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Comme tout bon graffeur, avoir un matos efficace (et le moins cher possible) est indispensable. À Lyon, c’est au 81 Store situé 21 Rue des Capucins dans le 1er arrondissement, que ça se passe. Ninki est donc naturellement parti à la rencontre de Flo’, le gérant du shop afin d’en savoir plus sur la boutique et le personnage.

 

Depuis quand la boutique 81 Store existe-t-elle ?

Décembre 2008 (il y a 6 ans), ce n’était pas gagné d’avance mais je suis forcé de constater que maintenant ça ne se passe pas trop mal.

81 store-lyon

Comment as-tu eu envie de créer ce concept ?

J’ai toujours travaillé dans le commerce et je fais parallèlement du graff depuis 1999, donc forcément l’idée d’allier les deux était déjà dans ma tête.

Pour la petite histoire, j’ai fait mes premiers stages en BEP où je bossais chez MD Store à l’époque, c’était le seul shop hip-hop de Lyon. Ça m’a déjà beaucoup donné envie de monter ma boîte, je voyais mes patrons qui avaient 25 ans, qui bossaient à la cool, j’me disais « c’est ça que je veux faire ! ».

J’ai donc fait des études et j’ai toujours bossé dans le commerce ; je bossais pour des boites, magasins un peu importants et je me faisais chier car ce n’était pas mon truc, de plus je sentais bien que dans un job classique, on te presse un peu comme un citron et quand on a plus besoin de toi on te jette à la poubelle, et il y en a 10 qui attendent ta place derrière.

Alors, je me suis dit que ce n’était pas un bon plan de carrière et qu’il fallait mieux que j’essaie de monter ma boîte, pour au moins essayer de me débrouiller tout seul, ce que j’ai réussi à faire en 2008.

Au départ, je voulais monter une galerie d’art, pas vraiment un magasin de graff parce qu’il y a un concurrent qui s’appelle All City qui est assez important, qui avait fait couler le petit magasin de graff qui existait avant (Papy Spray, monté par un ancien graffeur du sud qui était très connu et respecté).

En 2003/2004, All City avait le monopole des shops de graff à Lyon, jusqu’en 2008 et l’apparition d’une nouvelle marque de bombe.

Moi, j’étais dans l’optique de monter une galerie, je ne trouvais pas de locaux, cela a trainé un peu et je me suis dit “pourquoi ne pas ouvrir un magasin de bombe ?”. Ce n’était pas facile car j’étais vraiment le petit poucet , un peu David contre Goliath parce que All City est une chaîne avec 4 magasins, ils ont les reins très solides avec des années d’expérience derrière eux.

Même en jouant le côté local ce n’était pas gagné. Je suis allé en parler justement à Papy parce que c’était forcément la personne la plus légitime pour discuter. En effet, après avoir fermé son premier magasin, il en a ouvert un nouveau rue des Capucins appelée Artoyz. Il m’a vraiment aidé, ouvert son réseau, il m’a donné de bons conseils et m’a fait choper ce local qui était en face du sien parce que c’était super cohérent, les Artoyz avec le graffiti en face.

J’ai eu l’idée en août et le 1er décembre j’étais ouvert, c’est allé très vite.

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Quel a été ton premier graffiti ? (En quelle année ? Où ? Avec qui ?)

Mon premier tag, je l’ai fait en 1993 en banlieue parisienne (je suis lyonnais, j’ai vécu en banlieue parisienne et je suis revenue à lyon). J’avais un pote en cours qui faisait tout le temps des petits “ntm”, des petits bobs, des petits tags de base que tu fais quand t’es gamin.

Moi j’étais à fond dans le basket, je dessinais les logos de la NBA, des équipes etc…on dessinait tout le temps en cours, je trouvais ses dessins chan-m ! je lui ai demandé de me montrer, il n’était pas graffeur non plus.

Un jour on est allé voler une bombe de peinture, on a éclaté notre cage d’escalier, ça nous a bien plu. J’ai continué à en faire un peu, puis j’ai arrêté.

Je suis arrivée à Lyon en 1996, c’était l’époque où Skyrock n’était pas encore premier sur le rap, et pas encore dernier sur le rap maintenant. Le hip-hop était vraiment un milieu de connaisseurs, il fallait avoir la tête dedans pour avoir des infos même si à la fin des années 90’s c’est quand même devenu un truc d’initiés.

En arrivant sur lyon, je suis tombé en cours sur un mec fan de hip-hop. Il touchait un peu à tout (DJ, danse, tags), du coup on s’est mis à faire des tags ensemble. Il a arrêté relativement rapidement, mais moi j’ai continué car j’étais mordu.

Beaucoup de personnes reprochent à Lyon d’être une ville bourgeoise où il ne se passe pas grand-chose. Quel est ton avis là-dessus ?

Je pense que c’est vrai et de moins en moins vrai, donc tant mieux.

J’ai à cœur d’être lyonnais et d’avoir un shop qui participe à pas mal de trucs, je suis content de faire cela parce que les ¾ du temps, les gens qui organisent des choses à Lyon ne sont pas lyonnais d’origine. Cependant depuis 3/4 ans, il y a vraiment une explosion des soirées.

Prenons l’exemple d’un concert rap : avant il y en avait deux par an et quand tu y allais, c’était la guerre. Les mecs arrêtaient de jouer au bout de trois sons, c’était une catastrophe.

Les rues étaient désertes. La rue de la Ré un vendredi soir y’avait pas un chat tu vois, t’avais que des lascars posés sur des bancs, les meufs ne sortaient pas.

Vous, votre génération êtes dans une époque où c’est beaucoup plus ouvert. Je pense qu’il y a deux, trois phénomènes qui ont contribué à ce renouveau. Tout d’abord les Nuits Sonores, qui ont vraiment impacter sur la vie nocturne lyonnaise, le festival l’Original, et l’arrivée des Velo’v. Ce nouveau moyen de locomotion a changé beaucoup de chose pour la vie nocturne des lyonnais, il leur a permis de sortir après minuit, après le métro, ce qui a modifié leur comportement pour les soirées.

Il y a plein de gens qui se lancent dans l’organisation de soirées, il y a également des concerts rap toutes les semaines, limite tous les soirs. Les expos et les vernissages ont également développé un grand courant artistique à Lyon, ça fait plaisir car on revient de loin.

 

Quel regard portes-tu sur la culture graffiti locale ?

Le milieu n’est pas très grand, les gens se connaissent un peu tous, d’un œil extérieur on m’a dit plusieurs fois qu’il y a une scène assez qualitative. C’est-à-dire qu’il n’y a pas vraiment de la quantité à outrance par contre c’est assez « quali» au niveau des prods dans la rue. Tant mieux cela donne une bonne image.

Les gens se connaissent, l’ambiance est assez cool, différente de Paris où y’a beaucoup d’embrouilles. À Lyon c’est assez calme à ce niveau-là quand même.


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On dirait que tout se passe à la Croix-Rousse ?

Fausse impression, effectivement la Croix-Rousse a toujours été un vivier de graffeurs parce que beaucoup d’enfants de « bobos » pour se rebeller un peu prennent les bombes, font des tags mais généralement cela ne dure pas longtemps.

L’endroit où j’ai grandi est un gros terro’ de graffeurs , c’est en proche banlieue dans le 8ème arrondissement (Saint Priest, Venissieux). Pour moi un un bon taggeur, c’est un gars qui fait des tags dans les pentes mais que tu vois aussi au fin fond du 8ème ou au fin fond de Gerland.

C’est facile de coller des affiches dans les lieux hypers fréquentés. Beaucoup de gens viennent sur les pentes pour voir du graff, y’a même des visites de street art organisées. Le street art c’est dans la rue et le terrain de jeu à lyon est vaste, il y a plein de trucs à exploiter, ce serait bien que les gens ne fassent pas que des choses dans le premier

Pourquoi à la différence de la RATP, les TCL ne sont pas taggés ?

Y’a une période en 2000, on taggait beaucoup à l’intérieur du métro, à un moment c’était saturé. En extérieur le métro à lyon il est compliqué à faire, c’est une scène beaucoup plus petite, un système beaucoup plus petit, y’a que 4 lignes au lieu de 14 à Paris. Et pour l’intérieur, on rayait beaucoup les vitres, maintenant ils sont vachement opé là-dessus, ils mettent des protections, des films plastiques partout, ils sont devenus réactifs par rapport à la répression. C’est un peu comme sur le périph, tu arrives à lyon le périph y’a pas un graff, alors qu’il y a 5-6 ans c’était complètement éclaté. Maintenant ils ont tout effacé, ils sont opérationnels, tu fais ton graff admettons le samedi soir, le mardi t’es sûr que c’est nettoyé. Je comprends le manque d’envie des graffeurs parce que c’est beaucoup de risques pour pas grand-chose au final.

 

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Est-ce qu’une rencontre particulière a motivé ta carrière ?

Dans le graffiti oui, c’est “NTM”. J’ai découvert après quelques recherches que c’était des graffeurs à la base. Ils ont commencé par le graffiti parce que NTM c’était un groupe de graffeur du nom de « 93NTM », un groupe dont faisait partie MODE 2 qui est assez connu. Une image d’archives d’un documentaire sur NTM réalisé par Marc Oliver Fogiel m’a marqué : des gars étaient en train de défoncer un train, ils taggaient tout le long. Cette image a été très forte pour moi, elle m’a donné envie de reprendre des bombes et de sortir dans la rue (en 1999).

Il y a une génération qui a grandi avec le hip-hop , moi c’est le hip-hop qui m’a amené au graffiti clairement.

https://www.youtube.com/watch?v=eY9Dg3mjMz0

 

Une anecdote cool et marrante de graff ?

De nombreuses chutes assez phénoménales, des belles cascades sur la voie ferrée ou en saut de grillage.

D’après toi, le graff c’est plutôt un art ou une culture ?

Les deux mon capitaine, c’est clairement une culture et c’est un mode de vie. Après pour la partie artistique, tu ne peux pas dire que le graffiti ce n’est pas de l’art, en plus l’art contemporain au sens propre du terme, l’art de maintenant c’est le graffiti. D’ailleurs, il n’y a pas d’autres courants artistiques depuis le graff parce que c’est compliqué d’inventer un nouveau mouvement. Le graffiti subit désormais la mondialisation, il est pratiqué de manière unanime dans le monde. Ce phénomène a ses avantages mais il uniformise un peu les oeuvres ; on peut prendre l’exemple du crew de Los Angeles MSK apparu il y a quelques années. Une équipe très forte techniquement qui a ramené un nouvel élan avec un style plus illustratif tout en restant très graffiti. Ce style a été hyper copié, il a déteint sur pleins de graffeurs, à tel point que les magazines en kiosque se ressemblaient tous. C’est l’effet pervers de la médiatisation du truc.

Art

 

Tu es rentré dans la légalité avec ton magasin. Cela va un peu à l’encontre de l’état d’esprit du graffeur (tagger n’importe où/n’importe quand). De ce fait, tu te considères encore comme un graffeur ?

Carrément, c’est plus que jamais mon mode de vie.

Est-ce que le graffiti, ça aide pour draguer ?

Pas vraiment, du moins par sur ma génération. Le graffiti c’est un truc purement masculin hélas ! les meufs mettez-vous au graff ! quand t’es graffeur, t’as les vêtements toujours tachés de peinture, ce n’était pas très à la mode, peut-être que maintenant ça a un peu changé. En plus dans la vie pratique quand tu as une copine, c’est un peu compliqué parce que tu as envie de peindre mais ta meuf n’a pas envie de sortir avec toi. Et puis c’est un truc de potes..

Des projets avec le magasin ?

Une série de vidéos, du vêtement qui revient, t-shirts, sweats pour l’hiver, pas mal de trucs sympas.