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Un de plus ! Les Beatmakers Français sont de plus en plus nombreux à collaborer avec l’Outre-Atlantique. Après son homologue Astronote (avec qui il forme le groupe The Forty Fivers) et sa production pour Kendrick Lamar sur le titre “Untitled”, c’est AAyhasis qui pose son empreinte dans le paysage américain avec une collaboration sur l’album très attendu “90059” de Jay Rock sur le titre “Fly On The Wall” avec Busta Rhymes en guest. Belle entrée en matière !

On a décidé d’aller à sa rencontre pour en savoir plus sur ce producteur en provenance d’Orléans !

 

1. Raconte-nous tes premiers pas dans la production ?

J’ai été vite intrigué par la production, avec un pote on s’organisait pour acheter le max de CDs à l’époque et quand on écoutait un son qui nous blessait on voulait absolument savoir qui l’avait produit. Par la suite un autre pote commençait à tester des logiciels de MAO (musique assistée par ordinateur), il m’a montré comment démarrer et bang c’est devenu ma life parce que d’un seul coup avec ces outils tu n’étais pas obligé d’être un musicien hors pair pour concrétiser tes idées, mettre tes visions en musique devenait accessible.

2. Ton premier souvenir musical ?

Je dirais la B.O de Cosmocats, je devais avoir 4-5 ans. C’était un vinyle qui traînait chez moi avec celui de Ken le survivant ! (rire)

3. Quels artistes t’ont influencé à la fois pour démarrer la musique et dans le style de sons que tu cherches à reproduire ?

J’ai pas mal d’influences, et c’est pour ça je pense que j’aime être éclectique ; la scène californienne est une grosse influence: Snoop, Dre, Dogg Pound, 2Pac, 213, Eastsidaz, Battlecat, DJ Quik… aussi la scène de Détroit surtout Slum Village. J’ai beaucoup saigné les projets de Busta Rhymes qui m’a traumatisé très tôt et très violemment, et pas mal l’école Rawkus mais j’ai aussi une grosse influence RNB/NewSoul avec D’Angelo, Maxwell, l’équipe Soulquarians, Devanté Swing et les artistes de son collectif Da Bassment.

Mon style après je dirais qu’il découle instinctivement de ces influences, je n’essaie pas de reproduire des sons mais plutôt créer des atmosphères, plonger l’auditeur dans une vibe spécifique, de manière générale mon son est assez aérien ou aquatique, c’est vraiment le style que j’essaie de développer.

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4. Ton regard se tourne souvent vers les Etats-Unis. Comment s’est passé ta collaboration avec Jay Rock sur le titre “Fly on the Wall” ? 

Il y a quelques années j’étais rentré en contact avec Ab-Soul via les réseaux sociaux avant que le Top Dawg Entertainment n’explose. On a collaboré sur 2 titres et lors de la première venue de Kendrick Lamar au Bataclan en 2012, j’ai pu capter Kendrick grâce à Dave Free, du coup la team me connaissait un peu.

Peu de temps après je suis rentré en contact avec Dae One, un producteur/MC de Los Angeles (plus particulièrement de Hawthorne) dont j’appréciais vraiment le taff depuis un moment. On a collaboré sur quelques sons, il m’a dit qu’il montait un collectif/label d’artistes et m’a proposé d’en faire partie, j’ai dit oui direct c’était une vraie opportunité. En 2014 je l’ai rencontré à L.A ainsi que d’autres artistes du crew, c’était mortel, vibe et feeling de fou, un vrai déclic artistiquement mais aussi humainement, tu te rends compte que tout est possible là-bas et peut aller très vite.

Depuis avec le frangin Dae One on travaille sur pas mal de prods ensemble, il connait tout le monde à L.A , il est vraiment proche du clan TDE depuis des années et a travaillé avec quasiment tous les artistes du label. Il m’a dit que Jay Rock travaillait sur son album et cherchait des sons, j’étais ultra chaud c’est un MC que j’apprécie vraiment donc on lui a envoyé plusieurs beats et c’est vers le mois de mai qu’on a appris qu’une instru en particulier l’intéressait. Après c’est l’attente parce qu’avec TDE c’est le mystère jusqu’au dernier moment, puis quand j’ai su que c’était validé ce fut génial ; après la listening party Dae me dit qu’il y aura Busta en feat !!! aaaah!! j’ai fait du C-Walk à 6h du mat’ en pyjama, tellement incroyable.

 

5. Ton opinion sur le dernier album de Dr.Dre ?

Une tuerie, un classique, il est incroyable ! Dre est resté authentique et utilise aussi bien des sonorités actuelles que classiques et l’ensemble est extrêmement harmonieux. L’album est annoncé comme une soundtrack et en l’écoutant tu es plongé dans les rues de Compton, entre ride et drames. Le côté cinématique comme dans “Loose Cannons” avec les changements d’ambiance est encore une fois grave poussé, et aussi dans l’interprétation comme dans “Deep Water”, c’est ouf, Dre c’est un Master, il faut que les gens qui ne l’admettent pas se rendent compte, c’est un mentor qui fait ressortir le meilleur de chaque artiste, ou il met toujours des “nouvelles” têtes en avant à leur top, c’est fort.

Beaucoup s’attendaient à autre chose mais bon Dre c’est un visionnaire et un passionné de musique, il ne va pas faire ce qu’il a déjà fait, il cherche à faire des projets intemporels et pour moi c’est encore une fois réussi. À une époque où on est vraiment dans la fast-food musique, je pense que beaucoup ont déjà écouté ce projet plus d’une semaine donc juste ça encore une fois c’est fort.

6. Quelle est ta relation avec Astro et Chilea’s avec qui tu formes le groupe The Forty Fivers ?

Astro et Chilea’s c’est la familia. Il faut savoir qu’à Orléans malgré le fait que ce soit une ville moyenne, proportionnellement il y a vraiment une forte communauté hip-hop avec des activistes qui essaient vraiment de faire avancer le mouvement aussi loin qu’ils puissent. Beaucoup de styles différents dans toutes les disciplines, c’est très riche. J’ai grandi ici et pour moi c’est une chance énorme d’avoir pu croiser le chemin d’Astro et Chilea’s, deux frères de sons. À l’époque j’étais rookie dans le son et Astro était déjà une légende urbaine, son génie était inévitable il avait déjà choqué les locaux comme les visiteurs. On s’est rencontré par hasard Faubourg Bannier pour ceux qui connaissent, on a parlé vite fait il m’a proposé de venir au studio où il taffait chez M’Pilah un pote, le courant est bien passé on avait la même vibe. Trop d’influences communes du coup ils nous ont proposés à Ayssa et moi un pote MC avec qui je travaillais d’intégrer leur collectif Game Hoover composé de 2 producteurs (Astro et moi) et 7 MC’s.

Avec Chilea’s on s’est rencontré plus tard, Astro le connaissait déjà car il bossait pas mal avec Looping un lourd producteur d’Orleans. On se croisait dans différentes manifestations, on évoluait chacun de notre côté mais plus le temps passait et plus le son nous rapprochait et c’est à ce moment qu’on a décidé de créer The Forty Fivers. Travailler sur des morceaux à la cool, sans pression, kiffer la vibe comme à chaque fois, de là est sorti notre projet éponyme il y a presque un an déjà. C’est une chance d’avoir des potes talentueux car l’émulation est grande et ça pousse à la créativité parce que je sais qu’ils créent des bonbons quand je dors (rire). On essaie de se capter aussi souvent que possible, la vie fait que le temps pour la musique peut parfois être restreint mais à chaque fois l’alchimie est là parce qu’on est passionné et que c’est vital.

 

7. Ta collaboration idéale, ce serait avec qui ?

Un Snoop, Kendrick, Q-tip, avec D’Angelo au refrain serait relativement sympathique.

8. Quels sont tes futurs projets ?

Un projet remix devrait bientôt arriver, des collaborations avec Espiiem, A2h, La Niche, et Jazzy Bazz sont en route. Au niveau Outre-Atlantique des choses se préparent aussi mais tant que ce n’est pas sûr je ne m’affole pas! en général tous mes derniers trucs sont sur Soundcloud ou Bandcampsi vous voulez checker c’est avec plaisir que je vous invite à écouter.

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