Après avoir formé le groupe Lutèce avec Ian Vandooren, Marty semble désormais marcher seul, Avec les projets Lapse et Pulsion, les deux lyonnais avaient su partager un univers convaincant, aux ambiances cloudComme son homonyme de fiction, Marty semble aimer voyager dans le temps. Il y a chez lui les faux airs d’un Christophe qui aurait grandi en écoutant A$ap Rocky et Alain Bashung. Si la musique de Marty est pleinement dans son époque, ses textes sont nébuleux, loin d’être explicites, laissant à l’auditeur sa part de rêverie. Alors qu’il vient de balancer un nouveau titre sur soundcloud et d’annoncer un nouveau projet pour 2019, c’était le moment où jamais de revenir avec lui sur Violence partout, son ep sorti au printemps dernier, chez la bonne maison qu’est Jeune à jamais.

 

Ninkimag: Comment est-ce que tu es venu à la musique, tu te rappelles de ta première émotion musicale?

Marty: ça doit être le premier cd que j’ai acheté à l’époque, le single “Da funk” des Daft Punk. ça m’avait bien fait tripper. Je pense que j’ai toujours eu des émotions musicales, la musique ça va avec le rêve, et t’as toujours une musique qui t’évoque un souvenir, des émotions. C’est aussi fait pour ça j’ai l’impression.

Donc ton éducation musicale ne s’est pas limitée au rap?

J’ai toujours écouté de tout. C’est peut-être pour ça que dans les musiques que je fais, c’est peut-être un peu plus pop, c’est parce que j’ai envie de mélanger un peu tout ça, c’est important je pense. Plutôt que de rester dans un truc, surtout aujourd’hui. Le rap maintenant c’est devenu tellement hybride, tellement mélangé, que j’ai l’impression que tout le monde a envie d’aspirer à ça. Je joue beaucoup de guitare dans les morceaux. Avant on était plus dans un mood où Ian (ndlr: Ian Vandooren, son acolyte au sein de Lutèce) faisait la plupart des instrus. Je donnais toujours un peu mon avis, je touchais à deux-trois trucs. Mais disons que dans son processus créatif, il fallait que je le laisse faire, pour que ce soit le plus efficace possible, il faut être pragmatique parfois.

 

Qu’est-ce que tu penses des débats sur ce qui est rap et ce qui ne l’est pas, qu’on observe parfois entre ancienne et nouvelle génération ?

Le rap c’est pas que ça veut plus dire grand chose, mais je pense qu’on peut faire une analogie avec le rock. Le rock à une époque, c’était des gros loubards qui portaient des vestes en jean, et qui se tapaient dessus. Et après il y a eu toute l’époque 70 où c’était des trucs un peu plus psyché, ou même Keith Richards qui met du rouge à lèvres. ça a évolué aussi par rapport aux puristes du début, et j’ai l’impression que pour le rap c’est un peu pareil. Vu que c’est une musique qui est vachement identitaire entre guillemets, il y a toujours des gens qui vont dire que c’est plus du rap, parce que le rap c’était ça et cetera. Mais au final, heureusement que ça évolue, et je pense qu’il y a plus trop de frontières. Est-ce que Lomepal tu considères que c’est du rap, je ne pense pas. ça en est toujours un petit peu, mais c’est plus du chant. Les mecs qui font vraiment du rap à l’ancienne, maintenant c’est devenu un genre dans le rap. C’est comme aujourd’hui il y a des mecs qui font du blues ou du rock à l’ancienne, c’est devenu un sous-genre comme un autre le rap à l’ancienne.

“la musique tu peux en parler, j’ai l’impression, quand t’es dedans et que tu la vis”

Et pourtant, il y a toujours des problématiques de reconnaissance du rap, même avec l’affaire Booba/Kaaris, il y a toujours ce problème qu’ont les grands médias de le renvoyer à certains clichés.

Oui c’est sûr. Parce que c’est une musique qui a toujours été un peu mal vue. Quand je dis que je fais ça, t’as toujours le cliché du mec qui va te faire “yo yo”. Mais c’est éternel ça, parce que c’est une musique de jeunes. Même si les gens qui l’écoutaient avant ils doivent avoir quarante ans, cinquante ans. Mais c’est quand même une musique de jeunes et c’est une musique très clivante entre guillemets. Et c’est sûr que les grands médias ils y connaissent rien, et ils vont cataloguer. Et même dans les histoires de rap, de clash, je sais plus qui je voyais, Léa Salamé je crois, elle disait “j’écoutais du rap quand j’étais jeune, j’écoutais NTM, j’écoutais machin”. Mais ça c’est un problème de fou, c’est-à-dire que la musique tu peux en parler, j’ai l’impression, quand t’es dedans et que tu la vis. Mais il y a pas mal de gens qui ont maintenant la trentaine, que ce soit dans le rap ou ailleurs, ils disent toujours: “ce que j’écoutais moi, c’était trop bien, maintenant c’est nul“. Mais en fait ils ont tort, parce que c’est juste qu’ils ont arrêté d’écouter et de se mettre à la page. Comme c’est une musique qui évolue ultra rapidement, si tu arrêtes de suivre les références, au final tu peux vite être perdu. Quand tu regardes les Xxxtentacion, les trucs comme ça, si tu as arrêté d’écouter ne serait-ce qu’il y a deux ans, tu comprends même pas pourquoi un mec comme ça il est connu et pourquoi il a fait des millions de vues.

Qui a produit les sons?

Sur chaque son il y a un beatmaker, King Doudou, qui a bossé avec PNL, Izen, le beatmaker de Retro X, Ian Vandooren, et Osha. Le processus, c’est souvent que j’écris des paroles pendant que le beatmaker fait l’instru, tout se fait sur le moment, j’ai besoin d’être dans le moment présent. Après l’inspiration, c’est selon l’état d’esprit du moment.

Il y a un thème assez présent dans ton album qui est celui de la peur de grandir, et beaucoup de nostalgie

C’est très personnel, mais je pense qu’il y a beaucoup de gens qui sont comme ça aussi. Je suis un peu nostalgique de cette période un peu insouciante. Tu te posais pas de questions, tu jouais aux jeux vidéo, tu étais content, et voilà. Il y a des souvenirs forcément de quand tu étais gosse, et moi c’est ça qui m’inspire. C’est ça qui me touche, donc j’en parle très naturellement.

ça t’inspire plus que les moments joyeux?

On ne va pas se mentir, c’est plus dur de faire une chanson joyeuse et de pas être dans le niais, que de faire une chanson triste. Il y a aussi de ça, vu que t’es dans le confort quand t’es dans les sentiments positifs, je trouve que c’est moins puissant comme sentiment. C’est horrible ce que je dis, mais c’est beaucoup plus puissant d’apprendre un décès, plutôt que d’apprendre que tu as réussi je sais pas quoi. Si tu mets dans la balance, au niveau des émotions, c’est plus puissant.

Dans une interview, tu disais que t’es assez blasé dans la vie en général. Tu l’es toujours autant?

J’essaye de moins l’être, parce qu’au bout d’un moment, c’est chiant. Je vais avoir plus tendance à oublier les bonnes choses, ou à regretter de pas les avoir vécues comme je voulais. Et ça revient à ce qu’on disait sur la nostalgie, j’ai plus de mal à kiffer le moment présent. C’est toujours après coup que je me dis “ah oui c’était bien quand même

Dans “Matador”, tu chantes “est-ce que tu m’aimerais si j’étais normal? ” Qu’est-ce que tu entends par “normal“, c’est quoi pour toi la normalité?

La normalité, c’est ce que j’essaye de fuir en fait. C’est con ça m’angoisse en fait, tout ce qui est avoir un boulot normal, avoir des amis normaux, avoir une copine normale (rires) . Je sais pas comment dire, mais tout ça, ça m’angoisse un peu, d’être comme les autres en fait, c’est vraiment quelque chose qui me fait peur. C’est presque maladif, parce que tu peux vite rater ta vie, en réfléchissant comme ça. C’est-à-dire que tu ne vas pas faire tel boulot, parce que c’est pas possible, c’est compliqué quoi.

Tu es en recherche d’anticonformisme, un peu?

Oui, c’est un peu ça. Peut-être de reconnaissance, aussi, c’est fort probable. Mais c’est sûr que d’essayer de vivre de la musique et de faire ça, c’est un moyen de dire: “fuck, j’ai pas besoin de faire comme vous”, tu vois? ça ne veut pas dire que je vais y arriver, mais je réagis comme ça, quoi.

Et comment tu fais le lien avec “est-ce que tu m’aimerais si j’étais normal”?

En fait, c’est presque se parler à soi-même, est-ce que je m’aimerais si j’étais normal? ça veut dire ça aussi. Je me parle un peu à moi-même, et je parle aussi aux gens que je connais, parce que les gens ils t’aiment pour ce que tu es. Vu que je fais tout pour ne pas l’être, cette angoisse me fait poser cette question. Est-ce que la normalité te suffit à être aimé? La réponse est bien sûr oui, mais moi j’ai du mal à me le dire.

 C’est l’envie de briller aussi, qu’il faut avoir pour être artiste, se mettre en scène, c’est sortir de la normalité, ce n’est pas naturel.

C’est clair. Et du coup, pour revenir à ce qu’on disait tout à l’heure, le fait de toujours être blasé, et bien, même si tu commences à prier ou faire je sais pas quoi, il y a toujours un côté où tu en veux toujours plus et tu ne seras jamais content. Donc au final c’est une espèce de cercle vicieux sans fin, cet état d’esprit.

Et Parker Lewis, dont tu as donné le nom à un titre, ça t’évoque quoi?

Parker Lewis, c’est une référence, parce que j’ai pensé à quand j’étais petit, que j’étais devant la télé, et qu’il y avait Parker Lewis. Donc c’est ultra-nostalgique, j’ai vraiment la nostalgie d’être à cet endroit-là, en fait ça veut dire que je vais retourner en enfance. Il y a une deuxième référence dans ce morceau, quand je dis “je me sens comme Van Damme sans l’actrice”, c’est quelque chose d’un peu flou, mais pareil, je pense que ça nous rappelle tous plus ou moins quand on était gosse. ça évoque vraiment quelque chose de confortable pour moi.