2018 est assurément un grand cru pour le rap francophone, marqué par des albums avec une identité artistique forte et cohérente. La capitale des Gaules n’est pas en reste grâce à une scène foisonnante, pointue et innovante en terme de sonorités. Voici la première partie d’un tour d’horizon qui se déclinera en deux. #Lyonsurlacarte 

Majdon Co. – Sun7event Vol. 1

Sorti au début de l’été 2018, ce premier volume ne pouvait pas sortir à une meilleure période. Désormais installé à Genève après avoir vécu à Lyon, le rappeur/beatmaker Majdon a lâché l’EP idéal pour profiter des rayons du soleil. Dès les premières secondes du projet, l’instru signée par l’inarrêtable Izen, qui produit la moitié des sons, propulse l’auditeur au bord de la mer et insuffle un intense sentiment de bien-être. Le refrain chanté par la  voix grave de l’unique featuring, Lucas Oprv, accentue cette sensation. Les morceaux All Day H, Gova de 3eflit et Poudre à Canon se situent dans la même veine que l’introduction. Majdon marmonne des phrases, parfois difficilement compréhensibles, avec sa voix autotunée qui devient presque un instrument à part entière. Entre ses nombreuses références aux substances enivrantes , à l’oseille ou aux hoes, qui lui sont chères, le rappeur de Francis Trash glisse quelques pics sur la nature humaine et sa cupidité. Avant de complètement redescendre sur terre sur le dernier titre, Matrix, et de sombrer dans le cauchemar qu’est la réalité.

Initiative de saison, qui peut s’écouter toute l’année, ce premier volume pose les jalons d’un style de rap apaisant à souhait. Vivement l’été 2019.

Mazoo – AGLTP2

Après six projets solo et des dizaines de singles et featurings, Mazoo a publié son plus long format avec AGLTP2. Avec ce vingt-et-un titres, le membre de Nouvelle Conscience a frappé fort en se classant dans le top iTunes au moment de sa sortie. Tout au long de la tape, il fait ce qu’il sait faire de mieux : balancer son flow lancinant et insaisissable sous fond d’égotrip, de drogue et d’éveil de conscience. Trap énergique et sombre, attitude et basses puissantes côtoient des ambiances plus vaporeuses et mélancoliques tout au long du projet. Le Maz développe également des sonorités plus aériennes, notamment en mêlant sa voix à l’autotune sur Bnvp ou Message, respectivement produits par Phazz et le fidèle Rolla. Ce dernier donne le ton en réalisant la majorité des instrus aux côtés de Lex, Risky Business, Raaash et Gouap qui produisent le reste. Côté feat, la famille est mise à l’honneur avec So Sama, Bushi ou encore Majdon. Le produit est pur, la démarche est sincère et l’énergie est communicative. Alors, quand est-ce que ça pop ?

Marty – NOOB

Marty poursuit sa carrière solo avec une mixtape agrémentée de trois inédits. A la prod on retrouve le beatmaker de Zed Yun Pavarotti, Osha, le prolifique Izen ainsi que l’excellent Schumi1. A la fois céleste et mélancolique, l’atmosphère générale se situe dans la lignée de ce que Marty a su développer jusqu’à présent. Mais, à travers cette compilation, il présente d’autres facettes de son éventail artistique. Notamment avec les belles surprises La fièvre et J’ai rien fait qui sonnent plus rap dans l’interprétation. La pluie, l’été est davantage contemplatif avec une grande place laissée à la poignante instrumentale de Schumi1. La patte de Marty se retrouve clairement sur des titres comme Full Metal ou Jesse James avec une utilisation harmonieuse de l’autotune pour délivrer des textes introspectifs et teintés de spleen. Ces morceaux bénéficient d’une touche de chaleur apportée par les mélodies jouées à la guitare. Fort d’une identité artistique identifiable et originale, Marty n’a rien d’un Noob et offre une mixtape idéale pour affronter les longues nuits d’hiver. En attendant son nouveau projet, courant 2019. GG.

Izen – Cloud 16

Et si l’un des producteurs de l’année était lyonnais ? Izen a multiplié les collaborations et offert son premier véritable album solo avec Cloud 16. Il est composé de quatorze titres dont trois instrus, pour faire plaisir aux kickeurs, et un remix de Lil Pump co-produit avec Kamanugue. Véritable éloge au chill,  avec un univers cloud qui invite au voyage, ce projet témoigne du talent du beatmaker : les beat semblent être en progression perpétuelle avec des éléments sonores qui fleurissent puis disparaissent au fil des mesures. Cette façon de procéder apporte du relief et de la variété aux morceaux. Pour se marier à cette atmosphère douce et aérienne, Izen créé la surprise en invitant Jäde et Sali pour une collaboration à la fois inédite et évidente, tant leur univers mystique colle au sien. Pour le reste on retrouve la crème de ses partenaires habituels avec notamment LeSix qui signe l’un des morceaux les plus marquants du projet, Volontaire, grâce à ses couplets et backs ponctués d’humour. Dans un registre plus sérieux, le morceau Wanderland constitue un savant mélange entre les envolées lyriques d’Iris et le rap désabusé de 8ruki, cristallisant ainsi toute l’âme du projet, entre nostalgie et élévation. Je répète la question : et si l’un des producteurs de l’année était lyonnais ?

Jäde – Clichétape

Aujourd’hui qui peut dire ce qui est du rap et ce qui n’en est pas ? Les frontières entre chanson et rap se confondent davantage chaque jour. Et tant mieux. Ça permet d’intégrer la talentueuse Jäde à cette rétrospective. Originaire de Lyon et installée à Paris, Jäde pratique une savoureuse fusion entre RnB et Soul. Maîtrisant à merveille ses cordes vocales, elle est juste et touchante dans son interprétation. D’autant plus qu’elle possède une subtile plume qui projette des images fortes et ferait pâlir beaucoup de rappeurs. Si le thème de l’amour est son sujet favori, elle l’aborde de manière originale tout en étant poétique et sans être naïve. Avec les producteurs Rolla et Schumi1 aux manettes, on perçoit les influences hip hop et trap dans les instrumentales, notamment dans le choix des batteries. Cela apporte une touche de modernité sans nuire à l’univers éthéré et léger de l’EP. De la même manière, sur la fin de Mauvais garçon l’utilisation de filtres sur sa voix participe à cela. Si la voix du chanteur Loïs amène une touche pop sur Saison, Jäde a préféré s’entourer de rappeurs avec la présence de Lala &ce et Mazoo. Finalement, la chanteuse accouche d’un premier projet cohérent et innovant tout en s’éloignant des clichés habituels. L’amour est mort ? Jäde est née