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Une seconde. C’est le temps nécessaire pour comprendre qu’une interview avec La Jungle, ça va être le sbeul total. Nous sommes le samedi 8 octobre. Posant leurs fesses à La Tannerie de Bourg-en-Bresse, c’est avant leur entrée sur scène que le crew m’accueille dans ses loges et qu’il m’ouvre une porte sur La Jungle. Dans les loges, ils parlent, rigolent, écoutent du son, ils mangent, boivent, préparent leurs clopes. Tels des kangourous sous acides, ils ne s’arrêtent jamais de bouger. Dans La Jungle, le calme n’a pas élu domicile.

Pourtant, Priscilla, leur manageuse, essaye tant bien que mal de les “cadrer”. Priscilla, c’est la maman du groupe. Elle hausse un peu le ton parfois, histoire de fédérer les troupes. Mais elle est finalement la première à rire de leurs inepties. Exit Les Goonies et le Club des Cinq. Ce qui fait la force de cette équipe, c’est la complémentarité.

Un joyeux bordel

La Jungle prône les différences. Ça se sent dès que tu poses ton pied – enveloppé dans un écrin Nike – dans leur univers. D’un côté, il y a les calmes, (Oui, tout peut arriver) ceux qui ne parlent pas trop, qui observent beaucoup la scène qui se déroulent sous leurs yeux mais qui ne perdent pas une occasion pour balancer une punchline. De l’autre, il y a les loquaces, ceux qui pourraient vendre un Big Mac à un vegan. Il y a pleins de goûts, pleins de couleurs. Ted se balade avec un tee-shirt South Park, Exodus a son Bob bleu vissé sur le crâne, Pers déclare sa flamme à Eminem (Go B-Rabbit, t’as compris), Mr Mouche appuie son nom, caché derrière ses lunettes rondes, SaleGosse porte une capuche style tête de léopard, Orphé, quant à lui, arbore un maillot rose de la Juv’.

Orphé : En vrai, j’aime pas spécialement la Juv’ mais a un moment, j’avais les cheveux rouges. Sauf que la couleur a viré au rose, du coup j’ai voulu assortir.

Même le petit vieux aux boules quies, certainement correspondant pour la Voix de l’Ain, n’aurait raté le show pour rien au monde !

Vous vous êtes rencontrés comment ?

(Franchement, je peux pas dire le nom de celui qui a répondu, ils parlaient tous en même temps. Imaginez la galère. Apprendre les rudiments du dialecte de la Jungle, c’est un art.)

JNGL : Certains viennent de Romanèche-Thorins ou encore de Saint-Trivier, d’autres rappaient dans le Beaujolais. Certains se connaissent depuis le début, d’autres sont arrivés en cours de route. Lours et Pers sont un peu les piliers de la bande de par leur ancienneté. On a connu Mr Mouche grâce à nos connexions avec Les Sheperds et Louis Delort. Comme tu vois, La Jungle, c’est une histoire de rencontres au fil du temps. On avait tous ce goût du rap, des mots, du beat. C’est ce qui nous a rassemblés.

Et du coup, pour l’écriture des textes, qui s’y colle ?

JNGL : Tout le monde écrit. Chacun apporte des thèmes à évoquer. Parfois l’écriture se fait ensemble, parfois on écrit chacun de notre côté et on met nos idées en commun. Ça arrive qu’un de nous balance un truc comme ça et qu’on décide de le garder. Pour la musique, ce sont nos beatmakers SaleGosse et Exodus qui s’en chargent.

Vous arrivez à vivre de votre passion un peu ?

JNGL : On fait surtout des boulots alimentaires. On bosse dans les assurances, l’événementiel, la restauration, le pétrole ou encore la carrosserie. Vivre de La Jungle, c’est pas forcément notre vocation.  On veut juste continuer à faire du bon son entre potes.

Pers : Moi je bosse chez Subway, mais faut pas trop leur faire de la pub ! Rires

JNGL : C’est Lours qui aurait le plus de légitimité à vouloir vivre de La Jungle. Il sort d’une école de musique. C’est là-bas qu’il a rencontré SaleGosse.

SaleGosse : C’est surtout là-bas qu’il a développé un certain amour et un désir pour moi ! Une obsession même. Rires

Vous touchez quand même un cachet pour vos prestations ?

JNGL : Pour te dire, on a dû toucher 15 euros par personne. On part du principe que moins on connaît les chiffres, moins on est susceptibles de faire de la merde.

SaleGosse : On est désintéressés de cet intérêt. Ça nous est arrivé de jouer à perte. Mais on le fait par plaisir.

JNGL : Tout l’argent qu’on gagne, on le garde pour l’investir dans notre musique ou pour nos clips. Il nous sert à éviter de sortir de l’argent de nos poches pour faire ce qu’on aime. Tu vois pour la Tannerie, on préférait largement avoir des micros sans fils qu’un gros cachet.

La semaine prochaine, vous faites la première partie de Guizmo. Pas trop stressés ?

Lours : Que ce soit la première partie de Guizmo ou de Busta Rhymes, c’est la même chose. Ce qui nous importe, c’est de faire des concerts, de partager ça entre potes. Bon ok, je serai quand même fou à l’idée de rapper avant Busta Rhymes ! Rires

JNGL : Ted kiffe Guizmo. Mais faire des premières parties c’est cool aussi parce qu’on peut assister gratuitement aux concerts des artistes !

SaleGosse : Moi, mon truc, c’est boire des bières ! Rires

Vous l’aurez compris, la Jungle, c’est du décryptage permanent. La concentration est primordiale pour démêler ce mélange de voix. Si ça continue, moi aussi on va me mettre sur le bûcher. (On se retrouve de l’autre côté, Jeanne d’Arc)

Du coup, vous devez avoir des projets en route ?

JNGL : Lours va bientôt jouer dans Madame Hyde, un film de Serge Bozon. On a beaucoup de concerts de prévu, il y a également le Tremplin TCL qui nous permet de jouer dans quasiment toutes les stations de métros lyonnaises.  On travaille de ouf tout le temps, on s’arrête jamais !

Prêts pour ce soir ?

JNGL : Généralement, on nous dit que notre force, c’est les live. Comme on est nombreux, ça fait vraiment fouillis si on est pas organisé ! Alors on répète beaucoup. On se tape 15 plaintes des immeubles aux alentours. Du coup on est obligés de séquestrer des vieux pour répéter dans leurs maisons ! D’ailleurs, si quelqu’un à un garage, on est preneurs ! Rires. On va se donner à fond ce soir !

D’ailleurs, on veut remercier MC JoHell, la Plake Tournante, la Delta Click, Tony Twardowski. On est super contents d’être à la Tannerie ! C’est la famille. On remercie toute l’équipe de la Tann pour l’accueil, les bénévoles, mention spéciale pour les cuisiniers ! Dédicace à Tanya, Joseph, Niels, Louis, Mélodie, à la Rapta Croix-Rousse.

Big up à tous ceux qui viennent et nous soutiennent !

Le concert est terminé. Les artistes regagnent les loges. Mr Mouche a mal à la gorge. Shapyro dit qu’il se ferait bien un fifa. L’énergie lâchée sur scène laisse progressivement sa place à la fatigue. Il faut dire qu’ils se donnent à fond. Ils scandent “Tu connais le cartel => JNGL !” et le public répond présent. Le public ? Hétérogène. Toutes les générations y sont représentées. Lours et Ted ont fait un battle de rapidité. Ils ont du coffre les mecs. Eminem serait fier du résultat. Je les écoute parler de leur concert. Ils expliquent que, n’étant pas chez eux, le public est difficile à conquérir. Mais que, quand ils sentent qu’ils y arrivent, c’est la folie. Ils ont plutôt l’air content. Après tant de partage, de talent, tant de fraternité, on ne peut qu’adhérer à La Jungle. Même des potes, aficionados d’Oxmo et d’MC Solaar m’ont dit que c’était lourd.

Il ne tient qu’à vous, d’adhérer à votre tour !

“Bienvenue dans la Jungle, on lâche des gros freestyle !”

Remerciements : Alex Mouchet et Priscilla pour m’avoir offert la possibilité de faire cet article. Merci à la Jungle, parce que c’était franchement sympa et merci à la Tannerie pour l’accueil.

© photo : Alex Mouchet