Voilà un peu plus de deux années que Marty de Lutèce déverse sa mélancolie sentimentale sur le rap français, avec une musique aérienne à la croisée des genres. Entouré de ses amis et producteurs fétiches, avec son nouvel EP, Cruel été, le Lyonnais demeure lié à son univers tout en proposant une version inédite qui fait écho à la variété française des années 1980. 

“L’été sera cruel, j’espère que tu seras là” (Marty de Lutèce – Cruel été)

C’est avec une ballade onirique d’une grande richesse instrumentale que démarre ce Cruel été. Dessus, Marty dépose sa voix autotunée. En plus de la multitude d’éléments que Schumi1 a su imbriquer tout en créant une harmonie, l’instrument fétiche de Marty, la guitare, habille le morceau. 

Quant à l’inarrêtable producteur et ingénieur du son Schumi1, il coproduit trois morceaux et signe le mastering de cet EP. Une nouvelle collaboration réussie, tant la spatialisation, les effets ainsi que l’équilibre des voix et des instruments apportent du relief à la musique de Marty. Tout en faisant ressortir la touche rétro du projet.

“Tu prends de la distance, comme ça tu me plais,
J’prends de la distance, c’est comme ça que je te plais” (Marty de Lutèce – Brûler)

Mélange de contemporanéité, à travers les effets sur les voix ou dans les compositions, Cruel Eté rend également hommage aux années 80, notamment avec les influences synthwave sur le puissant Brüler. L’unique featuring du projet, produit par Keight000, et qui convie la talentueuse et prometteuse Brö, auteure de l’EP Klaus. Dans un autre registre, Nudes démarre sur un beat hip-hop avant de varier vers une batterie plus groovy. Dessus, une basse vient s’appuyer, tout en jouant sur les contretemps, apportant à la fois de la souplesse et renforçant la sensation de groove. 

“Tous les jours j’ai envie d’te lécher ouais, j’veux mon ice cream” (Marty de Lutèce – Ice Cream)

Tout au long du projet se développe une musicalité qui, portée par le mélange d’influences, surprend continuellement tout en gardant sa touche rétro 2.0. A l’instar du morceau qui fait office d’interlude dans l’EP, Ice Cream. La saturation appliquée à la voix de Marty transcende et donne une nouvelle dimension à l’instrumentale qui démarre et se conclut avec davantage de douceur. 

 “Toi tu crois qu’j’suis sûr de moi
J’regarde le monde tu crois qu’j’suis sur le toît” (Marty de Lutèce – OK BOSS)

Si sur la majeure partie du projet, Marty entonne ses thèmes favoris (les relations sentimentales, le désir et ses paradoxes), il évoque également l’accomplissement de soi et l’affirmation vis-à-vis des autres sur le profond et langoureux OK BOSS, qu’il a coproduit avec Schumi1. Avant de revenir à une introspection sentimentale sur la basse résolument funk de Tout est Fake, signée King Doudou. Arborant une plume évasive et poétique, Marty parvient également à apporter un côté plus incisif sur ce projet en ponctuant ses textes d’images fortes.  

Au fur et à mesure des projets, Marty de Lutèce apporte de plus en plus de personnalité à sa musique. Sans trahir son identité artistique, il apporte une touche solaire et élargit son univers en le mariant à la funk, la synthwave ou encore la house. Le tout de manière nuancé afin de brouiller les pistes et délivrer une version contemporaine de toutes ces influences. Peu importe la température, l’été sera cruel.