Jamais le spectre de la production française n’aura été aussi large. Désormais la donne change et la musique fait place à une mosaïque d’influence haut en couleur avec des mutations et des glissements de style inattendu, particulièrement en France où le nombre de compositeurs à exploser se multipliant la nuit tels des gremlins à l’assaut de l’industrie, faisant couler des tonnes pixel et de air play sur l’ocean Soundcloud. Mener par une avant-garde des plus talentueuses, des producteurs comme Phazz, Everydayz, Superpoze, Fakear, l’incontournable Nowadays Records, pour ne citer qu’eux, déboule en feu d’artifice sur la scène hexagonale telle une locomotive inarrêtable, avec comme somptueux final la signature de Stwo chez le vaisseau mère Canadien “40′s Club Machine agency” de Noah Shebib producteur pour un certain Drake, plantant définitivement le drapeau tricolore dans l’écosphère des producteurs planétaire. Façonnées par cette première vague, de nouvelles têtes sont très vite venues grossir les rangs et étoffer la palette de la production made in France. Voici un top five non exhaustive des talents de demain, témoin de la vivacité de notre scène, que le monde entier nous envie.

 

Madijuwon

En pleine préparation de son premier album, le lyonnais a ouvert les portes d’un nouveau genre aux influences mi-oldschool mi-expérimentales teintées d’une vibe smooth hip hop coloré et chatoyante, à la frontière d’une musique hybride saupoudrée de couleur pastel, faisant le pont avec le tout premier freeze de battle de rue, enchainer sur un carton à même le sol. Mêlant le fond et la forme dans une compo simpliste mais terriblement efficace, chaque morceau est tout naturellement porté par une énergie communicative qui force l’envie d’emboiter le pas de danse, dans une trajectoire rectiligne dictée par le tempo d’un esthétisme bien singulier en perpétuelle évolution. Pas totalement en rupture avec les tendances, mais plutôt en faisant fi de toutes les conventions et idées fixes de l’influence du rap bling bling, pour ne garder que le meilleur du rap, Madijuwon sonne juste avec une production éminemment originale, avec toujours ce même souci de vouloir nous offrir de l’imprévu.

 

Elk

Des flasback au sonorités fracassante tombent dans le creux de l’oreille, l’alchimie opère et laisse place à quelques moments de hochement de tête incontrôlée. Elk est nostalgique du futur et sa musique va bien haut delà de la simple trap. L’ambassadeur de la French Riviera, déroule un tapis de tonalité distordu et des tissus d’échantillon sélectionné aux peignes fins : la recette est frénétique, entêtante et jouissive. Assi en position pilote automatique on se laissera transporter à bord d’un vaisseau spatial pour contempler les étoiles filantes et les comètes à travers la vitre, avec comme principe ne pas faire deux morceaux qui se ressemblent. Mené par un savoir-faire bien rodé, l’ennui est impossible voire même impensable, tant l’homme slalome avec aisance entre les normes. Une pépite venue de mars ? Peut-être bien.

 

Ta-Ra

Discrète zéro promo, no interview mais pourtant proche de Myth Syzer et toujours présente dans les line up des soirées, la touche féminine intrigue autant qu’elle fascine, l’interrogation reste entière quant à cette productrice poser récemment derrière le micro, qui s’est exporté à Tokyo. Avec un univers confortablement installé, Ta-Ra lâche des skillz de rodéo psychédélique à ciel ouvert dépeignant une fresque vertigineuse ou amour, évasion, japon et esthétisme surchargé se confondent comme les clip de Yung lean, toujours sophistiqué et intrigant à l’image d’un space opéra et au milieu, seul, l’auditeur. Elle accompagnera même dans ses concerts Nxxxxs, l’un des french trapper les plus en vue. Si tous les éléments sont alignés, pour graver son nom dans le paysage, le manque de constance se fait cruellement ressentir, à tel point qu’on se demande si elle compose encore ? Mais les rares post sur ses réseaux sociaux, nous rappel que le talent de la demoiselle est toujours là. Un peu à l’image de ces légendes urbaines du rap français dont attend encore le premier album mais qui mettent toujours en PlS la concurrence à chaque freestyle, la productrice à la mode du cloud Rnb est peut-être un génie sacrifié ? L’histoire nous le dira.

 

Senpu

La touche se veut contemporaine et la maîtrise chirurgicale, en quelques secondes l’intéressé réussi à étirer sa créativité avec un souci du détail et de la minutie millimétré dans une boucle quasi obsessionnel. Bien ficelé, clinquant et pimpant, Senpu assemble les mélodies et les textures comme un grand couturier allie les matières entre elles, avec un sens invraisemblable du twist. De la haute couture bien léchée dont on peut apercevoir d’emblée la richesse dans des combinaisons bien fignolées, ses variations sont superbement choisi : sa musique détonne. Finement taillée les premières mesures captent souvent l’attention, avant de faire prendre un virage à l’auditeur puis un autre et encore un autre, tel un jeux de domino qui se répète jusqu’à l’infini. Une agilité qui lui permet de creuser un peu dans les styles à grand coup de pioche pour croiser la future bass sur des instrumentales classiques. Longue vie au maestro.

 

Soudiere

Un son dense qui cogne dur vient de pénétrer dans notre crâne, disons-le franchement c’est un peu déroutant par moments mais c’est ce qui le distingue de la faune musicale. Atypique, cet impitoyable adorateur de Phonk fait des drive-by sur Soundcoud et ses exercice de styles ne laisse personne indifférent. Porter par une vision singulière de la musique, les couches de références s’empilent les unes sur les autres dans un monde cartoonesque où le seul plaisir du bon son compte au même titre que celui de la bonne weed. Accrocher sans être racoleur, la haute voltige de chez Soudiere donne un joli coup dans la fourmilière en dézingant tout sur son passage. Un personnage haut en couleur à la mélodie avant-gardiste, nettement plus instable que le fulminate de mercure et habillé sur tous les terrains avec une composition à mi-chemin entre trillwave et expérimental ; une diversité qui fait également sa qualité. Visible outre-Atlantique par l’intermédiaire de son diabolique crew Kushcadets formé avec DJ Smokey et Loud Lord, son exportation en terre étrangère lui assure toujours une actu d’avance sur la concurrence, désormais l’avenir lui appartient.