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J’ai eu le plaisir de rencontrer Jannis, le fondateur du label Habibi Funk. Un projet de mixes de musique électronique et orientale des années 1960 et 1970 qui s’est invité sur le meilleur rooftop de la ville. Le Bal Pop de la Kasbah par Le Sucre transformé en Ryad Marrakchi : tapis au sol, boules disco en Khamsa, petits gâteaux et thé à la menthe, bourse aux vinyles des années 80’s, Lotfi aka La Face B aux platines. Tout un contexte propice au chill, on peut d’ailleurs remercier Julie du Pop Up Market pour ce moment fort sympathique.

Totalement passionnée par les sonorités disco et funk du Moyen-Orient dans les années folles, je me suis intéressée au concept Habibi Funk, un délice d‘Orient.

 

Nom : Jannis Stürtz (Berlin)

Label : Jakarta Records

Projet : Habibi Funk (une déclinaison funk nord-africaine du label allemand Jakarta)

 

  • Bonjour Jannis, comment vas-tu?

          Je vais bien, je suis content d’être ici, merci.

  • On te connait directeur du label Jakarta Records, qui se veut éclectique, et mêlant différents genres. Comment t’est venu l’envie d’allier la musique orientale aux sonorités électroniques ?

Jakarta Records a été crée avec mon ami d’enfance Malte. L’idée était de proposer une musique qu’on aime, et on avait déjà assez de hip-hop, trap. Quand je suis allé au Maroc pour la première fois, j’ai rencontré Blitz the Ambassador, il m’a fait découvrir de nombreux sons, on a diggé des disquaires et j’ai trouvé des sonorités qui me plaisaient. J’étais surpris d’entendre ce genre de musique. C’est ce qui m’a fait commencer l’aventure Habibi Funk.

  • Tu as beaucoup voyagé au Maghreb, en Orient (Maroc, Égypte, Algérie, Liban, Syrie…), qu’est-ce que t’inspirent ces pays?

Certaines personnes chantent leur voyage, la vue sur la mer de leur hôtel, le cocktail qu’ils ont apprécié cet été. Je m’inspire de mes voyages, de mes vacances à travers ces pays du Maghreb et Moyen-Orient. J’aime ces endroits, les gens sont très avenants. J’apprécie autant leur mode de vie que leur nourriture, en passant par les paysages. Il est facile de communiquer, je peux alors combiner mon travail et mes vacances.

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  • Tu as enregistré le titre “Sawtuha” (qui signifie « sa voix » en arabe), où 9 musiciennes de Lybie, Tunisie, Egypte, Syrie, chantent leur haine à propos des discordes de leur pays. En quoi te sens-tu engagé en faveur de ces femmes d’Orient ?

C’est une ONG berlinoise MICT (Media In Cooperation And Transition) qui a proposé le projet à Jakarta Records. Il était donc naturel pour moi de travailler avec eux. Le but était de connecter la voix de ces femmes aux oreilles occidentales, les faire connaître. Avant de créer le label, je m’étais posé ces questions de politique et il est intéressant de créer de nouvelles relations internationales à travers la musique. C’est un projet très sympa.

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  • On sait que tu es très investi humainement, par exemple avec la vente aux enchères des vinyles du label au profit de Médecins Sans Frontières. Est-ce que c’est une manière pour toi de remercier ces pays ?

Pas spécifiquement, même si j’organise souvent des ventes aux enchères spontanées sur les réseaux sociaux, des vinyles de mon label. « Le plus offrant doit envoyer l’argent à Médecins Sans Frontières et nous en donner la preuve », « Ensuite seulement, nous lui envoyons le disque ».  Je suis dans la position où je me dis que je suis porté d’une certaine responsabilité due à mon mode de vie plus aisé contrairement à ces pays en difficulté, alors je me dois d’agir de la sorte.

Grâce à leur compilation – toujours en vente – ils ont récolté 3000 euros pour les réfugiés de Syrie et d’Irak victimes de l’État islamique.

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  • Quelles ont été les premières réactions du public berlinois lors de tes premiers passages sous le nom Habibi Funk?

Pas mal de personnes aiment le nom, et aiment également la musique, mais je pense que j’ai plus de réaction en dehors de l’Allemagne. Par exemple en France, car je suis soutenu par Radio Nova, Konbini… Les personnes du Maghreb et du Moyen-Orient ont également bien réagi à la sortie de ce label. Ils sont généralement surpris de l’existence de cette musique. De la même manière, beaucoup de personnes du Nord de l’Afrique ne pensaient pas que ce genre de sons groovy’s étaient présents seulement une génération avant eux. 

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Par exemple lorsque j’ai rencontré Fadaul, je me suis rendu chez lui, j’ai rencontré sa famille dont sa fille, ses neveux, et nièces qui ignoraient totalement son métier de chanteur.

En Tunisie tout le monde connaît Faouzi Chekili, son talent et sa notoriété ne sont plus à faire. Seulement on a tendance à oublier que ses productions ont eu lieu dans les années 70’s et 80’s. Ces artistes sont de véritables précurseurs.

Faire renaître ces prods est magique pour moi. 

 

Cet été, le premier maxi du Habibi Funk est sorti sous le nom de Dalton. L’idée est de ressortir des oubliettes des productions orientales des années 70 et 80. Ce premier opus est consacré au groupe tunisien Dalton, leadé par Faouzi Chekili avec les titres “Alech” et “Soul Brother”. Une trouvaille de 1978 apporté à ton oreille par un certain Victor Kiswell.

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  • Comment s’est passé ta collaboration avec Victor Kiswell?

J’ai beaucoup apprécié son travail de createdigger, il a trouvé des merveilles de la musique orientaleEnsuite cela s’est passé naturellement, je check le facebook du leader des Dalton Faouzi Chekili, et bien qu’il ait 70 ans, il est toujours connecté sur le web. On a échangé facilement, puis on a fait de la musique ensemble.

  • Est-ce qu’un nouvel opus est en préparation?

Inspiré par Fadaul oui, un peu plus disco. Malte et moi avons travaillé sur 8 tracks, j’ai suivi sa famille à Casablanca au Maroc, qui m’a fait découvrir certains de ces sons des années 70’s que j’ai beaucoup appréciés, affaire à suivre en décembre.

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  • Tu nous prouves que la musique est sans frontières. À l’heure de “la crise des migrants”, on aimerait bien avoir ton avis là-dessus ?

C’est tellement triste de réaliser la misère que subissent certains êtres humains. Je me sens évidemment attristé et investi de cette situation. J’ai vendu des vinyles au profit de pays comme la Syrie ou encore l’Irak. Le cauchemar que ces gens vivent est presque inimaginables, nous ne sommes pas à leur place, nous sommes privilégiés. En même temps je me dis que l’Allemagne pourrait tellement accueillir plus de migrants, mais ils agissent déjà et c’est quelque chose de bien.

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  • Tu connais certainement Omar Souleyman, le célèbre chanteur syrien boosté par des pointures de l’électro. As-tu déjà eu envie de travailler avec cet homme ?

Mmh, non parce qu’il ne correspond pas à notre modèle. Mon travail se fait à travers des musiques originales et traditionnelles, non remixées. Il fournit un magnifique boulot mais ce n’est pas le mien.

  • Peux-tu me citer les 3 sons que tu squattes en ce moment ?

Fredfades & Ivan Ave – Reaping (Taken off “Fruitful”)
Habibi Funk 002: Fadaul (Fadoul) – Sid Redad
Dur Dur Band – Ethiopian Girl

  • Tu me fais parfois penser à Acid Arab, que penses-tu de ce groupe?

Des garçons super sympas, j’aime beaucoup leurs musiques, très énergiques.

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  • Tu joues ce soir au Sucre, quai Rambaud, le temple de la culture techno à Lyon. Tu connais certainement le fameux festival des Nuits Sonores, ça t’intéresserait de participer à ce rassemblement ?

Oui pourquoi pas, j’ai déjà d’ailleurs participé au gigantesque festival Mawazine au Maroc, un des plus grands au monde. J’ai accompagné le rappeur américano-ghanéen Blitz the Ambassador, c’était fantastique. Je n’ai jamais joué à Lyon, mais j’ai joué à Paris à l’Institut du Monde Arabe par exemple.

  • Que connais-tu de la ville de Lyon?

Pas grand-chose, je suis très occupée je voulais visiter la ville mais je n’avais pas le temps, je me suis simplement baladé sur la presqu’île.

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