« Free Smoke » (Drake), « Without You » (Anderson .Paak) et « DUCKWORTH. » (Kendrick Lamar) ont en commun de s’appuyer sur des samples de Hiatus Kaiyote, groupe australien mené par sa chanteuse et guitariste Nai Palm. Celle-ci vient de dévoiler son premier album solo Needle Paw où sa voix est seulement accompagnée par sa guitare pour un résultat envoutant.

Dans Apocalyspe Now, le Lieutenant-Colonel Killgore déclarait « adorer l’odeur du napalm au petit matin ». Nous on préfère entendre la voix de Nai Palm au petit matin. Et pour cause, sa voix est magnétique. Nai Palm est la front girl du groupe de neo-soul Hiatus Kaiyote. Le groupe a à son actif deux albums : Tawk Tomahawk (2012) qui leur a permis d’être nominé aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleure Performance R&B pour le morceau « Nakamarra » avec Q-Tip et Choose Your Weapon un des meilleurs albums de 2015 (si l’on réfère à la note de 87/100 sur Metacritic). Ce dernier est un condensé de groove mêlant neo-soul, R&B, jazz, funk, future beat, electro et hip-hop. Un projet dans la droite lignée des productions Soulquarians. De nouveau, un des titres, « Breathing Underwater » sera nominé aux Grammys en 2016 dans la catégorie Meilleure performance R&B. Ce double coup de projecteur leur a permis plus de visibilité. Et c’est justifié à la vue du talent des musiciens et de la qualité vocale de Nai Palm.

Elle va emmener cette qualité sur un premier album intimiste mêlant réinterprétations de morceaux de Hiatus Kaiyote, compositions inédites et covers de Jimi Hendrix, David Bowie et Radiohead. En ce qui concerne les réinterprétations de HK, le challenge était de faire disparaitre l’instrumentation géniale et les rythmes complexes au détriment de sa guitare seule et d’arrangements vocaux denses. Le résultat est réussi même si cela peut manquer de punch à certains moments comme sur « Atari », un des titres les plus rythmés de CYW. Elle contrebalance ce manque avec la qualité orchestrale de ses arrangements vocaux qui donnent le relief nécessaire.

Sur les compositions inédites, six au total, son discours est plus sincère, elle parle d’amour, de nature, d’animaux seule ou accompagné du chanteur aborigène Jason Gurruwiwi sur l’intro et l’outro. C’est sur ces morceaux qu’elle est la plus vulnérable et où les auditeurs pourraient se retrouver. Elle déclarait pour le site Pop Dust par rapport à l’élaboration du disque : « Je voulais juste créer quelque chose qui pourrait être plus dans le contexte d’une berceuse, ou quelque chose de vraiment doux pour tenir les gens dans ces moments de fragilité. »

Enfin sur les covers, elle magnifie “Have You Ever Been (To Electric Ladyland)” de Jimi Hendrix surement son morceau le plus soulful, où Palm fait ressortir cette qualité si souvent délaissée par les observateurs. Mais c’est sur « Blackstar » que l’hommage est encore plus grand. Au départ, le morceau ne devait pas apparaitre sur l’album car la famille de Bowie était contre. Ce n’est qu’après une lettre de Palm et une écoute de l’hommage que l’opération s’est faite.

Needle Paw est un super album d’avant-soul. Un peu à l’image de Blonde de Frank Ocean, le parti-pris vocal au détriment de l’instrumentation fait ressortir toutes les émotions que l’interprète veut partager. C’est doux, onirique et relaxant. Si elle a été validée par Erykah Badu, ?uestlove, Chance the Rapper, Prince et consorts ce n’est pas un hasard, elle le mérite.