Epaulé avec force par Mac Tyer, Rémy est arrivé comme une interrogation dans le le rap français. Y a-t-il toujours autant de place dans le jeu pour un rap donnant la part belle au récit? Si l’on en croit le succès rencontré par “C’est Rémy”, la réponse est clairement positive. Avant son concert à Lyon le 23 novembre, nous avons voulu en savoir plus sur le jeune Albertivillarien. Même si son équipe a oublié de le prévenir de notre appel, il n’en est pas moins à l’aise pour répondre, visiblement déjà rompu à l’exercice. Et ce qui frappe rapidement quand on discute avec lui, c’est sa détermination, qui semble sans failles. Rencontre.

NinkiMag : Tu peux me raconter ton emploi du temps actuel?

Rémy : Il y a pas grand-chose qui change de d’habitude. C’est toujours du studio, de l’écriture, à fond, c’est très important. Après je mène ma petite vie comme d’habitude, le rap il prend pas toute la place dans ma vie non plus, et c’est important qu’il la prenne pas.

Par rapport à ton équilibre personnel, tu veux dire?

Oui, exactement, parce que c’est un travail, on va pas se mentir.

Ton album est sorti en début d’année. Là t’es en période de tournée, ça t’occupe plus particulièrement j’imagine?

Je suis en plein milieu, je suis en train de passer dans toutes les grandes villes de France, mais aussi en Suisse, en Belgique, et ça fait grave plaisir.

Et en quoi ta vie elle a changée par rapport à ça? En interview, tu as déjà dit que tu avais soif d’apprendre, tu dirais que tu apprends en voyageant?

Pour moi apprendre c’est même pas découvrir une ville, c’est plus global que ça je trouve. Nous, quand je dis nous c’est les gens autour de moi, à Aubervilliers, on est pas habitué à voyager. Entre guillemets on n’est pas ouvert d’esprit. C’est quelque chose de normal chez l’humain, s’il voyage pas il ne peut pas être ouvert d’esprit. Il y a que les personnes avec qui il traîne qu’il va trouver normales.

Oui, on dit souvent que les voyages ouvrent l’esprit, ça fait voir d’autres manières de vivre.

Voilà, il y a trois-quatre ans, si tu ne mettais pas un ensemble du Barça ou du truc, t’étais pas comme nous, tu vois? Moi quand j’ai commencé mes tournées j’étais un peu dans ce truc-là. Je restais à l’hôtel, je voulais pas trop sortir, c’était pas chez moi. Et j’ai commencé à m’ouvrir, et en vrai, tu te rends compte que la vie elle s’arrête pas à une cité ou un truc comme ça. Tu apprends comment les gens pensent, comment ils parlent, les mentalités. Parce qu’en vrai on est tous des humains, mais c’est la mentalité qui change. Et c’est très bien de découvrir ça.

Même quand tu restes pas longtemps dans les villes, tu arrives à rencontrer les gens du coin?

Des fois je reste pas longtemps, je repars le soir même. Mais la journée j’ai parlé avec les gens de l’équipe technique, les gens qui sont venus prendre une photo, tu vois ce que je veux dire? Et j’aime bien faire des photos, et être près de mon public maintenant, parce que je me dis que si plus tard ça avance encore pour moi dans le rap, ce sera peut-être moins facile, si je fais des zénith, des trucs comme ça.

“J’ai le temps, t’inquiète même pas”

 

Tu es déjà à un niveau d’exposition qui peut faire envie à de nombreux rappeurs, et même au niveau des écoutes, tu atteins des niveaux assez élevés j’ai l’impression.

Bien sûr, il y a beaucoup de gens qui écoutent, et au niveau des concerts, on a des petites salles super remplies, ça nique tout, c’est vraiment du lourd.

Donc tu te projettes sur la suite, sur une carrière?

Exactement, il faut.

“à Lyon il faut que tu fasses attention, quand tu rappes il faut que tu leur montres vraiment”

D’ailleurs, dans une interview, tu disais que c’était le rap ou rien

Je compte faire une carrière. Si je voulais juste prendre des thunes dans le rap, comme beaucoup pensent, bah frérot, je serai pas comme ça. J’aurai la haine de me lever le matin pour partir en tournée. Alors qu’aujourd’hui je vis de ça, et je me dis qu’il y a que ça qui fait que ma vie elle est différente d’il y a deux-trois ans, avant le rap. C’est ce que j’ai toujours voulu faire. Moi de toute façon c’est la durée, ça ne me dérange pas de pas tout niquer maintenant. J’ai le temps, t’inquiète même pas.

La scène, c’est une continuité naturelle, où tu as essayé de la bosser particulièrement?

Dans le rap et le métier d’artiste, en vrai il y a plusieurs trucs. Il y a le studio, la scène, les clips tout ça. Si tu sais rapper mais que tu fais rien à côté, que tu n’essayes pas de prendre du niveau ou quelque chose, c’est pas bon. A chaque fin de concert, on dit ce qui va bien, ce qui va pas, ce qu’il faut qu’on change, ce qu’il faut qu’on fasse pour que ce soit meilleur. Quand on arrive et qu’on fait les balances d’un concert, là on fait “aujourd’hui on va faire comme ça”. Moi j’essaye de mettre mes spectacles au plus haut, j’essaye, et je vois une évolution comparée à peut-être il y a dix concerts. Moi personnellement je veux que les gens découvrent mon univers, et plus il y aura de la mise en scène, et tu vois qu’il y a un truc professionnel en plus du fait que ça rappe dur pour de vrai. Tu vois, il n’y a pas de play-back dans mes concerts.

Tu vas être en concert à Lyon le 24 novembre, est-ce que tu connais déjà cette ville?

Oui je la connais déjà, et c’est une ville qui ne m’a pas laissé indemne dans mes souvenirs. Aujourd’hui je suis grave pressé d’y retourner. Je t’explique le délire, il y a des gens qui m’avaient dit: ” à Lyon il faut que tu fasses attention, quand tu rappes il faut que tu leur montres vraiment, parce qu’ils ne donnent pas de l’importance à tous les artistes”. Et lors d’un de mes premiers concerts, je rentre sur scène, au début les gens ils étaient tranquilles, et à la fin ils étaient bouillants, tout le monde sautait. On n’était pas beaucoup, on était au Ninkasi, mais c’était très bien. J’ai kiffé, j’ai dit “je reviens, direct”, et c’est pour ça que maintenant je suis très pressé de revenir à Lyon. Comme à Toulouse, où j’ai fait mon premier show “C’est Rémy”. Et j’étais à Toulouse à nouveau la semaine dernière, c’était la deuxième fois, ils m’ont accueilli et ça y est ils sont dans mon coeur. Lyon j’espère que ça le sera aussi, parce qu’en vrai, on a toujours ses villes préférentielles.

Tu as un côté très contemplatif dans tes textes, c’est quelque chose que tu aimes bien dans la vie, observer les gens autour de toi?

Oui, j’analyse beaucoup les gens depuis que je suis petit. Juste la manière de parler ou de marcher, tu vois. Je me donne une première image dans ma tête, et si après je suis amené à parler à la personne, je valide ou pas. Et souvent je me rends compte que j’avais raison (rires) . Parce qu’en vrai, même au niveau de la mentalité, dans mon quartier, on est vraiment des gens qui se mélangent pas, mais pour de vrai tu vois. Je me suis jamais mélangé dans la vie, je me mélange vraiment pas. Je suis avec mon équipe, c’est comme ça dans ma mentalité normalement.

Tu veux dire que tu as un cercle d’amis assez resserré, mais que tu te fais rarement des nouveaux amis proches?

Exactement. Parce que quand tu sais que tes amis les plus dangereux ils ne viennent pas du camp adverse mais du bon camp, tu fais attention.

Ceux que tu vois pas venir?

Voilà, tu les vois pas venir tes amis qui se retournent contre toi, c’est pour ça que je reste avec les vrais, parce que je sais qui ils sont.

Et par rapport au succès public que tu as, est-ce que tu as des nouveaux amis qui apparaissent, du genre intéressé?

Ce genre de personne là, ils ne peuvent pas venir vers moi, parce qu’ils savent comme je suis, et moi je regarde mal les gens frère. C’est pour me protéger, j’ai toujours été comme ça dans ma vie. Je sais pas comment dire, j’ai une attitude pour pas que les gens viennent me parler, entre guillemets. C’est mon passé qui fait que je suis comme ça, mais après, je suis quelqu’un de gentil.

Rémy en concert ce vendredi 23 novembre dans le cadre de la Full Hip-Hop #1 au Cco Jean Pierre Lachaize