Voici le second tour d’horizon venant clore la rétrospective du rap lyonnais en 2018. Beatmakers et rappeurs font honneur à la ville. La qualité est présente, mais surtout, la diversité est palpable et promet de belles trajectoires en 2019. #Lyonsurlacarte

Lucio Bukowski x Mani Deïz – Chansons

Quatre ans après leur second EP commun, Lucio Bukowski et Mani Deïz se sont retrouvés pour un album commun. Comme à son habitude, le membre de l’Animalerie développe sa prose pour afficher son anticonformisme. Son propos est appuyé par les atmosphères noires et mélancoliques créées par le beatmaker. Sa recherche de l’équilibre, dans ses productions, lui permet de créer une symbiose entre samples et batterie. Sur Eureka, Le duo qui fuit la mode montre tout de même qu’il sait être actuel tout en conservant son identité artistique. De la même manière, sur Sale putain, Lucio Bukowski dompte l’autotune en en faisant un usage personnel. Comme si sa voix se répercutait dans un long tuyau. Une douceur froide pour cracher son dégoût du rap game. Après cet album, Lucio Bukowski a annoncé faire une pause un moment. Avant de sortir un projet surprise. Il a tellement de choses à raconter, et de tellement de manières différentes, que l’encre de sa plume ne risque pas de sécher.

Vax1 x L’Or Du Commun – Sapiens

Lorsqu’un rappeur de Lyon réalise un album à partir d’instrumentales de producteurs issus des quatre coins de la France, ou au-delà, on intègre malgré tout ce projet à l’histoire de notre chère ville rhodanienne, alors pourquoi ne serait-ce pas réciproque lorsqu’il s’agit d’un beatmaker ? Pour la seconde fois, Vax1 a entièrement produit l’album de l’Or Du Commun, confirmant ainsi l’osmose artistique entre eux. Dans la lignée de Zeppelin, la moitié de Patient Zéro continue à composer et sampler pour obtenir des beats modernes dotées d’une touche organique. Homo Sapiens est imprégné de sonorités chaudes héritées des influences qui ont marquées l’histoire du hip-hop, notamment la soul et le jazz. Le résultat de cette fusion permet au trio de rappeurs d’alterner aisément entre chant et rap. Et avec verve, pour analyser le comportement humain et diffuser un message d’amour. Isha et Romeo Elvis apportent leur contribution avec un énième couplet de haute voltige pour le premier. Si le flow se trouve du côté de BX, la prod est profondément du 6-9 puisque Prison Vide est coproduit avec le lyonnais Paul Boutique. Equilibré en tout point, sur ce projet Vax1 s’exprime autant que Swing, Loxley et Primero. Notamment en réalisant des prods progressives, à l’image d’Antilope, qui atteignent une nouvelle dimension en fin de morceau et semblent pouvoir soigner tous les maux. Fais-toi vacciner.

La Famax – Ô Feeling

Impossible de faire une rétrospective du rap lyonnais 2018 sans citer La Famax. L’un des lyonnais qui affole le plus les compteurs de vue sur Youtube depuis qu’il a balancé ses premiers morceaux, en 2016, sur la chaîne Youtube de son comparse, Vrax. Si certains doutent encore de l’influence de JUL sur l’ensemble du rap, il suffit d’écouter le premier album du rappeur de Saint-Fons pour se rendre compte de son impact.Tempo rapide et kick puissants sont les ingrédients de base utilisés par le producteur Marty Sanchez. Dessus, il créé des mélodies qui restent en tête. S’il prouve qu’il sait rapper sans, La Famax utilise majoritairement l’autotune pour développer ses chansons. L’outil lui sert également à ajouter des lignes de mélodies aux instrus de Marty Sanchez, simplement en prononçant des onomatopées. Plaisirs charnels, vie de quartier et envie d’évasion s’entremêlent tout au long de l’album, principalement sur des airs dansants. Et pour aller plus loin, le rappeur rend hommage à ses origines algériennes en chantant en arabe sur DBA. Un morceau raï jusque dans le choix des instruments et percussions. Tahia El-Djazaïr.

JNGL – Tout vivre

Depuis leur premier album, De l’Herbe à la cendre, trois années se sont écoulées avant que le crew Jungle ressorte un nouvel EP. Pour l’occasion, ils sont revenus avec deux projets, Eau Douce et Tout Vivre, en l’échange de deux voyelles. Cette mise à jour stylistique correspond à un renouvellement artistique. Après avoir fait leurs armes sur des beats hip hop classiques, les cinq membres de JNGL ont travaillé pour se mettre à jour au niveau des sonorités. Les flows techniques de Pers, Lours, Ted et Orphe Double H offrent de la variété à l’auditeur. Du chant à la variation du volume de la voix, tout est maîtrisé. Afin que ces variantes se marient avec les productions d’Exodus, elles sont placées en fonction de l’intensité et du rythme du morceau, à l’image de Désappez-les. Les membres de JNGL développent un univers langoureux et introspectif avec des titres comme Dans la nuit. Et bien qu’ils aient exploré de nouvelles voies artistiques, ils ont su revenir à l’essentiel pour conclure leur projet sur une note acoustique : Une ligne de guitare et leur flow. Simple. Basique.

Oster Lapwass – Pense-bête

Si un groupe aurait mérité de placer Lyon sur la carte, c’est bien l’Animalerie. Lyon c’est eux et personne ne le raconte mieux. Même en musique, Oster Lapwass la synthétise mieux que quiconque. Alors que le rythme des sorties de projets s’est accélérée de manière exponentielle ces dernières années, l’équipage détenant les flows les plus originaux de l’hexagone n’a pas suivi la cadence, mis à part Lucio Bukowski. Si Oster Lapwass est aux manettes, cet album résonne comme s’il s’agissait de celui du collectif, tant l’alchimie fonctionne. Chacun donne le meilleur de soi en terme de texte et d’interprétation.Y compris les nouveaux venus, Mounir et Azz. Ce dernier prouve que les rappeurs connaissent d’autres personnages que Jon Snow en offrant d’ailleurs l’un des meilleurs morceaux référençant Game of Thrones avec Jaquen H’ghar.

Éclectique, l’art d’Oster Lapwass se situe entre tradition et innovation. Son amour de la musique se ressent à travers le savoureux mélange d’influences qu’il offre tout au long de son album. S’il teinte ses morceaux, trap ou boom-bap, d’électro, de chanson française et de trip hop, il n’hésite pas à rendre hommage à sa terre de Funk avec Lyonnaiseries ou à Brassens avec le rapide interlude guitare/voix offert par Marius B. Il offre un beat aux accents UK Garage à Hakan et se permet même un closing house co-produit avec Baptiste. A la fin de ce voyage dans l’univers d’Oster Lapwass et son Animalerie, une sorte de gros bordel harmonieux, on ne peut s’empêcher de regretter les paroles du beatmaker qui annonçait la fin du collectif lors de son interview chez Nova Lyon en décembre dernier. En espérant qu’il ne s’agit que d’un au revoir…

Loin d’être exhaustive, bien qu’elle cristallise la diversité du rap lyonnais, cette rétrospective ne mentionne pas les projets déjà abordés, comme celui de Jorrdeee, ni ceux des rookies 6nueve, Indissociable, May.day ou encore Tiego. Et pour ceux qui ont aimé Jäde, on vous conseille vivement d’aller écouter Vannye qui pratique une soul moderne à la croisée de multiples styles musicaux. Chaque année, Lyon se découvre de nouveaux talents à suivre et leur apport à l’effervescence artistique de la ville est tout aussi important que celui des albums cités. Qu’ils sortent des singles, qu’ils freestylent en open mic, qu’ils travaillent dans l’ombre, ou qu’ils soient simples spectateurs, ils font partie de la scène rap lyonnaise et participent à la stimuler. Chaque personne est nécessaire pour placer Lyon sur la carte. Alors 6-9 la trick comme jamais !