Elle a explosé aux yeux du grand public grâce à son incroyable couplet sur « Complexion (A Zulu Love) » sur l’album de l’année 2015, la rappeuse Rapsody publie sur Roc Nation son premier album Laila’s Wisdom. Accompagnée par des featurings de talent et d’une production haut niveau, Rapsody réussit un très grand album insufflé par l’énergie de la Great Black Music.

Rapsody a commencé sa carrière en 2008 avec le groupe Kooley High. Elle publiera 3 projets avant de se faire découvrir par le grand producteur 9th Wonder qui la signera sur son label Jamla. Il a dû être conquis par son état d’esprit car « Peace, Love, Unity & Having Fun » les piliers de la Zulu Nation sont présents en elle. Sa philosophie est la Culture au-dessus de tout. Elle déclarait à ce sujet pour Vibe Magazine : « Pour moi, il s’agit plus de la Culture que de l’argent ou autres. Je fais de la musique pour les gens de cette Culture, c’est la première chose. Si tu touches les gens en premier lieu, le reste s’effondre. C’est ce que cela signifie pour moi, seulement préserver et respecter la Culture ». Un état d’esprit irréprochable en soit en plus d’être une excellente MC.

Laila’s Wisdom n’est pas à proprement parler le premier album de Marlanna Evans. En effet, elle avait sorti son premier LP The Idea of Beautiful en 2012 sur le label Jamla. Dans cet album les influences de Jay-Z et Lauryn Hill sont flagrantes. Musicalement, le producteur 9th Wonder fait un travail conséquent pour sa first lady. Au niveau des thèmes elle raconte des histoires de rupture, de triomphe et un amour sincère pour le Hip-hop. Mais comme tout album indépendant, elle n’a pas eu suffisamment de portée pour que l’on s’intéresse à elle.

Il faut attendre 2015 et sa participation à To Pimp A Butterfly qu’il n’est plus nécessaire de présenter. Elle apparait sur « Complexion (A Zulu Love) » où au départ Kendrick ne devait pas apparaitre et laisser la voix à elle et au regretté Prince. Puis c’est en 2016 avec la future légende Anderson .Paak qu’elle laisse sa trace sur son excellent album Malibu sur un morceau génial produit par 9th Wonder. Afin de parfaire cette année, elle signe chez Roc Nation et sort dans la foulée l’EP Crown. Comme un signe de son futur couronnement de Reine du hip-hop ?

En tout cas elle y met les moyens. En plus d’avoir une liste de featurings exceptionnelle (Kendrick Lamar, Anderson .Paak, Black Thought, Busta Rhymes, BJ The Chicago Kid, Lance Skiiiwalker, Terrace Martin,…), elle est emmenée par une production ultra cohérente, en partie dirigée une fois encore par 9th Wonder. A ce sujet Busta Rhymes déclarait que c’est probablement « le meilleur album [tous genres confondus] qu’il ait entendu depuis au moins dix ans ». Si l’on se fie à Bus-A-Bus alors on peut s’attendre à un résultat dépassant tout ce à quoi on peut s’attendre. Et force est de constater qu’il n’est pas loin de la vérité.

Laila’s Wisdom est un voyage sonore d’une heure où soul/funk/jazz et hip-hop ne font qu’un. C’est presque anachronique par rapport aux sorties actuelles. Presque car si le projet est marqué par un boom bap traditionnelle et l’utilisation de samples, ce n’est pourtant pas dépassée. Ce n’est pas novateur pour autant mais ce n’est pas non plus un instantané de 2017. Il y a une volonté de créer une oeuvre intemporelle qui sera encore pertinente 10, 15 voire 20 ans plus tard. C’est un contrepied par rapport à l’actualité rap. Rapsody ne veut pas suivre la tendance mais ses envies et ses valeurs. La question se pose alors, faut-il soutenir l’avant-gardisme qui a toujours nourri le hip-hop pour le meilleur et le pire ? Ou bien les artistes qui s’engagent à respecter les origines ? A partir du moment où la musique est bonne et de qualité les deux sont possibles.

Laila’s Wisdom a le potentiel pour rester dans l’histoire du Hip Hop tant Rapsody a pris le temps de le peaufiner. Est-ce une suite de To Pimp A Butterfly ? Non car l’œuvre de Kung-Fu Kenny est unique mais c’est un témoignage de plus de la grandeur de sa Culture, c’est certain.