes » comme il aime les surnommer, ces derniers font véritablement preuve d’un soutien incommensurable à son égard. Jeune père de famille, il se livre sur son intimité, ses angoisses et ses démons.. 

Échanges avec un artiste talentueux et tourmenté, qui a su s’assagir au fil des années.  

Après plus de 8 albums en comptant celui sur lequel tu as collaboré avec Mokless et Despo Ruttipourrais-tu nous faire un bilan de ta carrière

J’étais SDF lorsque j’ai sorti mon premier album “Normal”, et ensuite j’ai touché ma première grosse avance, eu mon premier appartement… En gros tout s’est enchaîné, puis ça a suivi son cours jusqu’à maintenant même si j’ai eu une vie de famille entre-temps. J’ai signé j’avais 19 ans, j’ai eu mon premier enfant à 24 et le deuxième à 26 ans. Beaucoup de musique, et ça n’a pas bougé depuis toutes ces années.  

On te surnomme le Gainsbourg du rap français, (il me corrige) « Guizbourg » (rires), n’est-ce pas trop dur d’être comparé à un personnage aussi sulfureux ? Qu’est-ce qu’il représente exactement pour toi ? 

Il représente la liberté de s’en foutre ! C’est vrai que c’est difficile tu vois. Quand tes proches te disent que tu files un mauvais coton ou que tous tes fans et ta femme s’inquiètent pour toi alors que t’es borné à ton truc de « je m’enfoutiste » c’est chaud ! Je suis un peu moins comme ça aujourd’hui mais cela a représenté une grande partie de ma vie, de m’en branler de tout, de fumer deux paquets de clopes par jour, me réveiller à la bière, sans rien manger. 

Tu t’es calmé depuis ? 

Grave ! Pour les enfants bien sûr. J’aurais pu peut-être continuer mais ça me fait trop peur d’imaginer de ne pas les voir grandir. J’ai envie de passer un maximum de temps avec eux, les voir conduire leur première moto, leur première voiture, qu’ils me présentent leur première petite copine, des trucs comme ça quoi, les inscrire au foot, ou à la boxe… Une activité qu’il leur plairait tout simplementMa mère m’a toujours laissé rêver, je laisserai toujours mes enfants choisir ce qu’ils voudront faire 

Tu es assez proche de ta maman ? 

Oui, je vais la voir souvent à Boston où elle s’est installée. Je me suis pas mal baladé dans différentes villes américainesChicago, New York, mais je reste un éternel banlieusard. 

Si tu devais citer trois mots pour décrire ton rap, justes trois mots lesquels seraient-ils ?

Nique sa mère (éclat de rire) ou rien à péter, rien à prouver, mais le premier nique sa mère N’oublie pas de citer les autres (rires) mais franchement le premier truc qui me vient à l’esprit c’est nique sa mère ! 

Tu parles souvent, voir beaucoup de déceptions amicales, de rue, d’alcool, est-ce que tu serais capable de t’interdire d’aborder ces sujets dans ta musique ? 

Elle est dure ta question, c’est une très bonne question mais la réponse est encore plus compliquée. Quand je rentre en cabine, comme je ne suis pas dans le calcul, j’écris au studio et je ne sais absolument pas dans quelle humeur je vais être. Je le sais quand j’arrive là-basje ne prépare rien, donc si je me suis engueulé avec ma femme à 10h et que j’ai séance à 15h, ça peut totalement changer mon état d’esprit. C’est ma vie que je rappe, je ne peux pas mentir. Ce sont des trucs de la vie. 

Quoi par exemple ? 

Tout et n’importe quoi..Les embrouilles du quartier, un proche qui se fait arrêter...  

D’ailleurs tu t’es éloigné du quartier et de ses galères depuis que tu as démarré une vie de famille ? 

Un peu, mais s’il y a 2000 euros à gratter je suis là Je pense même pas à mes enfants à ce moment-là, juste à ce que je pourrais leur acheter avec. Mais 2000 euros en une semaine ou un mois à attendre en bas de la tour c’est fini, plus jamais. En une demi-heure ou rien (rires) 

As-tu des regrets dans ta carrière à l’instant T ? 

Non des remords pas des regrets, parce que j’ai tout fait. Tu as des regrets quand tu n’as pas fait ce que tu voulais. Tu regrettes de ne pas avoir fait ceci ou ne pas avoir fait ça, mais moi j’ai tout fait. Il y a quelques remords mais pas de regrets. 

Donc quels sont tes remords ? 

Comme je dis toujours celui qui m’a le plus touché, c’est celui d’avoir fait pleurer ma mère, le fait de l’avoir déçu... Elle sait que je suis un garçon intelligent, que je suis brave et travailleur et parfois j’ai fait des choses qui allaient à l’encontre totale de ses attentes. Plein de fois j’ai failli niquer ma vie parce que je ne prends pas soin de moi. J’ai côtoyé la rue, certaines fréquentations, et ça m’a façonné. J’ai beaucoup vécu dans la dualité. Entre Guizmo de la rue et le Guizmo intelligent qui veut découvrir des choses, être un bon père, étudier, lire plein de trucs et tout, c’est une lutte permanente.  

Si tu avais la capacité d’effacer certains actes commis depuis le début de ta carrière, voire même de ta vie, quels seraient-ils ? 

Je n’aurais jamais bu, jamais. Dès mon premier flash je suis devenu accro. Premier flash, j’ai eu un flash, comme le premier joint ! Je vivais dans quelque chose de dur et ça fait du bien de planer : tu oublies ton quotidien. Rhum, whisky, vodka, vraiment beaucoup de consommation… Aujourd’hui je bois de la limonade, donc ça va. 

(Je cherche la limonade sur la table et constate que c’est une canette de bière, on se regarde et on éclate de rire.) 

Tu as dit dans une interview que “L’Entourage c’était une grande cour de récrée” à l’époque où tu marchais avec eux. Si tu étais resté dans ce collectif penses-tu que ton rap serait le même à l’heure actuelle ? 

Non, on s’influençait beaucoup entre nous, du coup si j’étais resté mon rap serait calqué sur le leur. 

Pourtant dans une cour de récrée, il y a différents enfants, avec différents comportements 

Oui mais quand on se retrouve à huit sur un morceau, tu es un peu plié au groupe, ce qui ne m’arrive plus aujourd’hui en étant solo, je me sens bien. Je ne me demande pas, que va penser l’autre, que ce soit l’ingénieur son ou le producteur. Je me sentais emprisonné. 

Comme un requin dans un bocal ? 

J’étais plutôt un requin avec des poissons rouges. C’est la vérité. 

Si tu avais eu des filles, est-ce que tu aurais eu plus de réserve à leur faire écouter tes chansons ? Car tu as clairement exprimé dans plusieurs interviews ne pas penser à tes enfants lorsque tu écris… 

Jaurais arrêté le rap carrément. J’ai dit trop de trucs sales, j’ai fait trop de sale avec les femmes, ça m’aurait fait un électrochoc ! 

Pourquoi ? 

Parce que mes garçons c’est autre chose tu vois, ils font des conneries et tout, alors qu’une fille voue plus d’admirations à son père… J’aurai sûrement arrêté de boire je crois. J’ai accepté que mon père picole, je suis un garçon t’as vu, et heureusement il n’est pas mort de ça, paix à son âme, mais t’imagine si ma fille elle boit de la vodka en soirée, elle twerke, elle a dix mecs autour d’elle, ma tête va vriller direct ! 

Lors de ton interview dans « Thérapie » sur Viceland, tu t’es pas mal livré auprès du psychothérapeute, Fernando de Amorim. Il est vraiment rentré dans ton intimité. Qu’estce que tu as ressenti à l’issue de cette interview ? 

Rien, j’ai vidé mon sac c’est tout, il m’a fait chialer. Je venais de perdre une personne importante pour moi, un ancien du quartier, sinon c’était une interview comme une autre, à part ce petit passage parce que j’ai flanché. Ça faisait juste trois jours qu’on l’avait enterré, ça m’a beaucoup touché. Les trois jours qui ont suivi cette interview, j’ai beaucoup bu. Ça fait oublier sur le moment mais après les émotions remontent plus fortement. Tu as du mal à contrôler quand tu es alcoolisé, quand tu es à jeun c’est autre chose. La colère, la haine, l’incompréhension, tout remonte d’un coup ! sinon c’était une interview comme d’hab en vrai, je me livre beaucoup dans les interviews. En fait j’ai craqué un moment parce que le décès était difficile, sinon ça se rapproche beaucoup de ce que je donne aux médias, la plupart du temps. J’essaie toujours d’être le plus vrai possible avec eux et de ne pas me compromettre, ne pas mentir. C’est pour cela que j’aime avoir une interaction physique directe avec eux et les regarder dans les yeux quand je parle. 

Est-ce que tu as un jour imaginé ce que tu serais si tu n’avais pas été un rappeur aussi connu pouvant vivre de sa musique ? 

C’est même pas que j’ai imaginé, je sais. J’aurais été ou voleur ou dealer, voire même les deux. Je volais mais je partageais tout le temps. Je mettais mes gens bien et c’est toujours le cas d’ailleurs. Il faut donner pour recevoir, c’est ce que j’ai toujours fait. Mettre ma mère et mes proches bien, c’est tout 

Si tu avais un message universel à faire passer à nos lecteurs ce serait quoi ? 

Aimonsnous ! Il n’y a que l’amour qui guérit, ni le temps, ni la patience, ni les négociations mais uniquement l’amour.  

Propos recueillis par Djeinaba