Mista

Je pense que tous les artistes aimeraient avoir sa place. Mista Choc bosse en tant que producteur chez Aftermath Entertainment, le label du légendaire Dr. Dre. Mais comment est-il arrivé “jusqu’en haut” ? tu trouveras cette réponse dans ce long entretien effectué il y a quelques semaines.

 

Peux-tu te présenter un peu, qui est Mista Choc ?

Mon nom de naissance est Mario Johnson connue anciennement sous le nom de Chocolate. J’ai été élevé à Pomona en Californie, la terre des rappeurs de légende comme Above The Law, Kokane, Suga Free et l’ancien champion de boxe Shane Mosley.

Quand as-tu commencé la musique ?

Je suis tombé amoureux de la musique quand j’avais 6 ans, ma mère et deux de mes tantes formaient un groupe de gospel appelé the Evangelistics. J’allais à leurs répétitions et un jour ma tante qui jouait du piano m’a fait m’asseoir et a commencé à m’apprendre les accords gospel, et depuis ce jour je pratique. C’est fou parce que j’ai été à l’église toute ma vie et quand le rap game est venue à moi j’en suis directement tombé amoureux. À l’âge de 11 ans, j’étais dans un groupe que nous avons mis en place avec mon grand frère TJ aka Anthony Johnson qui est le père de Slim The Mobster qui a signé chez Aftermath. À mes 14 ans, j’ai appris tout seul à jouer de la batterie, de la guitare basse et de la guitare acoustique, mais le piano est toujours resté mon premier amour. En 1986, j’ai déménagé à Dallas au Texas pour travailler avec mon père et mon voyage musical vers le rap a commencer quand j’ai rencontré la légende THE D.O.C.

Il ma présenté à une personnalité de la radio locale DJ Dr Rock et une autre personne appelée DJ Earthquake. En 1988 DOC qui avait sorti l’album “No One Can Do It Better” qui est devenu gold en 2 semaines, m’a demandé de revenir en Californie sans savoir que j’étais déjà sur un projet avec le rappeur Vanilla Ice. Une fois ce projet terminé, j’ai déménagé pour vivre avec lui.

À quel moment as-tu intégré le label Death Row ?

Suge Knight et D.O.C ont créé le label Funky Enough record qui était basé à Beverly Hills. À cette période, je produisais et faisais du rap avec un groupe appelé Menace To Society accompagné de mon partenaire DJ T-Lwe de Pleasant Groce Texas (c’était un label avec DJ Quick). On a signé sur le label, on était sur notre nuage et l’on pensait qu’on allait tout déchirer (rire). Juste après avoir enregistré notre album, le label a fermé et nous étions de retour à la case départ. Toutefois nous savions que quelque chose de bon allait arriver et c’est ce qui s’est produit.

Je revois Dre créer des classiques et D.O.C écrire ses morceaux les plus chauds qui seront chantés par tous les ghettos et gamins de quartiers. J’ai aussi vu Snoop Dogg jeune qui freestylait pendant des heures, croyez-moi c’est l’un des rares MC qui pouvait freestyler des tueries tout le temps. Je pense vraiment que toutes les personnes qui ont été affiliées en tant qu’artiste ou producteur à Death Row ont beaucoup appris et ont fait de très bonnes avancées individuellement.

Quels ont-été tes influences musicales ?

Au niveau production: Dr Dre, Howie T, Marly Marl, DJ Pooh, Rick Rubin, Eric Sermon et The bomb Squad

Arrêtons-nous un moment sur ton ancienne carrière de rappeur. Tu as déjà sorti un album intitulé “Life-N-A-Day” ?

Mes compétences en tant que rappeur était naturel parce que j’écrivais des morceaux pour des artistes non signés. Après mon premier hit j’ai été contacté par plusieurs labels majeurs pour enregistrer mon propre album, il me proposait beaucoup d’argent pour “Life N A Day”. J’ai fait mon album en 2 mois uniquement produit par ma personne et quelques-uns des meilleurs compositeurs et producteurs de la west coast. J’ai vendu plus de 86,000 copies, j’ai senti que je pouvais en vendre plus mais j’étais trop occupé sur la production donc je n’ai pas fait de tournée, ni même une bonne promo. Cette expérience m’a appris tellement de choses sur le fait d’être un artiste, si c’était à refaire je le referais.

 

Et ensuite tu as rejoint Aftermath, le plus grand label du monde !

Mon neveu est Slim The Mobster et quand Dr Dre l’a signé sur Aftermath, mon partenaire DJ Silk et moi nous étions ses principaux producteurs. Quand il est arrivé à Aftermath nous étions à toutes ses sessions et un jour on était dans une petite salle de production et pendant que nous créions de la musique, Slim est arrivé et a entendu ce que nous faisions. Il a voulu écrire sur le track et c’est comme cela que le titre est devenue un son pour Detox de Dr Dre “My Diary”. Depuis ce jour nous avons eu une offre que nous ne pouvions refuser, ce fut historique.

Tu travailles avec la légende Dr. Dre !

Travailler au côté de Dr. Dre est le rêve de tout le monde mais il faut être préparé à être coaché par le meilleur de tous les temps. J’ai tellement appris de Dre, comment faire un bon hit, choisir le bon son à incorporer, créer de la musique à partir d’une ou deux mesures. Il fait ressortir le meilleur de chaque personne qu’il approche, j’ai si souvent entendu qu’il ne faisait pas sa propre musique (rire) ; je vais vous dire que Dre n’a besoin de personne pour l’assister, ni pour le manager, c’est un putain de genie ! il engage des musiciens quelques fois mais en réalité il pense que l’on doit les laisser gagner leurs argents et il leur donne la chance de le faire. Il a le cœur d’un lion, c’est un homme généreux, je le respecterais toujours.

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Et son album Detox, il va sortir un jour ?

C’est marrant parce qu’on me demande presque tous les jours si Detox va sortir. Tout ce que je peux dire c’est que Dre n’est pas pressé, si ce n’est pas parfait Detox ne verra pas le jour car c’est un perfectionniste. Quand il sentira que c’est prêt vous le saurez. J’ai entendu tellement de sons possible pour Detox mais seul Dre connait la réponse.

À quoi ressemble une journée type chez Aftermath ?

Une journée type à Aftermath est simple: tu ramènes ton cul au travail et quand la journée est terminée soit sûr d’avoir envoyé le track sur lequel tu travaillais pour montrer ta progression. Si tu n’as pas avancé n’espère pas revenir le jour d’après car Dre dirige Aftermath avec une main de fer. Tout est rapport au business, les moments de plaisir sont sur ton temps pas le sien.

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Quels sont tes projets pour la suite ?

Actuellement je suis sur un accord entre mon label 10 West Music Group et un label major. J’ai 6 artistes signés : Phats Boss, Dirty Birdy, Young Giantz, Lil Tragic, Knucczilla et un rappeur blanc qui est super talentueux, Pistol Pete. Je suis content de travailler avec ces mecs, ils ne font pas ce que tous ces rappeurs font actuellement. Il n’y a plus aucune originalité car tous les rappeurs de nos jours ne semblent pas trop investis dans leur travail. J’abrite de vrais lyricists qui peuvent créer de bons morceaux et travailler dur pour être unique. Quand je les introduirai dans ce monde, je sais qu’ils auront le respect qu’il mérite. Big up à ma music family, 2015 sera une grande année pour mes artistes.

Quels genres de musiques écoutes-tu ?

J’écoute beaucoup d’anciennes musiques parce que les gamins d’aujourd’hui ne me font pas bouger. J’écoute toujours Scarface, Rakim, Biggie, Devin The Dude, Kool G Rap, Public Enemy, Snoop Dogg, Mic Phenom, XV, Sez Batter, Ice Cube, Drake, J Cole, Slim The Mobster, Busta Rhymes et NWA pour en nommé quelques-uns. Je suis vraiment concentré sur les lyrics et la nouvelle vague est triste à voir. Il y a eu tant de grands rappeurs modèles pour ces nouveaux artistes mais ils n’arrivent pas à porter le flambeau.

Justement quelle est ton opinion sur les rappeurs et producteurs actuels ?

Je pense que le nom de “Producteur” devrait se gagner parce que de nos jours tout le monde pense être beatmaker alors qu’ils n’ont aucun concept pour faire un vrai morceau. Tout ce que tu as aujourd’hui, ce sont des beatmakers avec aucun talent ou expérience, ils achètent un PC se mette sur Fruity Loops et pense qu’il vont gagner quelque chose mais tout ce que tu vois dans leurs musiques c’est le néant. C’est juste une tonne de conneries mises sur un beat.

Et les rappeurs n’ont aucune originalité, ils ont tous l’air de rapper depuis quelques mois. Nas avait raison quand il disait “Hiphop is Dead”,  je suis d’accord à 100% notre art est doucement en train de tomber. Si j’avais un conseil pour les artistes qui arrivent, ce serait de retourner écouter les sons des années 80 et 90 pour apprendre la recette d’un vrai hit.

Que penses-tu du renouveau de la West Coast avec le Top Dawg Entertainment ?

Je connais Kendrick et je tiens à dire « Merci Dieu ! » , Schoolboy Q à également prouvé que la west coast a toujours des talents et des créateurs, et il ne faut pas oublier Jay Rock. Ces artistes me font sentir qu’il y’a toujours de l’espoir dans cette industrie, ils prennent leurs propres chemins et montrent ce qu’ils ont à offrir. Je les félicite !

Et la musique française, tu la connais ?

Je ne connais pas la scène hip-hop française même si je sais que le rap est international. Je suis un grand fan des bandes originales de films français car je sample beaucoup de long-métrage du début des années 60 aux années 80. Les instruments et les arrangements sont tellement mélodiques et ont tellement d’âmes. J’aimerais entendre ma musique sur du rap français, ça serait vraiment cool.

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