Youssoupha est un artiste humain, chaleureux, qui ne laisse personne indifférent. Lyricalement reconnu par ses pairs et par son public toujours aussi nombreux, Youssoupha a pris le temps de se livrer pour une interview avec une très grande transparence et générosité. C’est à l’occasion de son concert organisé par High-Lo au Transbordeur (presque plein à craquer) que nous l’avons rencontré le 10 avril dernier.

Bonjour Youssoupha, toi qui évolues depuis maintenant plus de 10 ans sur la scène rap française, que penses-tu de la jeune génération de rappeurs ?

Je pense que c’est quelque chose de sain, c’est vital parce qu’elle réinvente le rap français. C’est une musique qui a été prise pour une mode et dans ce cas précis, il a fallu faire attention de ne pas devenir la caricature de soi-même. Maintenant, le rap français a une belle place dans le hip-hop international, il me semble que l’on est placé en deuxième position et ça c’est grâce aux jeunes, et à leur apport dans le rap. Il y a un nouveau souffle qui est venue, une nouvelle manière de communiquer, de faire de la musique et je trouve cela bien ! j’aime le rap quand il y a un mélange de variété, et de diversité. Le fait qu’il y ait une nouvelle couleur, je trouve ça encore mieux en terme de contraste pour des gens comme moi qui sont issus d’une génération intermédiaire ou pour des anciens.

Il y a très peu de fiction dans tes projets, tu es plus concentré sur le réel, pourquoi et d’où vient ce parti pris ?

C’est ce dont j’arrive à parler le mieux et le plus facilement. Cela fait partie de ma réalité, du moment où j’ai décidé de rapper sous le nom de Youssoupha qui est d’ailleurs mon vrai prénom, j’avais au fond de moi une démarche d’authenticité qui me tenait à cœur, ça ne me rend pas plus vrai que d’autres, ce n’est pas ce que j’ai envie de dire. Il y a d’autres artistes qui sont à l’aise dans leur personnage tel Stromae que j’apprécie, c’est juste que c’est comme ça que je me retrouve. Quand un artiste décide d’utiliser son vrai prénom, il est obligé de coller à sa réalité selon moi.

Sur le titre “M’en Aller”, tu parles d’exil, d’éloignement entre hommes, qu’est-ce que tu as voulu décrire exactement ?

Ce son est hyper ambigu, car à la base je l’avais écrit en arrivant à Abidjan lorsque j’ai déménagé de France pour m’y installer. Au début cela parlait d’un truc social et politique, c’était lorsque Sarkozy se présentait de nouveau pour les élections et que j’avais l’intention de quitter le pays. Je ne voulais pas prendre une instru aussi entrainante pour rapper dessus sur un sujet aussi grave, donc je l’ai allégé. J’ai été pas mal influencé par les flows et les patois à l’ivoirienne et j’en ai fait une histoire ; une fille qui quitte son gars et je me mets dans la peau de cette fille en question. J’ai toujours trouvé que les ivoiriennes avaient beaucoup d’aplomb lorsqu’elles parlaient à leur gars, et j’ai décidé de mettre cela en chanson. D’ailleurs ce titre marche très bien en concert !

Tu dis « C’est toujours plus simple quand on est blanc » sur ton album Polaroïd Experience. Après le succès que tu as rencontré crois-tu toujours que c’est le cas ?

Oui , absolument ! Je ne vais pas mentir, moi j’ai eu de la chance d’avoir de l’exposition, mais c’est valable dans toutes les couches de la société, que ce soit au niveau de la notoriété, de l’exposition médiatique ou bien tout simplement des anonymes qui cherchent du boulot, une école, ou qui sont contrôlés dans leur rapport avec l’administration. C’est un véritable problème et malheureusement une réalité, il y a des facilités quand on est blancs. Maintenant il faut se poser la question en tant que noir ; est-ce que l’on quémande cette égalité ou bien on l’arrache ? moi, j’ai décidé de l’arracher et de passer par d’autres voies. Lorsque je dis «rarement dans leur festival donc on fait des concerts au bled» ça veut dire qu’il y a toujours un palliatif, il est temps de trouver des solutions autres, parce que quémander l’égalité, j’ai l’impression que c’est un peu vain. Elle viendra car je suis optimiste, mais en attendant on ne va pas se laisser mourir donc on trouve d’autres moyens.

Alpha du GROS TAS DE ZIK, a trouvé beaucoup de similitudes avec ton œuvre et celle de l’artiste rap congolais BALOJI, penses-tu collaborer prochainement avec lui ?

J’ai déjà collaboré avec lui sur un remix de l’un de ses titres, c’est un ami dont j’apprécie beaucoup le travail. Le fait peut-être que l’on soit tous les deux congolais. J’apprécie son univers visuel, j’ai partagé une scène avec lui en début d’année, et c’est clair que l’on sera amené à travailler ensemble de nouveau. Il est vraiment très doué.

Par rapport à ton label Bomayé Musik, est-ce que tu laisses une liberté à tes artistes ? 

Ils sont complètement libres, il n’y a aucun intérêt à brider les artistes ou les cadrer. Tu es là pour les accompagner, les protéger, faire en sorte que ça ne déborde pas. Je n’ai aucun intérêt à ce que mes artistes me ressemblent, il y a déjà un Youssoupha, cela ne sert à rien d’en avoir 4 ou 5. On encadre seulement..

Et s’il y en a qui veulent partir ?

Moi je pense que les artistes sont faits pour quitter leur label tôt ou tard, Naza, Keblack, ils finiront par partir, c’est l’ordre des choses. Il est clair qu’ils ne se sont pas créés sans nous, mais après il faut qu’ils partent, c’est la vie. De nombreuses personnes disent que les départs pourraient survenir d’un éventuel conflit. Ils sont paranos par rapport à ça, même dans les couples, ou les enfants quand ils partent de chez toi, les gens attendent des détails concernant ces situations mais je ne comprends pas ce qu’ils veulent exactement. Ils pensent obligatoirement que quelque chose s’est mal passé alors que pas du tout, j’ai l’habitude que les gens s’interrogent, c’est hyper étrange. C’est comme moi avant j’étais chez EMI après j’ai enchainé dans d’autres labels. C’est comme dans tout, imagine un mec qui quitte sa cité, je serais hyper heureux, il ne va pas y rester pour marquer son authenticité ! tout est une question d’évolution, si demain je rencontre une personne que je connais de longue date et qui me dit que je n’ai pas changé, je serai vexé !

La Minute footballistique by Karim

Est-ce que tu penses que Lyon va rattraper le Paris Saint-Germain un jour ?

Financièrement non, parce que le PSG est beaucoup plus puissant de ce côté-là, il y a des actionnaires, mais sur le talent pur ils ne sont pas si loin car Lyon est une très belle équipe. Après il y a quelque chose dans l’environnement du club qui a du mal à fonctionner, cette défiance pour l’entraineur, la communication du président qui est parfois très ambiguë sur Twitter ou sur ses interventions presse, où il perd beaucoup d’énergie, ce qui ternit un peu l’image de son club. Ce que l’on ne peut pas lui enlever c’est son esprit bâtisseur, il a construit un stade, il a eu sept titres d’affilée, il a fait une demi-finale de Ligue des champions, mais du coup l’atmosphère autour de l’O.L est vraiment un peu délétère. L’académie est très forte, donc tout est réuni pour que le club passe à un niveau supérieur mais le président, les problèmes avec l’entraineur, et la frustration des supporters, ne sont pas des bonnes choses. Malheureusement, le club porte le triste titre de club les plus détesté de France, tout le monde est d’accord pour haïr les Lyonnais, mais je trouve qu’ils ne le méritent pas, parce que individuellement il n’y a que des joueurs qui sont fortement appréciés, Ndombele, Fekir, etc…donc voilà, je ne connais pas assez l’équipe pour savoir comment réparer tout ça, mais cela reste hyper étrange.

Remerciements : Julien de High-Lo et son équipe – crédit photo @shotbygabby