En France, le freestyle est une performance qui, successivement, disparaît puis revient sur le devant de la scène. A la fin des années 2000, ce sont Sexion d’Assaut, puis des crews comme l’Animalerie, qui ont remis cet exercice au goût du jour. Malgré tout, la notion de freestyle a beaucoup évolué au fil des années et les artistes qui excellent dans ce domaine se font de plus en plus rare, surtout parmi les têtes d’affiches…

Le hip-hop est un mouvement dont l’expression est liée à la notion de spontanéité. Au départ, les performances de chacune de ses cinq disciplines (graffiti, danse, beatboxing, Djing ou rap) étaient réalisées dans l’instant présent.

En ce qui concerne le rap, le freestyle est l’exercice qui se rapproche le plus de cette notion d’instantanéité. Initialement, freestyler consistait à rapper de manière improvisée sur un beat. En terme de performance éphémère, difficile de faire mieux et plus surprenant dans les schémas de rimes. Zoxea et Busta Flex figurent parmi les meilleurs dans ce domaine. Cependant, en impro, il est compliqué d’arriver à délivrer de beaux vers et des phrases qui font sens. Avec l’évolution des textes vers des structures de rimes de plus en plus complexes, et l’importance de la punchline, le freestyle est également devenu le fait de rapper ses lyrics, parfois inédits, sur n’importe quelle instrumentale. Si l’exercice semble moins ardu, il demande tout de même une bonne aisance vocale et la capacité de s’adapter à différents tempos et univers pour qu’un même texte ait toujours le plus d’impact possible. Nécessaire pour révéler des artistes au grand public et asseoir la réputation d’un rappeur, l’exercice du freestyle a longtemps été incontournable à la radio.

Malgré tout, au fil des années, cette pratique a progressivement été délaissée pour multiples raisons : l’accent mis sur la musicalité plus que sur la technique rapologique a poussé les artistes à passer plus de temps en studio qu’à freestyler ; la domination des images via les réseaux sociaux numériques fait que les rappeurs se révèlent davantage par leur identité visuelle et leur personnalité ; plusieurs émissions spécialisées en radio ont disparu, souvent au profit d’interviews ; plus que la performance, l’auditeur recherche la qualité audio… Cette dernière hypothèse explique d’ailleurs une nouvelle pratique popularisée par Booska-P : les freestyles enregistrés en studio. Dans ce cas de figure, la qualification de freestyle est erronée puisqu’il s’agit d’un morceau écrit sur une instrumentale choisie et enregistré en studio, avec l’intervention d’un ingénieur son pour mixer puis masteriser le son. Afin d’obtenir une qualité professionnelle. Moins risqué pour les artistes, ce type d’exercice ne requiert pas d’avoir du souffle ni de la prestance dans l’interprétation. Cela tranche complètement avec le côté débrouillard, improvisé et universel du freestyle où seules une voix et une instru sont nécessaires.

Désormais le freestyle consistant à être performant en live devient une denrée rare, particulièrement chez les rappeurs qui ont percé. En témoigne le freestyle Couvre-feu – émission qui a pourtant accueilli des freestyles mémorables – au Reebok Megastore qui s’est avéré beaucoup moins légendaire que son casting (Oxmo Puccino, Lino, Rim’k, Dosseh et Dinos). Mis à part le plus jeune, Dinos, qui a lâché quelques inédits, tous les participants ont interprété leurs propres morceaux sur l’instru originale. A la limite, ce qui fut le plus remarquable dans ce freestyle, c’est l’hommage de Dosseh et Dinos qui ont rappé plusieurs couplets de leurs aînés.

Il semblerait qu’à présent, en dehors de quelques exceptions comme JUL ou SCH, dès qu’un artiste devient une tête d’affiche, il abandonne le freestyle. Concernant les rookies ou les artistes moins installés que ceux qui viennent d’être cités, même si certains le prennent au sérieux, beaucoup le négligent et contentent d’interpréter leurs propres morceaux comme le révèlent leurs planètes rap. Pourtant, il demeure quelques rappeurs qui offrent de belles performances en freestyle à l’image de 13 Block, PLK, XTRM Boyz, Limsa d’Aulnay, Demi Portion… ou bien Moucham pour citer nos locaux.

A présent, les meilleurs freestyles se trouvent peut-être dans les open-mic ou sur les lives facebook/instagram de jeunes artistes. Nécessaire pour être respecté en tant que rappeur, cet exercice ne l’est plus pour obtenir de la visibilité et inonder les ondes. Bien que cela déteigne sur les performances scéniques des artistes puisque nombreux sont ceux qui souffrent d’un manque d’adaptation et de maîtrise de leur voix… Cependant, au vu des initiatives successives, depuis les freestyles chez Nova jusqu’à Rentre dans le Cercle, en passant par les Pièges de freestyles, Grünt et Keakr, laissent supposer que l’art du freestyle n’est pas prêt de disparaître. Même si la recherche de la musicalité et l’évolution des sonorités dans le rap font que cet exercice a été relégué au second plan, si ce n’est le troisième…