Un chanteur, un rappeur, une identité… Le jeune artiste issu de la scène urbaine, Tsew The Kid mène de front une carrière qui semble très prometteuse. Doté d’une sensibilité artistique indéniableil exprime ses joies, ses doutes et ses peines avec une verve poétique que lui seul peut expliquer. C’est donc un chanteur/rappeur comme il aime se définir, souriant, accueillant et détendu que nous avons rencontré quelques heures avant qu’il ne monte sur scène à l’occasion de son concert complet au Club Transbo. 

Pourrais-tu te présenter rapidement en quelques mots ? 

Tsew the kid, je suis un rappeur qui sait rapper et on va dire que je m’inscris dans la pop urbaine... Enfin je pense. 

D’où vient ton amour inconditionnel pour la musique ? 

Je pense que c’est une affaire de famille avant tout ! Je suis issu d’une famille qui a toujours eu un rapport fort avec la musique : mon père joue certains instruments, ma mère chante, j’ai ma grande sœur qui chante très bien, même mieux que moi, et mon petit frère joue du piano. Je pense que c’est naturel de faire de la musique. Après personnellement, ce qui m’a fait me lancer, c’est que j’ai eu envie d’écrire, de m’exprimer. Avec le temps je me suis perfectionné tout seul, en m’aidant de ma famille. J’ai appris le piano et la guitare en autodidacte en regardant des vidéos de Bruno Mars et puis de fil en aiguille j’ai eu envie de m’exprimer, en musique.  

D’accord, mais Bruno Mars il danse aussi ! 

Ça va venir un peu après... Je le sens, je suis pas encore aussi sexy, lui il est beaucoup trop chaud ! 

(Éclats de rire) 

Tu chantes et tu rappes, mais tu chantes plus que tu ne rappes et tu es plutôt considéré comme tel par la scène urbaine. Tu voudrais être plus ancré dans quelle catégorie ?  Et pourquoi ? 

En fait ça ne me dérange pas si on arrive pas à me classer dans une case justement, parce que je pense que j’incarne un crossover entre la pop, le Rn’B et le rap. On ressent même de la variét’ dans mes chansons et je trouve que la catégorie pop urbaine me définit bien car elle englobe tout ça. Donc c’est pour cela que je dis pop urbaine pour avoir un champ large, car c’est comme ça que je le définis. 

Comment choisis-tu tes collaborations ? Le rappeur Youvdee est clairement un rappeur qui s’éloigne de ton univers artistique, c’est un peu deux contraires qui s’attirent non… ? 

Carrément ! A vrai dire ce qui est dingue c’est que cette collab’elle s’est faite parce qu’on s’entend bien humainement, on a eu un bon feeling. On a beaucoup parlé tous les deux, j’aime beaucoup le personnage et il est très terre à terre, on s’est vraiment bien apprécié. Un jour j’étais au studio pour le son Loca et je voulais un mec au deuxième couplet, je me suis dit il faut que ce soit une personne qui envoie du lourd et j’ai tout de suite pensé à lui. Il n’y avait aucun intérêt derrière. Je n’opère pas comme çapour mes collaborations c’est quau feeling. 

Vous vous connaissiez d’avant alors ? 

C’est ça, et j’aime bien sa musique. Je ne fais pas de collaboration par intérêt, c’est vraiment parce que je trouvais que son univers musical pouvait bien compléter mon projet et qu’en plus je m’entends bien avec lui... 

Si tu devais citer trois mots pour définir ta musique ce serait quoi ? 

Je dirais vide parce que ma musique s’apparente souvent au vide mais le vide ne va pas sans l’espoir, du coup toujours avoir une lueur d’espoir dans le vide et le troisième mot c’est le cœur parce que je fais toujours ma musique avec le cœur... Vide, espoir et cœur. Tu as vu comme je suis philosophe ? 

(Rires) 

Lors de tes interviews tu parlais du fait d’être né dans une famille relativement pieuse et qui est à fond dans le gospeln’est-ce pas paradoxal que la pochette de ton album paraisse aussi provocatrice ? La lune tatouée sur la fesse de la femme sur la pochette par exemple, tu peux nous en dire plus ? 

Dans mes musiques je n’ai pas peur d’exprimer mes bons côtés et mes mauvais côtés. Les fesses c’est parce que je voulais plus faire ressortir un côté sensuel sur la pochette sans être vulgaireet je trouve que c’est bien réussi. Je voulais interpeller tout simplement, qu’on voit ma tête sans expression avec un pistolet pointé sur ma tempe. Je voulais que ça attire tout de suite l’attention, et comme je parle beaucoup d’amour et de relationnel dans mes musiques, il fallait que cela ressorte également. Je pense qu’il ne faut pas être choqué, tout le monde un côté sombre, le fait de ne montrer que des côtés positifs ça pourrait paraître assez hypocrite. Il fallait donc que la dualité bien/mal soit représentée, qu’on ne se dise pas “ah ouais, Tsew The Kid c’est un petit ange”, car c’est faux, je reste humain comme tout le monde. 

Dans le clip « Peur de sombrer » il y a pas mal de référence sur la mort « cercueil », les téléphones portables qui se transforment en armes Peux-tu nous expliquer ce que tu recherchais à retranscrire à travers ces images fortes ? Et aussi dans tes clips en général. Tu participes au scénario ? 

Souvent je participe au scénario, et pour « Peur de Sombrer » c’est un clip qui me tenait à cœur. Jexprime mes peurs par rapport au milieu de la musique, par rapport à moi-même, mes comportements, certaines visions des choses aussi, mes opinions sur l’argent… Le visuel était donc une partie importante pour bien m’exprimer sur ces sujets. Par exemple, quand je parle de l’argent et quand dans le clip je brûle un billet, genre c’est vraiment une image forte et ce sont ces élémentslà que je voulais vraiment faire ressortir, qu’on comprenne un peu qui je suis et la façon dont je pense. C’est vraiment une bonne carte de visite je pense. 

En fait tu exprimes à travers ce clip tous les vices cachés du milieu de la musique ? 

Exactement ! 

Il y a aussi la façon dont tu as mis en scène ton public dans ce clip : les téléphones portables braqués sur toi qui se transforment en arme à feu, c’est assez choquant quand même ? Qu’as-tu voulu exprimer exactement ? Et comment réagis-tu en général face à ton public ? 

Franchement l’exposition médiatique soudaine, ça surprend toujours un peu, c’est arrivé vite, et c’est assez inattendu... Tu sais, je fais assez naïvement ma musique, je suis enfermé dans ma bulle et je vois que l’audience augmente sur les réseaux, et quand tu vois les gens en vrai c’est un truc de ouf ! T’es sur scène et tout, tu fais ton truc et c’est toujours étonnant Ça me fait vraiment du bien et d’un autre côté c’est effrayant des fois. C’est positif parce que je vois que les gens sont touchés par ma musique, ils chantent mes paroles m’envoient énormément de messages, ce qui a un effet thérapeutique sur moi. Ça me touche vraiment. Mais a contrario, que les gens aient une opinion sur moi sans forcément me connaître, ça peut être un peu oppressant parfois. 

Le moment du son où les gens sont avec leur téléphone, c’est ça que j’ai voulu expressément retranscrire. Ce qui est dingue avec cette musiquelà c’est qu’elle s’est faite juste avant ma signature en label, quand ça commençait vraiment à popper un petit peu pour moi et je sais pas pourquoi mais ça m’a inspiré direct pour son écriture. J’ai trouvé que c’est une bonne chose de l’avoir écrit avant, parce que cela m’a permis d’identifier mes peurs qui pouvaient arriver dans le futur. 

Les tourments cachés liés à la notorié tu veux dire ? 

Oui c’est ça exactement. 

Tu as un titre assez fort « Wouna », pourrais-tu nous expliquer la genèse de cette chanson ? 

Wouna c’est une personne que j’ai rencontré qui a eu de grandes difficultés dans sa vie. Elle était en psychiatrie et ce que j’ai beaucoup aimé en elle c’est son fort caractère, et son côté attachant en même temps. Elle est très humaine et c’est ça qui m’a le plus touché, pourtant elle a eu des problèmes avec la drogue et l’alcool dû à son environnement familial. Certaines de ses relations étaient malsaines et parallèlement, elle a une maladie qui touche ses os : ils s’atrophient avec le temps et c’est irrémédiable. À la base, elle prenait des médicaments pour la douleur et c’est devenu une addiction, elle en a développé des envies suicidaires et ça m’a beaucoup affecté. Je commençais à m’attacher à elle et j’ai tout de suite eu envie de l’aider. Donc tout naturellement je lui ai dédié une chanson, et je lui ai bien dit que les gens pouvaient lui donner de l’amour, que tout n’était pas que négatif 

J’ai essayé de faire en sorte qu’elle se sente mieux et au final c’est le son qui a le plus marché. C’est un truc de fou en live quand je l’interprète. Je suis vraiment contre les violences faites aux femmes, les agressions ! Dans ma famille il y a eu des agressions sexuelles et je ne peux pas supporter ça, c’est vraiment un truc qui me dégoûte et quand tu l’as vu au sein d’un cercle aussi proche, tu ne souhaites pas que cela arrive à d’autres. 

Si tu devais défendre une cause qui te tiens particulièrement à cœur, ce serait laquelle ? 

J’aimerais bien aider mon pays d’origine Madagascar. Ma tante a un orphelinat là-bas, et ça fait maintenant deux ans que j’y pense. Je suis retourné au bled en décembre dernier, j’en ai profité pour faire de la musique. Il y a vraiment quelque chose niveau musique là-bas qui est très fort. Je trouve que mon pays d’origine est sous-côté, les gens sont trop forts dans le domaine artistique mais ils n’ont pas de moyens, et ça me donne trop envie d’aller les aider. J’aimerais beaucoup que culturellement les gens s’intéressent plus à Madagascar, que grâce à moi ou d’autres artistes on puisse mettre la lumière dessus. 

L’amour est définitivement le fil conducteur de tes chansons, pourrais-tu parler d’un autre sujet avec autant d’intensité ? 

Tu sais je parle beaucoup d’amour mais il y a beaucoup de sous-catégorie, par exemple dans mon son Reste je parle de l’amour que j’ai pour ma mère, dans Foutu je parle de l’amour que j’ai envers ma famille, pour les miens, pour mes cousins, j’essaie aussi de diversifier aussi tu vois, en parlant de l’amour que je porte envers d’autres personnes. 

L’amour familial notamment ? 

C’est ça, et c’est hyper important pour moi ! C’est dur de sortir du thème de l’amour ! C’est vraiment un thème qui touche tout le monde : tu as de l’amour pour tes amis, tes proches, ta famille. L’amour c’est vraiment vital donc c’est vraiment un peu dur de sortir de ce thème. Il me touche beaucoup trop. 

Tu utiles pas mal de mots de ta langue maternelle, qu’as-tu appris sur toi-même pendant ces années à Madagascar qui t’as inspiré plus tard dans ta musique ? 

Oui un petit peu, je parlais le malgache quand j’étais petit et quand je suis arrivé en France je l’ai totalement perdu mais j’avais trop envie de mettre des mots dans certaines de mes chansons. Mais je devrais me remettre à niveau !  

Tu penses que ta musique serait la même si tu n’étais pas né à Madagascar ? 

Franchement je ne sais pas, effectivement le fait d’avoir vécu là-bas, tu as envie de représenter ton pays par tous les moyens et moi je l’exprime dans mon art. Si je n’avais pas vécu, je ne sais pas comment je serai aujourd’hui mais je pense au fond de moi que j’aurai été différent dans le sens où mon esprit patriotique aurait probablement été moins fort. 

Si tu avais un message universel à faire passer lequel serait-il ? 

Répandez l’amour autour de vous. Mais ne me prenez pas pour un petit fragile par contre quand je dis ça ! (Éclat de rire) 

Propos recueillis par Djeinaba