Comme pour éviter d’être trop rapidement rangé dans la catégorie “nostalgique des nineties”, Prince Waly, moitié du groupe Big Budha Cheez, propose à chaque projet un visage évolutif, sans rupture radicale pour autant. Entre les albums de Big Budha Cheez et sa première escapade solo avec Myth Syzer (le très bon Junior, sorti en 2016), on a pu entendre le prince poser ses rimes sur des sons variés. Un éventail de sons aussi large que le spectre séparant le “time-bombesque “Rally” du soulful Murphy Dog, sur le dernier opus de Big BudhaEpicerie coréenne. Côté lyrics, un fil directeur : des story-tellings truffés de références cinématographiques, de David Lynch à Scorsese, en passant par Tarantino, comme sur l’excellent “Marcellus Wallace”, qui a ouvert son nouvel EP, BO Y Z, sorti le 18 janvier. Il nous fallait discuter avec Prince Waly, histoire qu’il nous livre deux trois points-clés sur ce nouveau projet.

Comme équipé d’un tamis cinématographique, Prince Waly nous plonge une nouvelle fois dans des histoires où il livre peu de lui-même, si ce n’est par bribes. Ce qui n’empêche pas de donner du souffle à ses récits, toujours rappés avec un flow impeccable. En point d’orgue du ep, un titre avec Feu! Chatterton, groupe de rock assez peu connu dans le rap français, laisse entrevoir d’autres horizons à la musique du montreuillois. Un titre d’une beauté singulière, qui n’a semble-t-il pas plu à tout le monde. Bien sûr que les goûts et les couleurs se discutent, mais à trop forcer le trait de sa charge, la critique devient parfois insignifiante, un peu comme Yann Moix face à Nekfeu, ratant sa cible par méconnaissance de la diversité du rap. A moins qu’on soit dans l’humour, ou dans le clic (et ce n’est pas ce bon vieux Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord qui nous contredira).

On a pourtant là un croisement rap/chanson qui a certainement plus de tenue qu’un De Palmas/Passi ou qu’un Booba/Christine and the Queens. En somme, loin d’être une faute de goût, “BO Y Z” clôt l’ep de belle manière, et mérite toute votre attention. Evolutif, il est à l’image du travail de Prince Waly. Peut-être parce qu’il navigue entre différentes générations, les fameuses “Y” et “Z”, Prince Waly parvient à mêler harmonieusement son flow avec les mélopées de Feu! Chatterton. On n’y entend pas tellement de compromissions, mais un canevas qui respecte l’univers de chacun des deux artistes. Sur le reste du projet, Waly croise la rime avec de nombreux invités, pas moins de six sur les neuf titres. Difficile d’en nommer un ou deux, tant leur qualité est homogène. A chacun de se faire son idée, et même son ciné.

 

NinkiMag : Comment est né ce nouveau projet?

Prince Waly : J’ai commencé à l’élaborer il y a environ neuf mois.

Donc à peu près au moment de la sortie d’Epicerie coréenne, le dernier projet de Big Budha Cheez?

Deux mois après, j’ai commencé à le bosser. Pendant deux ans, je me suis bien focus sur le groupe “Big Budha Cheez”, et là c’était l’occasion de me concentrer sur du Prince Waly. Et c’est là où j’ai commencé à élaborer le projet, à me mettre des directions, savoir ce que je voulais faire, et cetera. C’est comme ça qu’est née l’idée de construire un EP solo.

On aperçoit toujours ton acolyte Fiasko Proximo, dans les visuels et sur scène. Est-ce qu’il intervient sur ce disque, sur le son?

Non, car sur ce projet je voulais vraiment m’émanciper, et que ce soit vraiment du Prince Waly. Pas Prince Waly/Big Budha Cheez, ni Prince Waly avec Myth Syzer ou Bon Gamin, je voulais vraiment que ce soit du Prince Waly tout court.

Mais Big Budha Cheez, c’est pas fini pour autant?

Non, certainement pas. Chacun se focus sur ses projets, Fiasko continue à faire ses trucs, et moi aussi. Big Budha Cheez c’est jusqu’à la mort, ça s’arrêtera jamais.

Tu avais la volonté de te démarquer musicalement par rapport à Big Budha Cheez, de trouver ta propre couleur à toi?

Totalement. Je voulais partir sur quelque chose qui me ressemble plus, aujourd’hui surtout. Parce que Junior est sorti il y a déjà trois ans, en 2016, et je voulais repartir sur quelque chose qui me ressemble aujourd’hui. Sachant que j’ai de nouvelles influences, je connais de nouvelles personnes, j’ai vu de nouvelles choses.

Ce que tu écoutes au quotidien, ça a pu changer, depuis trois ans?

C’est totalement ça. C’est plus varié, plus actuel, des choses que je kiffe, et je pense que ça se ressent dans la musique que je livre aujourd’hui.

D’ailleurs, tu chantes pour la première fois, ou presque.

En fait non, et c’est pas la première fois. J’avais sorti un morceau en featuring avec Enchantée Julia (“45 tours”), où je chante vraiment. Et c’est elle qui m’a mis le pied à l’étrier. On a commencé à travailler là-dessus, elle était persuadée que je pouvais chanter. On s’est dit “let’s go”, j’adore la chanson mais j’avais jamais vraiment osé en faire, je ne pensais pas avoir les capacités pour.

Comment est-ce que vous vous êtes connus?

Via la musique. Elle avait écouté Junior, elle avait adoré. On s’est connecté, on a vu que le feeling était cool, et c’est là qu’on a commencé à travailler nos morceaux. Et du coup c’est elle qui m’a appris à chanter, en gros.

Du coup ça s’est étalé sur plusieurs mois, en même temps que l’enregistrement de ton projet?

Il y a eu des périodes compliquées, où je n’étais plus trop dedans, je faisais plus trop de sons. J’avais un peu lâché l’affaire, il y avait comme un blocage, et depuis, ça roule, et là je suis sur déjà sur un deuxième projet en fait. Il devrait arriver vers juin, et le but c’est vraiment d’être productif et de partager un maximum avec les gens, la musique.

Il y a des featurings qui sont bien connus, comme Alpha Wann ou Triplego. Mais il y a aussi un featuring plus surprenant, celui avec Feu! Chatterton, qui est un groupe assez peu connu dans le public rap. Tu les as connus comment?

Le chanteur, Arthur, était venu me voir à ma release party en 2016, au Petit Bain. On a été mis en contact, et ensuite c’était quelque chose de logique pour moi. Je suis très ouvert d’esprit, j’adore la musique en général. Et ça me paraissait être un bon début pour faire évoluer ma musique, de collaborer avec Feu! Chatterton. Ils m’ont beaucoup appris, travailler avec eux a été vraiment enrichissant.

Qui a fait la production musicale de ce morceau?

Saintard est à la base du morceau, ainsi que des membres du groupe qui ont fait des arrangements dessus.

Crédits photo: Kopeto

Le nom du projet, “BO Y Z”, qu’est-ce qu’il signifie?

En fait “BO Y Z”, c’est avant tout quelque chose qui me ressemble. Et du coup, je voulais qu’il soit vraiment partagé. Ce n’est pas un projet vraiment qui m’appartient, il appartient à tout le monde. Je voulais qu’il soit vraiment intergénérationnel, c’est pour ça que je laisse un espace entre le “BO” et le “Y”, et le “Z”. Parce que moi je suis de la génération Y, et après c’est la génération Z. Et du coup je me dis que ce projet-là peut très bien parler à des mecs comme moi, à des mecs plus vieux et à des mecs plus jeunes.

Ok, c’est la bande originale des générations Y et Z.

Et je dis dans un son: “ma vie un film, on fait la BO en YZ”. On vit nos vies à fond, quoi, et le but c’est de ne pas avoir de regrets.

Il y a beaucoup de featurings sur ce projet (sur six des neuf titres) . Comment tu comptes t’y prendre sur scène?

Pour une release party, il y aura tous les artistes présents sur le projet. Mais ensuite, les sons tu les adaptes sur scène, tout simplement. Tu fais des edits, ou tu amènes des invités différents à chaque fois, il y a plein de solutions.

Tu as une tournée qui est prévue pour défendre ce projet?

Une tournée je sais pas, mais je sais qu’il y aura plusieurs dates. Et il y aura des invités, des surprises, il y aura plein de choses

Avec Alpha Wann, ce qui vous réunit, est-ce que c’est avant tout l’amour de la belle sape?

(rire) Avant tout, je pense que c’est le rap. Avant tout c’est l’amour pour le texte, l’amour pour l’écriture, l’amour pour la qualité surtout. Je pense que c’est un mec qui réfléchit énormément et qui surtout, s’il est pas satisfait, il ne sort pas le truc. Je suis un peu comme ça, c’est un mec qui choisit énormément, qui a bon goût. J’estime avoir bon goût aussi, du coup on se rejoint, et ça semble juste évident notre collaboration.

Ça t’a fait plaisir du coup, quand tu l’as entendu rapper “laisse-moi rapper comme Lavokato ou Prince Waly” sur “Ça va ensemble”?

J’étais le plus heureux, quand t’es validé par un big gars comme ça, c’est quelque chose de très gros tu vois. Sachant qu’il ne fait pas de featurings aussi dans son album, et qu’il apparaisse sur mon projet, c’est quelque chose de très très lourd

Et pour la première fois, t’as une cover qui a été réalisée par Fifou.

Ouais, c’est comme si t’étais validé, en gros. C’est une très belle expérience. C’est quelqu’un avec qui j’apprends beaucoup, qui me conseille énormément. Plus que la cover, c’est quelqu’un avec qui j’ai vraiment créé une forte relation, et franchement, c’est quelqu’un de très bon, de très humain. C’est un peu comme Valentin Petit, le réalisateur de Marsellus Wallace, c’est quelqu’un avec qui j’ai une bonne relation.

Tu t’adresses souvent à tes parents dans tes sons. Est-ce qu’ils écoutent ta musique ?

Non, ils écoutent pas. C’est vrai que je m’adresse à eux, un peu comme si je leur parlais via mes sons. C’est vrai que je parle beaucoup d’eux, et je te cache pas que dans le prochain projet, ce sera encore plus poussé, plus personnel.

C’est peut-être la partie la plus personnelle dans tes sons, non? parce que tu parles assez peu de toi directement, finalement.

C’est vrai que le côté personnel, c’est vraiment pour eux, et que j’ai un peu de mal à parler de moi directement.

Ou alors c’est des petites phrases de quelques mots, j’ai l’impression. Par exemple à un moment, tu évoques le fait d’avoir frôlé la maladie

C’est ça, c’est très subtil en fait. C’est des phrases qu’il faut choper. Même dans le son “BO Y Z” avec Feu! Chatterton, en fait je passe par l’histoire d’un petit garçon, en vrai c’est de moi dont je parle.

Tu fais référence au film “Moonlight”, c’est ça?

Exactement. Nos vies ne sont pas similaires, mais je peux me mettre à la place du petit gars, je peux ressentir ce qu’il ressent. En fait c’est ça, je fais passer ma vie à travers la sienne.

Une dernière question. Avec quel beatmaker tu aurais rêvé de collaborer?

Le beatmaker qui fait la plupart des sons de Travis Scott, mais je ne sais plus comment il s’appelle. Sinon il y en a pas mal, mais si je dois dire un nom, je sais pas si on le compte comme beatmaker, mais je dirais Quincy Jones.

Et un featuring rêvé, Michael Jackson du coup?

Exactement (rires)