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Nous vivons dans un monde étrange.

La crise économique, la spéculation, les chiffres, les batteries des portables qui explosent. Les vols de bijoux, les bombes d’Alep, les 35 heures de Cyril Hanouna. Nous vivons dans un monde étrange. Un monde où des énergumènes idiots, racistes et sexistes font partie intégrante du paysage politique américain, et où, de manière encore plus stupide, on vote pour eux. Un monde où l’on pleure des larmes de haines et où l’on demande justice pour Adama Traoré. Un monde où l’on peut recharger son portable avec la chaleur de son corps, où l’on peut cloner son chien, où l’on peut récréer l’hologramme de Tupac en plein concert…mais où l’on meurt encore du sida.

Nous vivons dans un monde franchement étrange, plutôt surprenant, dans lequel il est plus que jamais essentiel d’apprécier chaque petite chose, la musique, par exemple.

 

Aujourd’hui Ninkimag à eu l’opportunité d’écouter en avant-première l’EP LAPSE de LUTĒCE. Le 4 octobre dernier nous en avions déjà eu un avant-goût avec la sortie du clip “Sans Élan” produit par King Doudou ( PNL, Mad Decent..) et Ian Vandooren (qui a eu l’occasion de nous raconter sa vision de l’art dans un article). Réalisé par Bogus et monté par PIEGE Studios, ce clip s’inscrivait encore une fois dans le parti-pris cinématographique du duo. Entre rêve et réalité, on pouvait suivre les errances de Ian Vandooren et Marty dans une atmosphère contemplative voir post romantique. Les deux rappeurs semblaient poursuivre un idéal perdu dans un univers intemporel.

Que dire de cet EP ?

Lapse c’est 20 minutes, 5 titres inédits de trap planante et atmosphérique. 20 minutes où le temps perd sa définition, où toutes les notions deviennent vagues, où les paroles deviennent reines. Où le tempo lent et planant, la mesure, les bases et le vocodeur s’harmonisent parfaitement pour ne former qu’un tout.

Un tout, justement. Ce qui ressort lors de l’écoute c’est une homogénéité presque dérangeante au début, mais qui finit par faire la force de l’EP. Chaque morceau s’assemble à l’autre pour ne créer qu’une suite logique et construite de messages urbains et enivrants. Une qualité esthétique indéniable, chaque production est délicatement réfléchie. Lapse c’est la peur du temps qui passe, la nostalgie de l’enfance et la contemplation du monde. 20 minutes, c’est ce Lapse de temps qui te permet d’échapper sur le tarmac de ton bureau à ce monde si étrange et surprenant.

Le premier morceau Sans Élan est notre carte d’embarquement. Destination : on ne sait pas trop. Martelant des “Je fuis la scène” durant toute la longueur du refrain, LUTĒCE nous annonce la couleur. Loin de la norme que l’on a l’habitude d’entendre et que l’on nous sert jours et nuits sur les chaines musicales actuelles, LUTĒCE se veut le contre-pied, le contre-courant. Durant le périple musical nous atterrissons sur une Planète, comme le titre du second morceau d’ailleurs. Loin, très loin, nous apprenons à découvrir une planète, un univers unique et mystérieux. Le monde de LUTĒCE. Entre rêve et réalité, poésie et mots crus, LUTĒCE nous transporte dans sa musique, sa vision de l’art. Le voyage est mémorable. Le groupe lyonnais termine par le très abouti J’pars de là. Comme une signature, une confession. A travers cet EP, les rappeurs se livrent sans barrière, à cœur ouvert.

20 minutes, trop courtes.

L’atterrissage est forcé, on en voulait plus.

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Crédit photo © Bogus

Sortie prévue le 24 octobre 2016 sur toutes les plateformes ainsi qu’en gratuit sur le site Haute culture.