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“Aimons modérément; le trop vif arrive aussi tard que le trop lent.

 

Aimer et modération…foutaise, oxymore, foutage de gueule version 16ème siècle, avoue Shakespeare tu voulais te donner un air de pur-loveur, de bonhomme qui contrôle ses sentiments genre mec inaccessible du ter-ter en écrivant ces mots, le mec de rue dans un survêtement D&G, sinon je vois pas comment. C’est vrai comment aimer modérément dans ce monde ? Comment contrôler les fonctions de ton organe vital dans cette société où ton cœur est en surchauffe, 125 degrés au calme ? où tu tombes amoureux toutes les 5 secondes dans la rue/en soirée/à la bibliothèque/dans le métro ? Non la modération ne rime pas avec les sentiments, les sentiments tu les caches en baissant la tète entre l’arrêt Perrache et Hôtel de Ville, mais tu ne les régule pas… et c’est un peu pourquoi lorsque Rihanna a sorti son huitième album “Anti” mon cœur était en palpitation extrême.

J’apprends la nouvelle. La jeune ado prépubère qui passait des heures devant le miroir à se prendre pour une Bad Girl sur Umbrella et qui pleurait ses premières peines de cœur sur Unfaithful se réveille. Animée par l’ancienne force de mes 14 ans je fouille Internet. Je scrute tous les recoins, même les plus poussiéreux. Je le trouve. Mon cœur explose en apprenant qu’il est disponible gratuitement sur Tidal. Je télécharge. Première écoute. Rien. Deuxième écoute. Toujours rien. Troisième écoute. Non rien du tout.

 

Bad Girl, where are you ?!

 

Rien du tout. Pas de coup de cœur. Pas de choc puissant. Pas de “Waouuuuuuh c’est de la bombe !“, pas d’excès, pas d’overdose, pas de chamboulement de vie. Rien. Rien du tout. Pas de refrains fédérateurs, pas de gros beats qui tachent, pas de futurs hits retourneurs de pistes de danse… Où est passé ton panache Riri ?

 

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“Aimons modérément; le trop vif arrive aussi tard que le trop lent.”

 

Alors oui force est de constater que Rihanna nous offre une bien belle démonstration de sa voix. Il en devient même agréable de découvrir le timbre époustouflant qu’on avait tendance à négliger de la chanteuse sur Same Ol Mistakes, reprise de Tame Impala. Il faut également reconnaître que la diva nous livre un album hors du temps et hors de ses convenances. Avec ANTI, elle innove, expérimente, sonde ce qui se cache sous sa musique. À l’instar d’une Miley Cyrus, Rihanna sort des sentiers qu’elle a battus et rebattus.

La chanteuse nous dévoile une nouvelle facette d’elle. Débarrassée du superflu, elle se révèle sensible sur Never Ending, où sa voix est enfin mise en valeur sans effet ni vocoder. Sur Love On The Brian, elle emprunte plus clairement un virage soûl qui lui va à ravir. Les crépitements vintage continuent sur Higher avant que la chanteuse aille se blottir dans les accords de piano du sentimental Close To You.

 

“Aimons modérément; le trop vif arrive aussi tard que le trop lent.”

 

Serait-ce donc là que résiderait toute la force d’Anti ? La volonté de passer à autre chose, de montrer que la belle a changé. 3 ans après Unapologetic, pendant que tu étais occupé à écouter France Inter en pensant à comment tuer tes potes au Monopoly, Rihanna n’a pas chaumé: tournée mondiale, disques, collaborations, coup de peps à la marque Puma, lovestory avec Travis Scott…la chanteuse a grandi, sa musique a mûri et elle nous le fait comprendre. Anti ne serait donc pas tout simplement le signe précurseur d’un changement de cap artistique ?
Alors véritable album ? ou triste échec ? Quoi qu’il en soit inutile de tourner en rond, Rihanna réussit à éveiller en nous de vives émotions, et rien que pour ça, on serait tenté de classer l’album dans la première catégorie. Pas toi?

 

“Aimons modérément; le trop vif arrive aussi tard que le trop lent.”

 

Repose en paix Shakespeare !