Après avoir écumé les scènes de la capitale, le producteur Pehoz s’offre enfin un projet solo, avec un Ep aux allures de bedroom beat qui sent bon le fait maison, entre quatre murs et rien d’autre, juste lui et son matos, comme outil de production. Quatorze minutes et seize secondes plus tard, la messe est dite, intrigué par une compo calibrée sur de l’instrumental, “Karma.inspire prt1” nous amène dans un huis-clos musical tout rebondissant à l’influence Slum Village et mister Dilla, qui sort des sentiers battus un peu à la manière d’un Knxwledge. Un joyeux concept chaleureux, dédié à la célébration des notes avec une certaine densité, qui prend parfois une forme quasi orchestrale en jouant sur la modulation des mélodies, offrant un vaste chant de jeux pour l’auditeur assez sensible à un genre un peu moins en vogue médiatiquement parlant ces derniers temps : la beat scene qui pourtant ne manque de talent.

Une aventure sonore un peu fragmentée et éclectique, piochant le classique électro, jazz, poussant même l’inspiration jusque dans la production rap français des premières années et les arrangements japonais. Une certaine dextérité qui laisse entrevoir de bons moments passés en live à voir le maestro taper avec les doigts en feu sur son pad pour faire bouger la foule et ambiancer la salle. Placé au centre de ces rythmiques, Pehoz expose son feeling et son bon goût dédié à la résurrection de l’esprit du make my myself sans sourciller, qui a au moins l’avantage d’offrir une trêve syndicale à nos neurones déjà sérieusement sollicités de toute part par le mauvais karma qui nous entoure, dictée par la logique du flux incessant de musiques journalières.

Atypique avec un grand A, comme les lettres C et D de creat-digger, le producteur parisien moule une identité multi-instrumentiste qu’on a plaisir à écouter, délaissé de tout featuring ou toute collaboration, ni même de tout banger. Ce face-à- face musical est plutôt bien affuté, prompt à marquer les esprits de nerd que nous sommes. Du déjà-vu ? Oui, mais du cousu main, qui sans être l’une de ces grosses artilleries lourdes qui vous coupent le souffle, est plutôt l’un de ces projets discrets qui vous tombent dessus sans crier gare et finissent par vous suivre partout où vous allez.