Grosse dose d’egotrip et de substances enivrantes, découpages d’instrus avec de grosses basses et mélodies autotunés, c’est la recette délivrée par JMKS (du collectif Summum Klan) et Dil (du collectif Money Maker Clan) sur JD à l’occasion d’un jour très spécial, le 4/20. Ce onze titres trap, bourré d’invités gravitant autour de la scène Lyonzon, marque encore plus l’alchimie qui semble exister entre les deux rappeurs marseillais.

Les quatre premiers morceaux de la mixtape développent une atmosphère mélodieuse, mais chacun d’une manière différente : les éléments de batterie West Coast utilisés apportent une touche RnB sur J’attends, tout comme les passages chantés où la voix est mise en avant ; Signée Lito&Oualds, la mélodie principale de Lundi sous la pluie nous plonge immédiatement dans un univers lunaire et envoûtant grâce à l’utilisation de notes dans des tonalités qui se suivent et se répondent en échos. Quant à Champagne et Dernier Teh, ils mélangent la texture presque RnB et cloud tout en ayant une rythmique plus marquée, que ce soit au niveau de la batterie ou des flows.

A partir de Parachute, seul morceau avec JD à être exempts de featuring, on bascule dans un mood moins planant, plus rugueux et sans artifices. L’instrumentale de Rbnb, sans mélodie ou presque, balancée par le beatmaker plébiscité par Ashe (Lyonzon), GG, confirme la bascule dans un monde plus minimaliste et brutal. Les basses vibrent davantage et les flows percutent encore plus. Véritables kickeurs, Dil et Jmk$ sont tous deux surprenants, biein qu’ils abordent les prod de manière différente. Alors qu’il pose d’une manière plutôt évidente en trap, Dil a une telle interprétation – avec des syllabes très appuyées et pas mal de folie dans les intonations – qu’il rend ses couplets originaux et addictifs. Comme ceux de Jmk$, qui s’attache davantage à trouver des nouveaux flows et placements à l’image de celui qu’il pose sur Rbnb.

“L’argent fait pas l’bonheur, au moins ça m’fera rire”(Dernier Teh – Dil)

Obnubilés par la consommation de drogue et l’argent, des thèmes récurrents en trap, les couplets du duo sont tout de même parcourus de punchlines marrantes et tournures de phrases intéressantes pour affirmer leur supériorité.

Affiliés à la scène soundcloud, les deux rappeurs marseillais ont invité de nombreux artistes issus ou proches de ce mouvement, avec notamment plusieurs membres de Lyonzon, Majdon de Francish Trash ou encore Zeu de Panama Bende. Freestyle Booskxpute est d’ailleurs un morceau destiné à défendre ce mouvement face à Booska-P qui a publié un article dans lequel on peut lire que le mouvement soundcloud est “un phénomène majeur aux US, mais inexistant en France”…

Et pourtant, avec ce projet, Dil et le fils d’Akhenaton rappellent l’importance de ce mouvement en France, notamment en terme d’expérimentation musicale, en étant parmi les plus innovants de la scène rap français. Ils ont poursuivi le développement de l’univers qu’ils ont façonné, allant des ambiances RnB à une trap violente, avec la 808 comme fil rouge. En plus d’affirmer un peu plus leur aisance dans leur domaine, ils continuent à prouver qu’ils ne ressemblent à personne.